Krzysztof Penderecki (23 novembre 1933 – 29 mars 2020)

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Le compositeur polonais Krzysztof Penderecki est mort dimanche 29 mars à l’âge de 86 ans, dans sa ville natale de Cracovie. Selon les médias du pays, qui citent l’association Ludwig van Beethoven fondée par son épouse Elzbieta, le compositeur et chef d’orchestre est décédé des suites d’une longue maladie.

Dans un tweet, le ministre polonais de la Culture a dit de lui qu’il était l’un « des plus grands musiciens polonais, une autorité mondiale de la musique classique ».

Ci-joint une entrevue que La Scena réalisée avec le maestro Penderecki en 1998.


Penderecki sur le Requiem polonais

Par Philip Anson / 1 avril 1998

English Version…


Le compositeur polonais Krzysztof Penderecki (prononcer Pen-dé-RET-ski) revient à Montréal le 8 avril pour diriger la première nord-américaine de la version intégrale (comprenant le récent Sanctus) de son monumental Requiem polonais. L’Orchestre symphonique de Montréal et son choeur pourraient-ils souhaiter un meilleur chef que le compositeur lui-même, qui a déjà dirigé l’oeuvre plus de 100 fois dans le monde entier? La Scena Musicale s’est entretenue du Requiem avec maestro Penderecki en octobre dernier, à New York.

La rencontre a eu lieu dans l’Oak Room de l’hôtel Plaza, où le maestro était descendu avec son épouse. À 65 ans, Krystof Penderecki est l’archétype de la haute figure culturelle de l’Europe centrale: accent très prononcé, costume impeccable, barbichette blanche, regard pénétrant du maître. C’est également un homme charmant, prêt à répondre avec amabilité à des questions qu’on lui a sans doute posées des dizaines de fois.

Comme toutes ses grandes oeuvres, explique-t-il, le Requiem est un ensemble de morceaux qui ont été composés sur une période de nombreuses années. «C’est ma méthode. Je fixe d’abord la forme. C’est le plus important. Ensuite j’élabore les détails, les thèmes, motifs et développements. La structure complète ressort mieux de cette façon que si vous procédez chronologiquement du début à la fin.» Penderecki n’a aucune difficulté à entretenir son élan créateur pendant des mois ou des années. Au contraire, il estime que ses oeuvres «se cristallisent» avec le temps.

Le Requiem polonais, dédié à la mémoire de son pays meurtri, a été amorcé à partir de pièces et oeuvres de commande qui n’avaient à l’origine aucun lien entre elles. La première date de 1980; elle a été commandée par Lech Walesa, le chef du parti Solidarité, pour marquer l’inauguration d’un monument aux victimes du soulèvement de Gdansk. « Un mois avant l’inauguration, je n’avais toujours pas trouvé mon sujet d’inspiration, se rappelle le compositeur. Je dirigeais à Baden-Baden quand je suis tombé sur une partition du Requiem de Verdi. Le texte du Lacrimosa m’a semblé parfait et j’ai terminé la commande à temps.» A-t-il été influencé par Verdi? «Évidemment que non!»

Puis, en 1981, Penderecki perd un ami, le cardinal Wyszynski. «J’ai appris la nouvelle le matin et, à la fin de l’après-midi, l’Agnus Dei était terminé.» Le Dies irae a été composé sur commande en 1984 pour commémorer la résistance de la Pologne au nazisme. C’est ainsi que, petit à petit, cette singulière messe des morts a vu le jour. Penderecki est allé jusqu’à incorporer un ancien hymne polonais dans le Recordare, Jesu pie, tronquer l’Offertorium et adjoindre un grand Finale: Libera Animus, qui récapitule tous les thèmes de l’oeuvre. Le dénouement, optimiste, promet la fin des malheurs de la Pologne. «C’était une époque troublée, marquée par les bouleversements, confie le compositeur, mais il nous semblait que l’avenir ne pouvait être que meilleur.»

Le Requiem polonais dans sa version complète de 1984 a été créé par Mstislav Rostropovich à Stuttgart le 28 septembre de la même année et enregistré par Deutsche Grammophon. À l’occasion du festival Penderecki de 1993 à Stockholm, cependant, le compositeur a écrit un nouveau Sanctus. L’enregistrement intégral du Requiem nouvelle version sur étiquette Chandos fait autorité depuis.

Catholique de naissance, Penderecki ne considère pas pour autant son Requiem comme une oeuvre religieuse. «Il m’est arrivé de puiser à la musique religieuse juive et russe orthodoxe, mais c’est plutôt dans la solide tradition allemande du XIXe siècle et la polyphonie de la Renaissance que je trouve mon inspiration.» Malgré la signification historique et patriotique du Requiem polonais, il se défend d’avoir voulu en faire une oeuvre politique. «Je n’écris pas de musique politique. La musique politique tombe tout de suite en désuétude. Mon Thrène demeure important parce que c’est de la musique abstraite. La dédicace du Requiem se rapporte à des gens et à des événements particuliers, mais la musique, elle, a une portée beaucoup plus large.»

Sur le plan stylistique, le Requiem polonais n’a pas de rapport avec la production des années 1960, une période d’expérimentation tous azimuts. «J’ai commencé à faire des essais pour savoir quelle gamme de sons je pourrais tirer de mon violon, ou d’une contrebasse, en jouant sur le cordier ou derrière le chevalet. Personne n’a écrit de musique aussi avancée pour les cordes. Aujourd’hui, 35 ans plus tard, mon Thrène à la mémoire des victimes d’Hiroshima est encore d’avant-garde, mais l’ère des découvertes est révolue. Nous avons déjà tout découvert!»

Le Requiem reflète le nouveau pluralisme de Penderecki. On entendra donc des mouvements véritablement tonals aussi bien que des agrégats sonores bruyants. La partition exige un immense orchestre avec quadruple section de bois, six cors, de fortes percussions, un choeur mixte et quatre solistes. Penderecki a fait venir plusieurs solistes d’Europe de l’Est qui ont déjà chanté le Requiem. Iwan Edwards, le chef des choeurs, qui n’a jamais dirigé de Penderecki, estime que l’oeuvre est l’une des plus difficiles que les choristes aient eues à affronter.«Techniquement, le défi est très grand à cause des dissonances, de la division des voix et du rythme. Quand les choristes ont vu la partition, ils se sont inquiétés mais ils commencent maintenant à l’apprécier. Le Requiem est formidablement expressif et émotif, mais il est également lyrique et accessible.» Quant au compositeur, il fait confiance au choeur de l’OSM. «Pour exécuter le Requiem, il faut un excellent orchestre et un très bon choeur. Je sais, de par mes précédentes visites, qu’ils y arriveront sans problème.»

Penderecki dirigera l’Orchestre symphonique de Montréal dans le Requiem polonais le 8 avril 1998 à 19 h 30 à la basilique Notre-Dame (10 $, 20 $, 36 $). Billets: 842-9951. Un Festival de musique polonaise se tiendra au consulat de Pologne (1500, av. des Pins Ouest) du 2 au 5 avril: concerts les 3 et 4, de même que le 5 en présence de Penderecki. Billets: 487-5550.

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