Journées médiévales – porte ouverte sur un univers méconnu

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Laissée pour compte des traditions de musique savante au Québec, la musique médiévale n’en est pas moins vivante et animée par des artistes passionnés. Les Journées médiévales, qui présentaient la fin de semaine dernière leur sixième édition, en sont un exemple frappant. Co-organisées par l’ensemble Les Reverdies de Montréal et J’ay pris amours à Lévis, ces trois journées ont culminé avec la présence de la soprano et spécialiste de l’époque médiévale Anne Azéma. J’ai suivi les activités du samedi à l’église Westmount Park United, comprenant conférence, ateliers, concert et banquet… Retour sur une journée bien remplie de l’aube au crépuscule. 

Conférence de Rebecca Bain. Photo : Benjamin Goron

La journée commence à 10h avec un chant convivial du trouvère Adam de la Halle, « Bone amourete », suivi d’une conférence de Rebecca Bain sur l’art des trouvères, le thème de ces Journées Médiévales. Après une exposition du contexte historique et géopolitique dans l’Europe médiévale, Rebecca, directrice de l’Ensemble Scholastica, ensemble vocal féminin spécialisé en musique médiévale, nous parle des principaux trouvères, des thèmes abordés dans la littérature de l’époque ainsi que du rapport intime entre texte et musique. Une belle mise en contexte avant de se frotter à cet art minutieux qui nous émeut encore, 800 ans après son avènement.

Les chanteurs pratiquent dans l’église sous la supervision de Rebecca Bain. Photo : Benjamin Goron

Les ateliers sont ouverts à tous, professionnels, mélomanes, passionnés du Moyen-Âge ou simples curieux, et adaptés en conséquence. Sans pression ni souci de la performance, l’idée est de se rassembler pour chanter et jouer, de manière spontanée et conviviale, comme ce pouvait être le cas dans la pratique musicale de l’époque. Tout au long de cette répétition matinale où chanteurs et instrumentistes sont séparés, les participants profitent des précieux conseils distillés par la chanteuse Rebecca Bain et la flûtiste et vielliste Femke Bergsma, sur les inflexions, respirations, sur la prononciation ou le phrasé musical médiéval.

Les instrumentistes répètent sous la direction de Femke Bergsma. Photo : Benjamin Goron

Après une pause de rigueur, intervenants et participants reprennent de plus belle pour s’offrir en fin d’après-midi un concert bien mérité, en toute intimité et le sourire aux lèvres. Chants avec instruments, pièces instrumentales ou débats chantés opposant hommes et femmes, les occasions ne manquent pas pour passer un bon moment tout en se sentant habité par l’esprits des grands trouvères. En récompense pour cette journée de labeur, tout le monde se faufile dans l’église, qui est remplie pour la venue de la soprano Anne Azéma. La directrice artistique du Boston Camerata est venue seule, et se dévoile dans un voyage à travers l’esprit féminin. Entre amour courtois, solitude et espoir, La dolce chose nous transporte dans l’Europe entre 1200 et 1400, en ancien français, vieil allemand, italien, portugais ou encore latin. Une véritable ode aux couleurs et aux émotions vives, soutenue de temps à autres par la vielle à roue, la harpe ou l’organetto.

Anne Azéma. Photo : Gaven Dianda

Pour terminer la journée en beauté, le chef Bruno Cognyl-Fournier, également luthiste de l’ensemble Les Reverdies de Montréal, a préparé un repas dans la tradition médiévale. Après quelques mots « criés » par l’un des membres fondateurs de l’ensemble, le chanteur Alain Vadeboncoeur, les plats et boissons se succèdent : vin de sauge au miel, hypocras, soupe de fanes de fenouil, caille au miel et gâteau aux abricots. Un véritable délice ! Les organisateurs espèrent attirer davantage de monde pour cet événement convivial qui permet de faire vivre un pan essentiel et trop méconnu de la musique occidentale. Qui sait, des vocations pourraient naître de ces rencontres avec le passé. Alors colportez sans plus attendre la bonne nouvelle, et à l’année prochaine !

http://www.reverdiesmontreal.org

 

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A propos de l'auteur

Benjamin Goron est écrivain, musicologue et critique musical. Titulaire d’un baccalauréat en littérature et d’une maîtrise en musicologie de l’Université Paris-Sorbonne, il a collaboré à plusieurs périodiques et radios en tant que chercheur et critique musical (L’Éducation musicale, Camuz, Radio Ville-Marie, SortiesJazzNights, L'Opéra, revue québécoise d'art lyrique). Pianiste et trompettiste de formation, il allie musique et littérature dans une double mission de créateur et de passeur de mémoire.

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