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Dans les films d’animation, où la conception de chaque image et de chaque son est mûrement réfléchie, la musique joue un rôle narratif et esthétique prépondérant, façonnant l’atmosphère, le rythme et la perception des émotions tout en renforçant l’immersion dans l’univers fictif du film.
La musique peut intervenir de diverses façons dans les films d’animation, qu’il s’agisse de thèmes musicaux récurrents associés aux personnages et aux émotions dans Dragons ou de la narration rythmée par les chansons dans La Reine des neiges de Disney. Des films comme La Tortue rouge s’appuient sur la musique pour raconter quelque chose qui n’est pas nécessairement dit à l’écran, tandis qu’Âme de Pixar place la musique elle-même au cœur du récit.
La Jeune fille qui pleurait des perles, un court métrage d’animation récemment récompensé aux Oscars et dont l’action se déroule à Montréal au début du XXe siècle, se distingue par une utilisation particulièrement fascinante de la musique où musique, son et image se mélangent de manière presque parfaite. Créée en collaboration avec le compositeur Patrick Watson, la bande-son rythme l’émotion du film, allant bien au-delà d’un simple accompagnement pour guider l’expérience du spectateur à travers le récit et l’image.
La musique est présente dès les premiers instants du film, reliant les scènes et les différentes strates de l’histoire sur un fond de souvenirs anciens et de deuil. Se superposant souvent aux effets sonores et à la voix hors champ, les transitions entre la musique, la conception sonore et les dialogues sont d’une fluidité remarquable. En recourant très peu au silence, le film crée un espace sonore presque ininterrompu.

La jeune fille qui pleurait des perles. Photo : National Film Board of Canada
Au-delà de la trame sonore continue du film, les variations d’intensité et d’instrumentation rythment l’action. Des passages plus doux, souvent portés par le piano et les cordes, accompagnent les scènes contemplatives et les moments où la jeune fille verse des larmes de perles. Cela crée un lien audiovisuel fort entre la musique, le personnage et le motif, tandis que l’intensité croissante de la bande-son devient particulièrement évidente dans les scènes où la jeune fille doit traverser le deuil après le décès de son père.
L’interaction étroite entre la musique, le son et l’image était également profondément ancrée dans le processus de production du film. Loin d’être ajoutée une fois l’animation terminée, la bande-son a évolué de pair avec le film lui-même, à travers l’improvisation et l’expérimentation. Des années avant le début de la production, Patrick Watson et les cinéastes échangeaient déjà des esquisses musicales et des enregistrements improvisés, permettant ainsi au son et à l’image de se développer ensemble dès les premières étapes. La sensibilité de Watson au rythme et au tempo émotionnel a même influencé le montage du film.
Certaines parties de l’animation, notamment autour des flash-backs et des flash-forwards, ont été retravaillées pour mieux épouser le caractère de la musique. Cette sensibilité fluide et improvisée est aussi celle de Watson dans sa propre pratique comme auteur-compositeur-interprète. On pourra d’ailleurs l’entendre prochainement au Festival International de Jazz de Montréal le 3 juillet sur la scène TD de la Place des Festivals.
Traduction : Justin Bernard et Mathilde Wahl
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