De nouveaux directeurs : Défis, avenir et changements importants

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Dans la foulée de la tendance post-pandémique, le renouvellement des dirigeants des institutions culturelles canadiennes se poursuit à un rythme soutenu. Nous rencontrons ici les nouveaux dirigeants afin de connaître leur point de vue sur la situation actuelle du secteur de la musique classique.

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Photo : R. Tinker

Michael Blais est devenu le nouveau directeur général de l’Opéra du Manitoba le 1er août. Il occupait jusqu’à présent le poste de directeur des opérations de la compagnie, après avoir été coordonnateur de la billetterie, et fait partie de son équipe administrative depuis 2010. Il succède à Larry Desrochers, lequel était directeur général et PDG de la compagnie de Winnipeg depuis 2000. Avant de se lancer dans la gestion artistique, M. Blais a travaillé comme danseur contemporain professionnel. « Cela me semble lointain, mais ce travail reste cher à mon cœur », dit-il.

nouveaux Mélanie La Couture a été nommée nouvelle directrice générale de l’Orchestre symphonique de Montréal en mai 2024. Elle succède à Madeleine Careau, qui a dirigé l’administration de l’orchestre pendant près de 25 ans. Auparavant, Mme La Couture a occupé les postes de chef des opérations (2007-2013), de directrice générale adjointe (2004-2007) et de directrice de la Fondation de l’OSM (2002-2004). Elle a également été directrice générale de l’Institut de cardiologie de Montréal (2017-2024) et de la Fondation de l’ICM (2013-2017).

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Photo : Tam Lan Truong Photography

Jean-Pierre Primiani deviendra le nouveau directeur général de l’Opéra de Montréal à compter du 1er novembre, à la suite du départ à la retraite de l’actuel directeur général Patrick Corrigan. Auparavant, il était l’adjoint du directeur général de l’OdeM, Pierre Dufour (2011-2014). De 2014 à 2017, M. Primiani a été responsable du développement philanthropique à l’OSM, puis il est revenu à l’OdeM en 2017 en tant que directeur du développement, puis directeur de la philanthropie.

 

Le questionnaire lsm

LSM : Qu’est-ce qui vous a amené à vous intéresser professionnellement à la gestion/au commerce des arts et à la musique ?

MB : Même lorsque j’étais danseur, je savais que je finirais par m’orienter vers l’administration. J’étais fasciné par la complexité et la coordination nécessaires à la gestion d’une organisation artistique. Une fois que j’ai commencé à travailler dans le domaine administratif, j’ai découvert à quel point il était gratifiant de soutenir les artistes en coulisses. Chaque saison apporte son lot de nouveaux défis et je m’épanouis dans la diversité des rôles et des responsabilités que j’assume au sein de la compagnie.

MLC : J’ai réellement découvert l’OSM alors que je faisais mon MBA. J’ai eu la chance de collaborer avec l’OSM à ce moment et ce fut un réel coup de foudre. Je n’ai pas grandi dans un milieu où la musique classique occupait une place particulière, mais en découvrant l’Orchestre à travers mes études, j’ai eu la piqûre pour ce milieu si stimulant et effervescent.

JPP : Je suis chanteur d’opéra de formation et la musique a toujours joué un rôle important dans ma vie, même si j’ai poursuivi d’autres intérêts. Parallèlement, j’ai été attiré dès mon jeune âge par les fonctions de direction et de gestion et j’avais une prédisposition naturelle pour rassembler les gens et monter des spectacles (en tant que metteur en scène et producteur). Je savais que la gestion artistique serait le point de rencontre idéal entre ces deux passions.

LSM : Jouez-vous d’un instrument ou avez-vous un intérêt artistique particulier ?

MB : J’ai étudié le piano et le chant pendant mon enfance et ma jeunesse, puis je me suis remis au piano à l’âge de 30 ans. Au fil des ans, ma relation avec la musique a été intermittente, mais lorsque j’ai pris ma retraite de la danse, j’ai pris la décision consciente de mettre un terme définitif à ma pratique artistique. La gestion artistique s’est avérée suffisamment épanouissante sur le plan créatif pour moi.

MLC : De par le rôle que j’occupe, j’ai une sensibilité pour les arts et un intérêt marqué pour la musique, mais je ne suis pas une spécialiste ou une musicienne moi-même.

JPP : Je ne chante plus, mais je m’assois souvent au piano et j’aime accompagner mes trois jeunes fils violoncellistes pour leurs récitals. De temps en temps, je sors mon accordéon pour animer une fête. Mes collègues vous diront également que je siffle ou fredonne constamment au bureau.

LSM : En tant que personne relativement nouvelle dans votre organisation, quels sont selon vous ses plus grands défis ?

MB : À l’heure actuelle, la reprise post-pandémique reste au centre de nos préoccupations, la reconstruction et la croissance de notre public étant notre priorité absolue. La situation est d’autant plus complexe que le contexte financier continue d’exercer une pression sur le secteur. Le soutien public est resté relativement stable, mais n’a pas suivi le rythme de l’inflation ni les besoins croissants des organisations artistiques. Il est de plus en plus difficile d’attirer et de retenir du personnel administratif qualifié.

MLC : L’OSM est une organisation que je connais très bien, alors la période d’acclimatation n’a pas posé de défis particuliers. Cela étant dit, comme bien des institutions culturelles, attirer le public dans les salles et maintenir un budget équilibré comporte son lot de défis.

JPP : Nous affrontons les mêmes problèmes que nos pairs du secteur, notamment en matière de coûts, mais l’Opéra de Montréal bénéficie d’une situation enviable grâce à des sources de revenus solides, tant générées que subventionnées. Notre priorité est de gérer une croissance durable et d’élargir l’impact de notre travail.

LSM : Selon vous, quels sont les principaux atouts de votre organisation ?

MB : Je dirais que notre plus grand avantage réside dans nos relations avec nos artistes, nos mécènes et nos donateurs ainsi qu’avec toutes nos organisations partenaires et homologues. Un autre atout est l’engagement de l’organisation envers l’excellence. Il imprègne tous les niveaux de l’organisation et, malgré les défis auxquels nous faisons face, je pense que nous dépassons régulièrement les attentes.

MLC : L’OSM est reconnu comme l’un des plus grands orchestres au monde. Une grande force de l’OSM est aussi son implication dans la communauté, que ce soit à travers l’offre de concerts scolaires qui rejoint plus de 20 000 jeunes chaque année, les initiatives de La musique aux enfants à Montréal-Nord ou encore la collaboration avec le réseau des Conservatoires.

JPP : Les plus grandes forces de notre organisation résident dans l’excellence artistique, l’innovation créative et un engagement solide envers la communauté. Nous défendons une narration lyrique audacieuse et soutenons les artistes dans la création d’œuvres qui interpellent, inspirent et créent des liens. En favorisant la collaboration et l’inclusion, nous contribuons à bâtir un écosystème lyrique résilient et dynamique.

LSM : Quels sont, s’ils existent, les changements les plus importants que vous avez déjà apportés ?

MB : Le changement le plus important à venir a été amorcé par l’organisation. Avec le départ de Larry Desrochers, notre directeur général et PDG de longue date, la compagnie a pris la décision de passer à un modèle de doubles dirigeants, en séparant les rôles de directeur artistique et de directeur général en deux postes distincts. Je pense que les années à venir offriront davantage d’opportunités pour la création de nouvelles œuvres et la mise en place de programmes davantage axés sur la communauté.

MLC : Le premier impact que j’ai voulu avoir est sur l’accessibilité. Selon moi, l’OSM devrait être un milieu ouvert à tous les publics et pour y arriver, j’ai fait une refonte de la grille tarifaire. De manière générale, il était important pour moi de favoriser un contexte de travail plus horizontal et ouvert. Il me paraissait donc fondamental de faciliter la collaboration entre les équipes et de favoriser l’implication de tout un chacun dans la réussite globale de l’Orchestre. La réussite de l’OSM passe, selon moi, par une approche innovante et ambitieuse en philanthropie, c’est pourquoi j’ai créé plusieurs postes au sein de notre équipe philanthropique.

JPP : Au cours des dernières années, l’un des changements les plus importants que nous avons apportés a été de repenser la manière dont nous touchons et retenons de nouveaux publics en brisant les idées préconçues sur l’opéra. Cela passe notamment par une transformation de la conception de nos campagnes et de nos publicités, qui adoptent désormais des visuels et des messages plus audacieux et plus ludiques et s’adressent directement à la diversité des publics d’aujourd’hui. Nous avons également commencé à présenter des œuvres contemporaines en plus des classiques, tout en veillant à ce que notre public de longue date continue de se sentir pris en considération et valorisé.

LSM : Le monde de la musique classique a beaucoup changé ces dernières années. Qu’espérez-vous voir se produire au sein de votre organisation au cours des cinq prochaines années ? Qu’espérez-vous voir changer ? Qu’espérez-vous voir rester le même ?

MB : J’aimerais voir davantage d’investissements dans de nouvelles œuvres et dans des récits qui reflètent vraiment la diversité de notre communauté. Sur le plan administratif, j’espère que nous pourrons tirer pleinement parti de notre fonds de dotation. Nous avons actuellement un peu moins de 5 millions de dollars, et l’objectif d’une somme de 10 millions de dollars permettrait à l’organisation de disposer d’une source de revenus pour combler le déficit structurel qui touche trop d’organisations artistiques.

MLC : Dans cinq ans, mon objectif serait que toute personne qui obtient un diplôme du secondaire, du cégep ou de l’université dans la grande région de Montréal ait eu un contact avec l’OSM. Je veux que l’OSM joue un rôle dans le développement de tout musicien professionnel (d’orchestre) du Québec. Je veux un contact avec les Québécois, que ce soit en salle, dans les parcs ou simplement par la fierté que l’on suscite, au même titre que les Québécois sont fiers de leurs grandes institutions, que ce soit le Canadien de Montréal ou le Cirque du Soleil.

JPP : Au cours des cinq prochaines années, nous espérons positionner fermement l’opéra comme une forme d’art de premier plan, pertinente pour les personnes de tous âges, audacieuse, inclusive et profondément liée à la vie contemporaine. Nous aspirons à être une force motrice dans le secteur culturel de Montréal, en nous distinguant par notre créativité, notre pensée novatrice et notre excellence artistique.

LSM : Il est difficile de conserver et de fidéliser un public. Quelle est votre philosophie en matière de croissance du public dans le contexte actuel ?

MB : La démographie du public évolue et les comportements des consommateurs changent. Bien que cela représente un défi, cela offre également de nouvelles opportunités. Notre programme Opera Access offre des billets gratuits à divers organismes de services sociaux, réduisant ainsi les obstacles socio-économiques à la participation. L’objectif n’est pas de convertir les bénéficiaires en acheteurs, mais d’élargir notre audience et d’approfondir notre valeur publique.

MLC :  La situation économique actuelle n’est pas évidente. Nous sommes tous dans le même bateau à ce chapitre. Ma philosophie est de rendre l’OSM plus accessible grâce à la flexibilité des horaires de concerts et du coût des billets.

JPP : Nous pensons que la croissance de l’audience ne passe pas par la poursuite des tendances, mais par l’établissement d’une relation de confiance à long terme. Le public continuera d’évoluer et notre philosophie consiste à répondre à cette évolution par des productions d’une qualité artistique irréprochable, captivantes, stimulantes et divertissantes.

LSM : Qu’attendez-vous avec le plus d’impatience cette saison au sein de votre organisation ?

MB : Notre production d’ouverture de saison, Tosca. C’est le premier opéra qui m’a vraiment marqué et je l’aime toujours autant aujourd’hui. C’est aussi la première production complète sur laquelle j’ai travaillé lorsque j’ai rejoint la compagnie en 2010.

MLC : J’ai bien hâte de voir ce que l’Orchestre, le Chœur et Rafael nous réservent pour La damnation de Faust en ouverture de cette saison 2025-26. On a beaucoup misé sur une offre diversifiée avec nos concerts Apéro et Éclatés, ce fut un beau succès l’an dernier.

JPP : Cette saison, nous sommes ravis de présenter un programme qui offre un équilibre parfait entre les grands classiques de l’opéra et des œuvres contemporaines audacieuses. Nous élargissons également notre offre d’événements communautaires.

Les réponses ont été modifiées et condensées pour plus de clarté et de concision.

Traduction : Charles Angers

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A propos de l'auteur

Arts writer, administrator and singer Gianmarco Segato is Assistant Editor for La Scena Musicale. He was Associate Artist Manager for opera at Dean Artists Management and from 2017-2022, Editorial Director of Opera Canada magazine. Previous to that he was Adult Programs Manager with the Canadian Opera Company. Gianmarco is an intrepid classical music traveler with a special love of Prague and Budapest as well as an avid cyclist and cook.

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