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À l’annonce des candidats « non classés » de la finale Aria du CMIM, qui s’est tenue hier vendredi 6 juin à la Maison symphonique, on pouvait lire sur le visage de Julia Muzychenko-Greenhalgh un mélange de désarroi et d’incrédulité. Tout comme sa concurrente directe Yewon Han, qui ouvrait la soirée et passait juste avant elle, la soprano russe n’allait effectivement ne remporter aucun prix.
Première surprise, donc. Le jury a choisi de ne pas départager les sopranos dans ce duel au sommet, offrant plutôt un match nul que personne n’attendait vraiment. Et pourtant, ce duel a tenu toutes ses promesses ! En termes d’exécution technique et de démonstration de force, il faut bien avouer que c’est la soprano sud-coréenne qui a pris le dessus. Elle a osé des cadences et ornementations particulièrement rapides, étoffées, et naturellement portées vers le suraigu. En ce sens, son interprétation de « Una voce poco fa » de Rossini a été des plus originales et lui aurait certainement mérité mieux qu’un non-classement. Face à cette prestation de haute voltige, Mme Muzychenko-Greenhalgh a lutté avec ses propres armes. Elle a certes moins brillé dans le registre colorature, mais a pris l’ascendant, en fin de compte, grâce à son engagement émotionnel, son expérience évidente de la scène et la richesse de son timbre faisant vibrer les murs de la Maison symphonique comme personne – hormis le ténor Junho Hwang.
Autre surprise de taille : Theodore Platt, troisième prix. Le baryton britannique a eu beau chanter son répertoire avec les qualités d’interprète qu’on lui connaissait déjà, le rétrécissement de sa voix dans l’aigu le mettait en posture délicate par rapport à tous les autres candidats, à ce niveau de la compétition.
Junho Hwang, lui, n’a cessé de monter en puissance au fil de son programme. Son interprétation d’un air extrait d’Aleko de Rachmaninov, avec la harpe pour seul accompagnement, restera dans l’histoire du CMIM comme l’une des prestations les plus mémorables. Rien de moins. La richesse de ses aigus et de son phrasé était digne d’une victoire éclatante en finale. Le ténor devra néanmoins se contenter d’un deuxième prix. La faute, peut-être, à une version de « Che gelida manina » de Puccini marquée par un certain empressement. Il faut dire que Patrick Summers, à la baguette de l’OSM, n’a pas été d’un grand secours au candidat pour lui permettre de trouver un meilleur souffle.
Comme on le pressentait déjà en demi-finale, la dynamique enclenchée par Fleuranne Brockway l’a mise dans les meilleures conditions pour la finale. Et plus encore ! Elle remporte le premier prix, grâce notamment à un dernier tour de force : « Se Romeo t’uccise un figlio » de Bellini, un air qui lui a permis non seulement de bien s’épanouir dans le registre supérieur de sa voix, mais aussi de donner à son passage en finale un moment d’intensité dramatique qui a su toucher le public et, d’évidence, le jury. Cela dit, on a pu constater quelques imprécisions au niveau de la justesse et des disparités de couleurs au niveau du timbre. De ce point de vue, la prestation de la mezzo-soprano australienne en demi-finale demeure, selon nous, le haut fait de son parcours au CMIM.
C’est ainsi que s’achèvent ces deux semaines de compétition et cette série de reportages. Félicitations à tous les candidats pour cette très belle édition Voix 2025. L’année prochaine, le CMIM sera consacré au violon. À marquer à vos agendas, du 27 mai au 4 juin 2026.
Revoir
Récipiendaires des prix spéciaux
Des prix et en bourses d’une valeur de plus 160 000 $ ont été décernés à l’issue de la Première épreuve et de la Demi-finale.
Laureano Quant (baryton, Colombie)
Gagnant du Prix Mélodie (10 000 $)
Offert en partenariat avec la Nawacki Family Foundation
Fanny Soyer (soprano, France)
Gagnante du Prix du public ICI Musique (5 000 $)
Offert en partenariat avec ICI Musique
Ariane Cossette (soprano, Canada)
Gagnante du Prix André-Bourbeau de la meilleure artiste canadienne (5 000 $)
Offert en partenariat avec la Fondation Bourbeau
Ihor Mostovoi (baryton, Canada | Ukraine)
Gagnant du Prix André-Bachand pour la meilleure interprétation d’une œuvre canadienne (2 500 $)
Offert en partenariat avec Claudette Hould
Theodore Platt (baryton, Royaume-Uni)
Gagnant du Prix pour la meilleure interprétation d’un air contemporain (2 500 $)
Offert en partenariat avec Dixi Lambert
Fleuranne Brockway (mezzo-soprano, Australie)
Gagnante du Prix du Jury de la relève (1 000 $), sélectionné par le Jury de la relève du CMIM à la fin de la Première épreuve
Offert en partenariat avec Richard Tremblay
Ariane Cossette (soprano, Canada)
Gagnante du Prix de l’Observatoire québécois d’art lyrique (1 000 $)
Offert en partenariat avec l’Observatoire québécois d’art lyrique
Laureano Quant (baryton, Colombie)
Gagnant du Prix Schubert de la Salle Bourgie, sélectionné par la Salle Bourgie
Offert en partenariat avec la Salle Bourgie
Fanny Soyer (soprano, France)
Gagnante du Prix de la Résidence UdeM-McGill en piano-art vocal (7 500 $), prix non déterminé par le Jury international
Offert en partenariat la Résidence UdeM-McGill en piano-art vocal
Julia Muzychenko (soprano, Russie) | Yewon Han (soprano, Corée du Sud)
Bourses du CMIM pour les 2 finalistes non-lauréat·e·s (3 000 $)
Offertes en partenariat avec Dixi Lambert et la famille Rouleau
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