Matthew Polenzani: Ne jamais dire jamais

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Les chanteurs doivent se méfier des prédictions erronées ! Votre voix est trop faible… avec un peu de chance, vous chanterez Mozart dans les petites maisons européennes, peut-être Rossini. Vous pourrez peut-être travailler au niveau régional aux États-Unis, mais vous ne chanterez jamais au Met ! Incroyable, mais ce sont là quelques prédictions faites au début de la carrière du ténor Matthew Polenzani.  

« Ne jamais dire jamais », lance le ténor américain en tentant de cacher un sourire de fierté. On dit que la plus douce des vengeances est le succès et, avec plusieurs années de chant et de spectacles derrière lui, il semble que ce ténor à la voix de miel ait laissé la vie et son talent accomplir son destin. Le succès, il l’a connu !

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Matthew Polenzani en Nadir et Diana Damrau en Leila dans « Les pêcheurs de perles » de Bizet. Photo par Ken Howard/Metropolitan Opera.

À ce jour, il a chanté plus de 300 fois au Metropolitan Opera et est également devenu une vedette de l’opéra à part entière se produisant régulièrement dans les grandes maisons américaines et internationales telles que le Teatro alla Scala, le Royal Opera House, le Lyric Opera of Chicago, le Bayerische Staatsoper, le Seattle Opera, le Royal Opera House, le Wiener Staatsoper et le San Francisco Opera.

Il a interprété des rôles de styles variés allant du bel canto aux œuvres contemporaines. En collaboration avec les pianistes Julius Drake et Richard Goode, M. Polenzani a également mené une fructueuse carrière de récital. 

Malgré sa grande expérience, son riche parcours musical et sa célébrité, le ténor de la ville des vents garde son esprit d’aventure musicale vivant et prêt à mettre le cap sur de nouveaux horizons artistiques.

La Scena l’a retrouvé après ses débuts réussis dans le rôle-titre de Don Carlo de Verdi (version française) au Metropolitan Opera. Le ténor a chanté aux côtés du baryton Étienne Dupuis dans le rôle de Rodrigue, dans une distribution dirigée par le chef Yannick Nézet-Séguin.

Il est donc naturel que M. Polenzani se prépare à visiter le Canada et, espérons-le, à conquérir le public de la Canadian Opera Company (COC) avec son interprétation d’Alfredo Germont dans La Traviata de Verdi.

« Alfredo est un rôle que j’aime vraiment, dit-il. Je suis aussi, bien sûr, très excité par mes débuts à la COC. Lorsqu’on me demande de chanter dans La Traviata, je me renseigne toujours sur les autres chanteurs de la distribution. Ainsi, on m’a dit beaucoup de bien de la soprano, Mme [Amina] Edris, qui interprète le rôle-titre et avec laquelle je n’ai jamais chanté auparavant. »

Il a hâte de rencontrer les autres membres de la distribution et de pouvoir passer plus de temps avec son vieil ami, le baryton Russell Braun. Établi à New York, il considère que chanter avec la COC est une décision logique pour lui; elle comporte des aspects positifs, notamment sur le plan personnel, car la distance relativement courte permettra à sa femme et à ses quatre enfants de l’accompagner plus souvent. Ce spectacle pourrait être le début d’une longue collaboration avec l’opéra canadien.

De nouveaux horizons
sur des recettes anciennes

Polenzani a plus de 500 représentations à son actif et se rapproche de ce qu’on appelle son âge d’or. Malgré cela, sa voix a conservé la même jeunesse et le même dynamisme qu’elle affichait dans les années 1990, lorsqu’il a fait ses débuts au Metropolitan Opera dans Boris Godounov de Moussorgski. Comment y parvient-il ?

Sondra Radvanovsky en Elisabetta et Matthew Polenzani dans le rôle-titre de « Roberto Devereux » de Donizetti. Photo par Ken Howard/Metropolitan Opera.

Sa réponse est rapide et directe : « En travaillant ! » Le ténor se voit toujours comme un étudiant en chant, il suit des cours privés lorsque son emploi du temps le lui permet et enregistre et écoute constamment son enregistreur de poche Zoom. Sa femme, une mezzo-soprano, connaît sa voix sur le bout des doigts et lui donne des retours vocaux au besoin. « Tout comme le corps humain, la voix est en constante évolution et ne cesse de grandir, dit-il. [En tant que chanteurs], nous devons rester sur nos gardes et toujours essayer de nous adapter. J’ai aussi toujours essayé d’intégrer un peu de Mozart dans mon emploi du temps, même maintenant qu’il est plus difficile de décrocher des rôles comme Ferrando ou Ottavio, j’ai encore quelques Tamino dans mon avenir et j’espère continuer à chanter dans les Mozart plus matures comme Idomeneo et La clemenza di Tito. »

Non seulement Polenzani a pu garder sa voix fraîche et forte, mais au cours de la dernière décennie, son instrument s’est élargi, lui permettant de s’aventurer dans des rôles plus exigeants, difficilement accessibles au début de sa carrière.

« Au cours des huit dernières années, les gens m’ont dit que ma voix semblait cinq fois plus puissante qu’avant. Je ne peux pas l’entendre parce que [le son]se dirige vers la salle, mais je me sens plus à l’aise qu’avant dans les rôles plus mûrs. »

Ses prochains engagements seront l’occasion de montrer une partie de cette puissance nouvellement acquise. En juillet prochain, il fera ses débuts dans le rôle de Cavaradossi dans la Tosca de Puccini, au Festival d’opéra de Savonlinna en Finlande. Ce rôle requiert à la fois un lyrisme pour des passages comme l’aria Recondita Armonia et un feu d’artifice vocal pour la déclamation de Vittoria à la fin de l’opéra.

Polenzani souligne qu’une combinaison de répertoire lyrique et plus robuste (tout comme dans Tosca) a été responsable de sa croissance vocale continue. Il pense que le fait d’interpréter des œuvres diverses permet de garder l’esprit alerte et la voix souple. Il planifie soigneusement son calendrier en veillant, dans la mesure du possible, à alterner entre de nouveaux rôles plus lourds, comme Don Carlo, et des rôles plus légers, comme Alfredo Germont.

La connaissance et le respect de son instrument vocal et de ses limites, ainsi que le respect de la règle d’or consistant à ne jamais trop chanter, constituent un autre élément clé de sa capacité croissante à chanter des rôles plus sérieux et plus dramatiques. « Je sais que je peux produire assez de son pour écraser l’orchestre, dit-il, mais ce n’est pas un son primal et énorme à la Domingo, Schicoff ou Corelli… Plus jeune, je vénérais ces derniers, mais je comprends maintenant que je suis un chanteur différent, plutôt dans la veine d’un ténor comme Nicolai Gedda, qui, soit dit en passant, a également eu du succès en chantant des rôles dramatiques. »

Dans l’ensemble, Polenzani envisage l’avenir avec enthousiasme. « Qui sait ? Si tout continue ainsi, j’aurai peut-être la chance d’interpréter Othello ! Mon agent m’assure que cela se produira, mais allez savoir. Je me contente de suivre cette voix là où elle me mène. »

TRADUCTION PAR MÉLISSA BRIEN

Matthew Polenzani fait ses débuts à la Canadian Opera Company dans le rôle d’Alfredo dans La traviata, lors des représentations des 23 avril, 1er, 3, 7, 12, 18 et 20 mai. Il fait ses débuts à l’Opéra d’État hongrois dans le rôle-titre de Don Carlo de Verdi les 5, 8, 11, 16 et 18 juin et chante Cavaradossi pour la première fois dans Tosca au Festival d’opéra de Savonlinna les 7, 9, 11, 13 et 15 juillet.

www.matthewpolenzani.com
www.coc.ca
www.opera.hu
www.operafestival.fi

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