Le Tchaikovsky d’Eschenbach – une force gravitationnelle

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La Cinquième Symphonie de Tchaikovsky aura 130 ans au mois de novembre. C’est peut-être, en partie, ce qui en fait la coqueluche des programmes symphoniques cette saison. Après une version par l’Orchestre de la Francophonie cet été dans le cadre des Concerts Populaires, elle sera jouée par l’Orchestre Métropolitain en janvier prochain, puis par l’Orchestre Symphonique de Québec en avril. Pour l’heure, c’est un chef allemand chargé d’ans et d’expérience, Christophe Eschenbach, qui l’a faite résonner dans la Maison Symphonique en prenant les rênes de l’OSM.

Eschenbach a livré une symphonie emplie de gravité, prenant son temps dans les développements pour révéler l’immense énergie sous-jacente du discours de Tchaikovsky sur le destin. Souvent tourné vers les violons, qu’il utilise comme pivot de l’intensité dramatique, il a insufflé une grande âme à l’orchestre, bien servi par des musiciens talentueux et avec beaucoup de répondant. À ce propos, une mention spéciale ira au cor solo Denys Derome pour son souffle de lyrisme délicatement nuancé et très inspiré dans son solo du 2e mouvement. Difficile de ne pas voir dans cette œuvre sur le destin, menée avec une pesanteur dramatique parsemée d’éclats lumineux, la destinée chaotique et la grande résilience du chef, orphelin en bas âge et seul survivant d’un camp de réfugiés au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, lui qui a connu une « renaissance » à travers la musique.

Le violoniste Julian Rachlin. Photo : Julia Wesely

Un peu plus tôt, on a pu admirer le jeu du violoniste Julian Rachlin dans le Concerto pour violon de Tchaikovsky. Chef et orchestre semblaient moins inspirés dans cette première partie de soirée, leur torpeur contrastant avec la vitalité animant la symphonie, ce qui a sans doute freiné les élans du soliste. Néanmoins, le violoniste lituanien a démontré des aptitudes remarquables dans l‘exercice de virtuosité inhérent à ce concerto. Il a passé avec brio les traits les plus ardus, tout en donnant au discours une orientation intéressante, manquant parfois de nuances mais gardant le cap malgré tout.

On se souviendra d’un beau diptyque tchaikovskien, d’un soliste engagé dans le propos musical d’une pièce qu’il joue depuis de nombreuses années, et d’un chef inspiré par la Cinquième Symphonie, aux commandes d’un orchestre répondant avec une efficacité décapante à la moindre de ses indications. Concernant la symphonie, la barre est haute pour les prochains candidats !

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A propos de l'auteur

Benjamin Goron est écrivain, musicologue et critique musical. Titulaire d’un baccalauréat en littérature et d’une maîtrise en musicologie de l’Université Paris-Sorbonne, il a collaboré à plusieurs périodiques et radios en tant que chercheur et critique musical (L’Éducation musicale, Camuz, Radio Ville-Marie, SortiesJazzNights, L'Opéra, revue québécoise d'art lyrique). Pianiste et trompettiste de formation, il allie musique et littérature dans une double mission de créateur et de passeur de mémoire.

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