Reportage | Deuxième journée du CMIM : les séances du soir, plus favorables aux candidats?

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Les séances se suivent au CMIM et ne se ressemblent pas. Une constante, toutefois, depuis le début du concours : c’est en soirée que l’on entend les voix les plus remarquables. Serait-ce un hasard ou l’heure de passage y est-elle pour quelque chose?

Aria I – Après-midi

Cette deuxième journée a plutôt bien commencé avec Katerina Burton. La soprano américaine a été généreuse dans son interprétation et son legato, mais son choix de pièces s’est avéré très prudent. Plus tard en soirée, d’autres concurrentes dans son type de voix ont pris, elles, de vrais risques vocaux qui ne peuvent qu’être récompensés à l’arrivée. 

Au vu de ses qualités vocales dans le registre profond, le baryton-basse thaïlandais Pete Thanapat mérite véritablement le qualificatif de basse comme il en existe rarement. Son timbre s’épanouissait aussi bien dans l’aigu, avec de riches couleurs et une solidité à toute épreuve. La grande ressemblance de répertoire avec son concurrent direct Valentin Ruckebier – même air de Simon Boccanegra, même air de La beauté du monde de Bilodeau – a été flatteuse pour le Thaïlandais. La basse allemande, qui avait en vérité une tessiture de baryton-basse, est apparue plus réservée. L’interprète a choisi parfois de miser davantage sur l’expression dramatique que sur les belles résonances que sa voix était capable de produire. Pas sûr qu’un jury de concours d’opéra approuve ! En revanche, on lui prédit un bel avenir dans la compétition de mélodie.

Le ténor Ricardo Garcia, qui faisait partie de nos favoris dans la catégorie Aria, nous avait initialement donné une impression de force sur enregistrement. Dans l’air de La Rondine de Puccini, il nous a gratifié d’aigus percutants, mais sa voix a été globalement moins éclatante que prévu. L’interprète s’est surtout démarqué dans le registre de la douceur grâce notamment à une chanson de Daniel Catán. Il s’est ainsi présenté comme l’un des candidats les plus expressifs, les plus émouvants, de cette édition. Toutefois, sur le plan technique, Kuda, kuda de Tchaïkovski n’a pas été aussi bien mené.  

Aria I – Soir

À partir de 19h30, le public du CMIM a eu droit à un premier trio digne des étoiles de la LNH ! Le niveau de performance et de connexion avec le public a atteint des sommets incomparables grâce aux présences de Chanhee Cho, Isabel Weller et Jaeeun Shin. L’un après l’autre, ces trois candidats nous ont rappelé que nous étions bel et bien dans une compétition, qu’il ne s’agissait plus de charmer par de mini-récitals, mais de conquérir le cœur des juges et du public, et de vaincre.

Le Coréen, qui avait déjà participé au concours en 2018, a été le plus convaincant des trois barytons-basses du jour. Son premier air – le catalogue de Don Giovanni – a été très divertissant à entendre et à regarder, en plus d’offrir un exemple flamboyant d’aisance et de vigueur. Les défis techniques de Schweig, damit dich niemand warnt! , extrait du Freischütz de Weber, ont été relevés avec brio, avec toujours le plaisir du chant comme fil conducteur.  

Parlant de défi, Einmal noch einmal d’Udo Zimmermann était de loin la pièce contemporaine la plus difficile du concours, avec ses nombreux passages a capella. Pour une entrée en matière, à froid, disons-le, c’était une mission suicide ! D’évidence, Isabel Weller se connaît très bien. Elle a été d’une justesse et d’une assurance époustouflantes. La soprano allemande, qui est une mozartienne dans l’âme, a pu se « reposer » brièvement dans Deh vieni non tardar des Noces de Figaro avant de repartir de plus belle et survoler la virtuosité d’un air de Haydn. Décidément, le style classique lui a va à merveille ! 

Enfin, la soprano colorature coréenne Jaeeun Shin a offert un programme stratosphérique, marqué par un air de Meyerbeer et de John Adams. Les premières notes d’Arrière! Je réchauffe les bons de Ravel ont donné le ton, d’entrée de jeu. Son objectif est clair : elle est venue ici pour gagner. La compétition s’annonce féroce avec l’autre soprano colorature Julia Muzychenko-Greenhalgh. 

Les places en finale sont limitées à cinq, mais au moins deux des trois derniers candidats de ce soir méritaient une place. Le choix du jury sera difficile. 

Du côté des Canadiennes, malheureusement, on voit mal comment Sophie Naubert pourrait poursuivre l’aventure. Certes, son jeu scénique a été plein d’humour dans la pièce Take it to Tumblr de Harder, mais sa voix manquait de rondeur et de versatilité, au-delà du répertoire baroque qui lui semble le plus approprié. Ariane Cosette, quant à elle, a eu de la difficulté à canaliser son énergie vocale et son vibrato, faisant perdre aux lignes mélodiques leur contour précis, malgré un chant expressif et très legato. 

On invite tous les amateurs d’opéra à venir à la salle Bourgie pour vivre l’expérience en personne. Dernière séance dans la catégorie Aria, ce soir, mardi 27 avril. Aura-t-on droit à un autre feu d’artifice vocal ? Réponse à 19h30 !

Pour toute la programmation, les billets et le profil des candidats, visitez le https://concoursmontreal.ca/fr/voix-2025/

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A propos de l'auteur

Justin Bernard est détenteur d’un doctorat en musique de l’Université de Montréal. Ses recherches portent sur la vulgarisation musicale, notamment par le biais des nouveaux outils numériques, ainsi que sur la relation entre opéra et cinéma. En tant que membre de l’Observatoire interdisciplinaire de création et de recherche en musique (OICRM), il a réalisé une série de capsules vidéo éducatives pour l’Orchestre symphonique de Montréal. Justin Bernard est également l’auteur de notes de programme pour le compte de la salle Bourgie du Musée des Beaux-Arts de Montréal et du Festival de Lanaudière. Récemment, il a écrit les notices discographiques pour l'album "Paris Memories" du pianiste Alain Lefèvre (Warner Classics, 2023) et collaboré à la révision d'une édition critique sur l’œuvre du compositeur Camille Saint-Saëns (Bärenreiter, 2022). Ses autres contrats de recherche et de rédaction ont été signés avec des institutions de premier plan telles que l'Université de Montréal, l'Opéra de Montréal, le Domaine Forget et Orford Musique. Par ailleurs, il anime une émission d’opéra et une chronique musicale à Radio VM (91,3 FM).

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