John Brancy et Peter Dugan : la paire gagnante

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Dans notre numéro d’avril dernier, Wah Keung Chan et moi avions prédit que John Brancy serait l’un des gagnants du CMIM 2018. J’ai rencontré le baryton américain avec le pianiste Peter Dugan deux jours avant les finales de la division Aria. Brancy a remporté le premier prix de la division aria et le prix de la mélodie française.

Photo : Gerard Collett

La technique vocale de l’opéra est-elle différente de celle de la mélodie ?

John : Absolument. Lorsque je chantais des mélodies à la salle Bourgie, j’ai pu jouer avec l’acoustique; la salle permet à l’interprète de le faire. Je pourrais aller « hors voix » et dans un falsetto pur. J’ai pu mélanger davantage ma voix. Dans l’opéra, à moins que ce soit quelque chose comme Billy Budd, [où] l’orchestration est très calme, il est plus difficile d’être « hors voix ». Vous ne voulez pas faire ça. Ça ne sonnera pas bien et le legato sera également compromis.

Comment prenez-vous soin de votre voix dans un concours exigeant comme le CMIM ?

John : Avant le concours, Peter et moi avons donné une série de concerts en plein air à Kansas City, alors nous sommes arrivés le 28 mai à 2 heures du matin et devions chanter le lendemain ! Je pense que le travail préparatoire est très important. Gérer le stress et la tension, rester bien hydraté et bien dormir. J’utilise un vaporisateur de zinc et, récemment, je prends des suppléments étonnants de champignons fabriqués par Host Defense. Certains d’entre eux ont un effet sur le système nerveux et le stress ainsi que sur le système surrénal. Lorsque nous chantons, nous utilisons beaucoup de force vitale pour émouvoir et diffuser tout ce son et cette énergie vers le public. Ces nerfs et cette énergie peuvent faire passer votre corps en mode de suractivité, comme un athlète en compétition. Aussi, le plus important est de dormir huit ou neuf heures par nuit.

Quand allez-vous jouer à Montréal ?

John : Peter et moi travaillons sur un projet depuis 2014 pour lequel nous avons réalisé un CD intitulé The Silent Night, World War I Memorial in Song. Ensuite, nous avons réalisé un deuxième programme intitulé Armistice: The Journey Home, qui regroupe des chansons et des arrangements originaux. Nous avons présenté Silent Night en 2015 avec la Société d’art vocal de Montréal, alors nous allons maintenant amener Armistice. Certains des compositeurs se sont battus ou ont servi lors de la Première Guerre mondiale, mais ce qui différencie ce programme, c’est le thème de la maison et sa signification au lendemain d’une catastrophe.

Peter : À l’époque, les gens pensaient que la Première Guerre mondiale serait la guerre qui mettrait fin à toutes les guerres. Évidemment, ils se trompaient et nous avons voulu explorer cet aspect intéressant.

John : Et le monde actuel n’est pas dans un état solide. Si vous avez le privilège de vivre dans un endroit qui n’est pas ravagé par la guerre, vous n’y penserez pas constamment, mais cela ne signifie pas que la guerre n’existe pas.

Peter : Une autre idée présente dans le programme est celle des gens qui errent pendant ou après la guerre. Ceux qui ont perdu leur maison. Nous jouons les Songs of Travel de Vaughan Williams, qui a servi au front pendant la Première Guerre mondiale.

Pouvez-vous souligner quelques différences stylistiques entre les compositeurs de votre programme ?

John : Schubert et Rachmaninov sont à peu près aussi éloignés que possible en termes de style. La seule chose qu’ils ont en commun, c’est qu’il faut les chanter legato. La langue change tout et aussi la manière dont le compositeur aborde le piano.

Peter : Dans le répertoire français, nous avons une stabilité métronomique qui simplifie le rythme, alors que dans Schubert, il y a encore une simplicité, mais aussi plus de montées et de chutes naturelles et de respiration. Les phrasés dans Rachmaninov sont plus extrêmes, ce qui nécessite beaucoup de flexibilité.

Comment gagne-t-on un concours ?

John : La préparation et le sentiment de facilité et de confiance y sont pour beaucoup, et ne peuvent être atteints que par l’expérience. J’ai joué en public la plupart des pièces avant le concours. J’ai participé à plus de 25 concours et j’ai eu beaucoup de succès, mais une fois en Finlande, je n’ai même pas dépassé les quarts de finale. Vous devez être très préparé. Les jurys sont souvent des superstars et des critiques du plus haut niveau.

Peter : Ne vous attendez pas à gagner, mais concentrez-vous sur la qualité de la prestation. On peut apprendre énormément de chaque concours.

Que pensez-vous des concours de chant télévisés tels que X Factor et La Voix, et des participants qui chantent des pièces classiques ?

John : Je pense que c’est une mutation de notre forme d’art. Il est impératif que notre génération de musiciens et d’administrateurs classiques reconnaisse que ce que nous faisons est en fait attirant pour un public populaire, mais il est également important pour nous de présenter l’art de manière à ce qu’il soit facile à assimiler.

Peter : Les producteurs et les administrateurs doivent également croire en la qualité de l’art lui-même. C’est un acte de foi que de dire : « Nous ne devons pas compromettre la qualité de l’art pour attirer un public de masse. »

John : Je vois notre génération changer réellement l’industrie, car nous n’avons pas peur d’expérimenter de nouvelles technologies, de nouvelles façons de mettre en scène ou des collaborations avec d’autres disciplines artistiques – trouvant des moyens pour que l’opéra reste non seulement pertinent, mais qu’il puisse également s’étendre à différentes formes artistiques.

Traduction par Mélissa Brien

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