Critique de concert: Vents nordiques… pour chasser la Covid-19! (SMCQ)

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La file de gens sur le côté sud de la rue de Maisonneuve, à l’ouest de Saint Denis, devant la salle Pierre Mercure, est maintenue à une vingtaine de personnes. Les gens se parlent à peine, et de loin, car la distance à respecter est rigoureusement indiquée au sol et trois  personnes attitrées à l’accueil se chargent de ne laisser passer aucune chance de propagation de ce virus qui s’est installé dans nos vies depuis maintenant huit mois. La température est suffisamment clémente pour attendre dehors. À l’intérieur, surveillance accrue, tout le personnel des deux organismes, l’orchestre et la salle, est mis à contribution. Les portes donnant sur l’extérieur sont grandes ouvertes, permettant ainsi une bonne aération. Ça avait lieu un peu avant le confinement exclusif du milieu des arts vivants et de la restauration, décrété le lendemain (ou le soir même à l’émission Tout le monde en parle). La Société de Musique Contemporaine du Québec présentait un concert en trois tableaux pour lancer sa 55eme saison : Vents nordiques… pour chasser la Covid-19!

Les deux premières œuvres de Galina Ivanovna Oustvolskaïa, Dona nobis pacem (1970-71) et Dies irae (1972-73), font partie de son catalogue « secret » de 21 pièces composées en catimini, à une époque où l’Union soviétique imposait aux artistes le réalisme socialiste. Premier décor, piano, tuba et picolo. Second décor, piano, huit contrebasses et un gros cube sur lequel on martèle avec deux marteaux de bois, pour donner la cadence, comme si nous nous retrouvions sur une galère qui doit se libérer d’une violente tempête ou résister à la colère de Dieu. Le troisième décor est composé de 12 musiciens : trombone, trompette, deux cors, deux contrebasses, deux violoncelles, trois percussionnistes et une clarinette, celle  d’André Moisan. À cela s’ajoute la pièce Pohjatuuli (1983) de Michel Longtin, en forme d’hommage à Sibelius. Le tout sous la direction de Jean-Michaël Lavoie, chef invité. Délectable pour les passionnés du genre contemporain interprété au quart de tour.

Ce fut un moment de grâce. Mais ce fut un bref répit d’une rentrée culturelle interrompue, trop courte pour la scène, là où les éclosions ne se semblent pourtant pas s’être manifestées outre mesure, aux sus et aux vues des organismes culturels et des théâtres. Ces derniers se sont pourtant recréés, réinventés, répondant à la demande d’un gouvernement pour lequel les efforts considérables ne semblent pas avoir été suffisants. De toute évidence, ces efforts ont été jugés insuffisants dans l’équation économique, comme en témoigne la décision du gouvernement de faire un reconfinement ciblé, en ce début du mois d’octobre.

Un seul concert entre les mois de mars et septembre 2020. Je me compte chanceux car, pour plusieurs mélomanes, c’en fut aucun, vu l’accès limité aux billets de concerts lors de la réouverture des salles. Ça devient lourd, très lourd. Que les artistes se retrouvent exclus de la solution, identifiés plutôt comme une donnée du problème, que les arts de la scène se retrouvent avec un bonnet d’âne pour servir d’exemple, exemples qui pourraient croître et potentiellement devenir plus radicaux si la population ne marche pas d’une seule et même volonté. Mais quels sont les lieux d’éclosions dans le domaine des arts vivants ? De quelle socialisation est-il question ? Quelles sont les nouvelles observations sur ces nouvelles expériences en salles et quelles mesures de réinventions doit-on encore créer ? J’ose imaginer que là où il y a peut-être eu de nouvelles victimes de la contagion, ces lieux ont été avisés et que le silence se mêle à la culpabilité et la honte s’il y a eu effectivement des cas avérés.

Pendant toute la durée des 75 minutes de cette représentation de la SMCQ, le port du masque était obligatoire. Je n’ai entendu aucune toux, même pas une retenue de toux, une salle idéale pour une captation audio. Parfois, en coulisses, lors d’une captation en direct devant public, on peut entendre un chuchotement. Même à ce niveau, aucun son perceptible. Avec une distance de plus de deux mètres entre les bulles des auditeurs et une disposition des sièges exemplaires en termes d’exigences de santé publique, on ne pouvait pas trouvé mieux comme réinvention.

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A propos de l'auteur

Musicien-Gestionnaire, Gestionnaire-Musicien, selon les besoins.

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