Elim Chan: à la conquête du monde, un orchestre à la fois

0
Advertisement / Publicité

This page is also available in / Cette page est également disponible en: English (Anglais)

À tout juste 33 ans et n’en paraissant que la moitié, Elim Chan fait fureur dans le monde entier. Née et élevée à Hong Kong au sein d’une famille non musicale, elle a malgré tout baigné dans la musique, faisant du piano et chantant dans plusieurs chorales, en plus de faire partie du Hong Kong Children’s Symphony Orchestra comme violoncelliste. La première célébrité à susciter son intérêt dans la direction d’orchestre n’est nul autre que Mickey Mouse. En regardant le légendaire personnage de Disney jouer L’Apprenti sorcier dans le film Fantasia, elle s’est dit que ce serait super de devenir cheffe d’orchestre.

En troisième année du primaire, elle assiste à un concert organisé pour les élèves par l’Orchestre philharmonique de Hong Kong et dirigé par une femme. Elle se souvient très bien du concert et, à l’époque, l’idée d’une cheffe d’orchestre n’eut rien d’extraordinaire pour elle. Quelques années plus tard, elle remporte un concours important en dirigeant la chorale de son école secondaire. Pourtant, il ne s’agit encore que d’un simple passe-temps. Attirée par la psychologie, elle décide de poursuivre des études prémédicales au Smith College du Massachusetts, en s’inscrivant toutefois à la chorale de l’université. Remarquant qu’elle a une bonne oreille, le chef en fait son adjointe.

Advertisement / Publicité

C’est au cours de sa deuxième année, alors qu’elle dirige une répétition du Requiem de Verdi que le coup de foudre est arrivé pendant le Dies Irae. « Après avoir dirigé cette musique, je ne pouvais plus faire demi-tour, admet-elle. Un tournant s’était opéré dans ma vie. » Elle s’inscrit alors à un programme de majeure en musique et obtient son baccalauréat au Smith College, puis sa maîtrise et enfin son doctorat à l’Université du Michigan. En 2014, pendant sa dernière année de doctorat en musique, elle devient la première femme à remporter le concours Donatella Flick LSO Conducting Competition. « Je n’ai pas dormi de la nuit, se souvient-elle. J’ai raté mon vol le lendemain alors que la BBC et les organisateurs voulaient m’avoir en entrevue. Pourtant, la seule chose qui m’importait, c’était de prendre le prochain avion pour retourner à mes cours ! »

Mme Chan devient cheffe d’orchestre adjointe au London Symphony Orchestra en 2015-16, une année où l’orchestre qui n’avait pas de directeur musical attitré fait appel à plusieurs chefs invités, ce qui lui permet de travailler avec des maîtres comme Simon Rattle, André Previn et Daniel Harding. « Cette expérience a été enrichissante au plus haut point. Je passais toutes mes journées à regarder et à écouter l’un des meilleurs orchestres au monde et j’apprenais auprès d’un chef différent chaque semaine. » Ses influences les plus marquantes sont Valery Gergiev, Bernard Haitink et Antonio Pappano. Les fréquents retards ou carrément les absences de Gergiev aux répétitions lui ont permis de monter à plusieurs reprises sur le podium. « Mais avec lui, j’ai entendu certaines des interprétations les plus exaltantes de ma vie, en particulier dans le répertoire russe », se rappelle-t-elle. Haitink au Festival de Lucerne lui a fait un compliment qui continue de l’inspirer : « Elim, lorsque vous dirigez, vous m’obligez à vous écouter. » Avec Pappano, elle a tissé des liens privilégiés, « tellement il a été généreux de ses connaissances de la musique et des partitions, ainsi que de son temps », l’invitant à plusieurs répétitions et concerts au Covent Garden. Elle continue de lui écrire pour obtenir des conseils sur sa carrière.

Après son expérience à Londres, elle est choisie au Dudamel Fellowship Program avec le Los Angeles Philharmonic et obtient de nombreux mandats dans le monde entier en tant que cheffe d’orchestre invitée, notamment au Hong Kong Philharmonic où elle effectue ses « retrouvailles ». Cheffe principale invitée du Royal Scottish National Orchestra en 2018-19, elle en est à sa première saison à la tête de l’Orchestre symphonique d’Anvers, la plus jeune et la première femme à occuper ce poste. Elle décrit l’orchestre d’Anvers comme étant au même stade de développement qu’elle, donc avec qui elle peut grandir. « Je veux que les musiciens aient envie de se donner corps et âme pour s’améliorer et aller en profondeur dans le processus de construction. Je veux qu’ils soient ouverts d’esprit, ajoute-t-elle, pour me permettre de faire les choses autrement, sans être liés par les traditions ou les interprétations d’autres chefs. » Les liens qu’elle s’efforce de tisser avec eux sont ceux d’une collaboratrice, d’une personne qui les motive à repousser leurs limites de manière positive et constructive.

En février dernier, à son concert inaugural à la tête du Toronto Symphony Orchestra, des exclamations de surprise se sont fait entendre dans le public lorsqu’elle est montée sur le podium. Ce n’était ni parce qu’elle était une femme ni à cause de ses origines asiatiques, mais bien parce que sa petite taille et son apparence juvénile la faisaient paraître comme la plus jeune personne sur la scène. Le silence est vite retombé. « Elim a une musicalité remarquable, un rythme très précis, une belle personnalité et elle connaît très bien ses partitions », affirme le violoniste du TSO James Wallenberg.

En plus de l’œuvre qui lui a permis de remporter le concours de direction Frick-LSO – Schéhérazade de Rimski-Korsakov – et qui est devenue sa pièce maîtresse, son répertoire préféré comprend des œuvres de Rachmaninov, Stravinski, Ravel et Bartók. Avec le temps et l’expérience, elle aimerait s’attaquer au répertoire plus exigeant de Mahler, Bruckner et Brahms.

Elim Chan estime que l’importance accrue des femmes au sein de la profession et les victoires remportées en matière d’égalité des sexes ont joué en sa faveur. « Le prochain défi, ajoute-t-elle, est d’éviter d’exploiter cette tendance, mais plutôt de me définir comme cheffe d’orchestre. » Il est encore difficile de conquérir les marchés autrichien et allemand. Aux femmes qui aspirent à suivre son parcours, elle offre ce conseil : « Ce n’est pas la voie de la facilité et bien des gens vous rejetteront, mais s’il s’agit de votre passion, alors sortez de votre zone de confort et poursuivez. Écoutez votre cœur : il a toujours raison. »

Traduction par Véronique Frenette

www.orchestremetropolitain.com, www.vso.ca, www.elimchan.com

This page is also available in / Cette page est également disponible en: English (Anglais)

Partager:

A propos de l'auteur

Laissez une réponse

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.