Première visite au Canada de Nevermind

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Le jeune quatuor de musique baroque Nevermind, bien connu sur les scènes européennes, sera de passage pour la première fois au Canada demain soir à l’occasion d’un concert à Montréal autour d’œuvres de Bach, Telemann, Couperin et Jean-Baptiste Quentin. Anna Besson (flûte), Louis Creac’h (violon), Robin Pharo (viole de gambe) et Jean Rondeau (clavecin) braveront l’hiver finissant pour réchauffer les cœurs du public de la salle Pierre-Mercure, dans le cadre de la 70e saison de ProMusica. En prélude au concert, j’ai rencontré le violiste Robin Pharo qui nous en apprend davantage sur l’ensemble, le répertoire et les projets futurs.

Robin Pharo

« Pour notre premier concert au Canada, nous voulons montrer un éventail de ce qu’est Nevermind. Nous avons déjà enregistré les œuvres de Quentin et de Telemann, et beaucoup joué Bach et Couperin, donc c’est un répertoire que l’on connaît bien. » Un éventail qui est à la fois restreint dans le temps et varié dans les styles, puisque tous les compositeurs au programme appartiennent à la même génération. « Le répertoire qui nous correspond se situe entre la fin du XVII e et la fin du XVIII e siècles. Pour autant, les œuvres de Bach et Couperin, qui sont des sonates en trio, sont très différentes. Et notre répertoire inclut, rien que pour la musique française, des œuvres de Marin Marais, Elisabeth Jacquet de la Guerre, Couperin, Rameau, Guillemain ou encore Quentin. »

La musique de Jean-Baptiste Quentin a éveillé la curiosité du quatuor et mené à l’enregistrement en 2016 de l’album Conversations, où l’on retrouve la musique de Quentin et de Guillemain. « Quentin était un violoniste et compositeur du baroque tardif. Les œuvres que nous jouons sont contemporaines des opéras de Rameau, une époque de grand changement dans le paysage musical en France. Nous nous sommes intéressés à lui car il a écrit, comme Telemann, des œuvres pour quatuor, que l’on retrouve de manière éparse dans ses recueils de sonates en trio. La musique de Quentin est très élaborée harmoniquement, elle utilise des matériaux thématiques à l’italienne, on peut la situer à cheval entre le style baroque et la musique galante. »

Photo : Rita Cuggia

Cet intérêt pour la musique baroque n’empêche pas au groupe de s’écarter parfois des sentiers battus pour découvrir d’autres langages. Ainsi, le quatuor a fait des incursions dans la musique traditionnelle irlandaise, un univers que connaît bien la flûtiste Anna Besson, et va bientôt créer une pièce du compositeur Philippe Hersant écrite pour les quatre musiciens : « Philippe Hersant vient de terminer l’œuvre, que nous allons découvrir tous ensemble au mois de mars. Elle devrait s’appeler La Harpe de David. C’est la première fois que nous allons créer une œuvre contemporaine et nous sommes tous très honorés et enthousiastes. »

Curieux et ouvert sur le monde, Robin Pharo fait partie de nombreux ensembles, dont Près de votre oreille qu’il a fondé en 2017 et qui sortira en mars l’album Come Sorrow autour de la musique élizabéthaine. Le violiste navigue également au gré des rencontres et collabore avec des chorégraphes (Thierry Thieu Niang) ou metteurs en scène, se laissant imprégner par de multiples langages. « Le rapport à la danse est très intéressant, elle éveille l’inspiration et il est toujours intéressant pour un musicien de capter la poésie ailleurs que dans les notes. J’aimerais me diversifier encore plus, aller vers la chanson, la poésie, ce que je fais depuis longtemps comme loisir mais qui n’entre pas encore dans le cadre de projets professionnels. » En attendant, le quatuor Nevermind est ravi de venir jouer à Montréal et on espère que le public québécois réservera à ces quatre infatigables explorateurs de la musique baroque un accueil chaleureux.

Nevermind – Jeudi 21 février 2019, 20h. Salle Pierre-Mercure du Centre Pierre-Péladeau. BILLETS ICI

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A propos de l'auteur

Benjamin Goron est écrivain, musicologue et critique musical. Titulaire d’un baccalauréat en littérature et d’une maîtrise en musicologie de l’Université Paris-Sorbonne, il a collaboré à plusieurs périodiques et radios en tant que chercheur et critique musical (L’Éducation musicale, Camuz, Radio Ville-Marie, SortiesJazzNights, L'Opéra, revue québécoise d'art lyrique). Pianiste et trompettiste de formation, il allie musique et littérature dans une double mission de créateur et de passeur de mémoire.

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