Critique | L’Opéra de Montréal offre un Carmen fort en voix

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Les Montréalais ont attendu de nombreuses années pour voir la mezzo-soprano montréalaise Rihab Chaieb incarner Carmen dans la production complète du plus célèbre opéra de Bizet. L’Opéra de Montréal la met enfin en vedette accompagnée d’une solide distribution incluant le ténor mexicain Arturo Chacón-Cruz, le baryton américain indigène du Mexique Ethan Vincent et la soprano canadienne Magali Simard-Galdès.

Les points forts

Comme nous l’avions noté dans nos articles de 2019 et de 2020, la Tunisienne-Canadienne Rihab Chaieb possède la fougue, l’intelligence et le charme envoûtant pour assurer la voix de Carmen. La Carmen que nous avons vue le 7 mai 2026 à la Salle Wilfrid-Pelletier était un esprit libre, à la fois captivante, vulnérable et attachante. Le mezzo-soprano sombre et chaleureux de Chaieb remplissait la salle. Sa habanera de l’acte I était ensorcelante et sa séguedille de l’acte II (« Près des remparts de Séville ») aurait conquis n’importe quel Don José. Elle s’est montrée tout aussi convaincante au moment de rejeter l’ultimatum de ce dernier à l’acte IV.

Rihab Chaieb. Opéra de Montréal, Carmen. Photo: Vivien Gaumand et l’Opéra de Montréal

Arturo Chacón-Cruz, qui était en couverture de notre numéro d’avril-mai 2026, s’est révélé à la hauteur de Chaieb grâce à son ténor clair et naturel, capable de couvrir la vaste tessiture de Don José tout en projetant la nature dramatique du personnage à travers toute la salle. Son interprétation de la sérénade emblématique de l’acte II, « La fleur que tu m’avais jetée », s’épanouissait en émotions sur un tempo bien pensé. Cela dit, on aurait apprécié un rythme plus soutenu dans la partie centrale.

Arturo Chacón-Cruz & Rihab Chaieb. Opéra de Montréal, Carmen.
Photo: Vivien Gaumand et l’Opéra de Montréal

Ethan Vincent a bien rendu le personnage d’Escammilio, mais son entrée en scène avec le chant du toréador révélait une voix un peu trop grave et rauque. Magali Simard-Galdès a offert une Micaëla pleine de sensibilité, tantôt vulnérable, tantôt déterminée. Sa voix de soprano légère convenait parfaitement au personnage et répondait largement aux exigences de son aria dans l’acte III.

Le baryton canadien Stephen Hegedus a incarné avec brio le rôle du désagréable lieutenant Zuniga, sa voix résonnant avec puissance. Les rôles secondaires des bandits Fasquita, Mercedes, Dancaire et Remendado étaient brillamment interprétés par les membres de l’Atelier lyrique Emma Fekete, Tessa Fackelmann, Jamal Al Titi et Rocco Rupolo. Seule ombre au tableau : l’entrée vocale peu convaincante de Dante Mullin Santore dans le rôle du caporal Morales au début de l’opéra.

Le Chœur de l’Opéra de Montréal et Les Petits Chanteurs de Laval les accompagnaient avec une énergie juvénile et une touche de gaieté. Jean-Marie Zeitouni dirigeait avec finesse, donnant à de nombreux passages une belle ampleur et un rubato tout en subtilité.

Dans l’ensemble, les prestations vocales ont surpassé celles de la production largement critiquée de 2019, mise en scène par le cinéaste Charles Binamé.

Photo: Vivien Gaumand et l’Opéra de Montréal

Les bémols

Afin de limiter la durée à un peu moins de trois heures, la production n’a prévu qu’un seul entracte de 25 minutes, obligeant le public à rester assis entre les actes. Aucun message dans les surtitres n’indiquant le début du prochain acte, la musique d’introduction était enterrée par les bavardages du public. Le rideau ne s’étant pas levé au début et le jeu tempéré de l’orchestre n’ont aidé en rien.

Les décors initialement créés par l’Edmonton Opera sous la direction scénique d’Anna Theodosakis étaient somme toute adéquats. Ils auraient pu être placés plus près du mur du fond, notamment pour aider les chanteurs à mieux projeter leur voix dans la vaste Salle Wilfrid-Pelletier.

Je dois avouer que regarder Carmen ne me procure plus le même plaisir qu’avant. Bien que cet opéra se veuille une ode à la vie d’une gitane sensuelle et insouciante, c’est en réalité une histoire de féminicide. Dans le contexte actuel, il est difficile d’assister à ces scènes de violence et à ce meurtre brutal. La réaction tiède du public face à cette fin cruelle semble corroborer mon sentiment.

Carmen de l’Opéra de Montréal : 10 et 12 mai 2026. www.operademontreal.com

À voir et écouter :

Remarque : cet critique a été modifié le 10 mai 2026 suite à une erreur.

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