Thierry Bégin-L: La guitare salvatrice

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Si les vocations musicales se dessinent généralement assez tôt, la sensibilité propre aux grands interprètes apparaît souvent plus tardivement, avec l’expérience. À contrario, certains artistes semblent dès le plus jeune âge conjuguer le savoir-faire technique à une compréhension viscérale de l’intention artistique derrière l’œuvre interprétée. À en juger par les nombreuses critiques élogieuses et les concerts à salles combles, le guitariste classique Thierry Bégin-L semble faire partie de ces heureux élus pour qui la musique coule de source. S’il est aujourd’hui reconnu comme l’un des talents les plus prometteurs de sa génération, c’est qu’il semble avoir développé un rapport quasi fusionnel avec son instrument.

LE COUP DE FOUDRE 

Thierry suit ses premiers cours de piano à quatre ans, au sein d’une famille qui compte plusieurs générations de musiciens, puis passe à la flûte à bec et au saxophone. Poursuivant son exploration, il jette son dévolu sur le violon quelques années plus tard, pour finalement découvrir la guitare classique à l’âge de douze ans. Il est instantanément conquis par l’étendue de la palette de couleurs et par le potentiel expressif qu’offrent les cordes pincées. Ni monophonique, ni polyphonique, la guitare demeure à cheval entre les catégories, ce qui est à la fois une source de contraintes et un atout qui la rend particulièrement polyvalente.

Dès lors, Thierry se consacre à la guitare corps et âme, commençant ses cours particuliers avec Claude Prud’homme avant de poursuivre aux côtés du guitariste uruguayen Álvaro Pierri. Il entame ensuite son parcours académique au Cégep Saint-Laurent sous l’égide de Marc Deschênes puis renoue avec son ancien mentor, Pierri, avec qui il complète un baccalauréat à l’UQAM et une maîtrise à l’Université Laval. Comme tout musicien de sa trempe, Thierry sillonne le monde et écume les concours musicaux internationaux pour se constituer une imposante liste de premiers prix et de bourses. Si ces nombreuses distinctions cimentent petit à petit sa réputation d’interprète de haut niveau, elles lui ouvrent également les portes de nombreuses salles deconcert et festivals de par le monde. La France, l’Espagne, le Viêt Nam, le Mexique et la Belgique figurent au palmarès d’un impressionnant début de carrière.

LE COURAGE DANS L’ADVERSITÉ

Si la vie semble lui sourire, le parcours de Thierry n’a pas été sans difficulté. Diagnostiqué avec le syndrome Gilles de la Tourette alors qu’il est encore à l’école primaire, il trouve à travers la pratique instrumentale un moyen de canaliser son attention et, fait remarquable, de diminuer, voir enrayer temporairement les symptômes de la maladie. Le côté intimiste de la guitare et la proximité qu’elle impose avec le public engendrent un contexte qui permet à Thierry de pleinement communier avec son instrument. Le compositeur québécois François Dompierre note d’ailleurs à ce propos que les prestations du jeune musicien captivent l’auditoire par la sincérité, l’audace, la virtuosité et la passion de son jeu, tout en n’omettant pas d’ajouter une touche d’humour qui contribue à rendre l’expérience conviviale.

Au-delà de ses propres difficultés, Thierry se heurte d’une part à un milieu qui n’accorde encore malheureusement que peu de place à la guitare classique, d’autre part au manque de financement accordé à la promotion des artistes locaux. Comme le talent ne suffit pas à lui seul, le guitariste a dû s’expatrier à l’étranger pour dénicher des opportunités de concerts et développer sa carrière. Cependant, Thierry note que le vent semble tourner car son plus récent projet, Impressions, fait salle comble depuis son lancement sur le circuit des Maisons de la culture.

PROJETS FUTURS

Le regard résolument tourné vers l’avenir, Thierry ne semble pas perdre de son ambition. Il est déterminé à faire rayonner la musique de ses compositeurs de prédilections, Joaquín Rodrigo, Leo Brouwer et Heitor Villa-Lobos, mais aussi des compositeurs dont la musique s’éloigne du répertoire traditionnellement associé à l’instrument, comme Antônio Carlos Jobim et Astor Piazzolla. En bon globe-trotter, Thierry s’envolera bientôt pour le Viêt Nam afin d’y donner une série de concerts début avril en duo avec la guitariste locale Thu Le. Il prépare également un deuxième album pour cet automne qui sera consacré à la musique de compositeurs actuels que Thierry a rencontrés lors de ses nombreux périples. Fait à noter, le compositeur François Dompierre s’attelle présentement à la tâche de composer le tout premier concerto pour guitare classique québécois, œuvre dont Thierry Bégin-L sera sans surprise le soliste. Entre temps, le guitariste ne chômera pas, car il continue de publier sur sa chaîne YouTube chaque semaine de remarquables interprétations d’œuvres pour guitare solo.

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A propos de l'auteur

Arnaud G. Veydarier est actuellement étudiant en musicologie à l’Université de Montréal et nourrit un intérêt prononcé pour le jazz, la musique contemporaine et les liens entre musique et développement urbain. Il est pigiste pour La Scena Musicale depuis septembre 2017.

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