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Dans les années 1980, la pianiste montréalaise Brigitte Poulin découvre les œuvres de György Kurtág. Âgée de 20 ans, l’étudiante d’alors à l’Académie de musique et des arts de la scène de Vienne assiste au festival de musique contemporaine organisé par Claudio Abbado dans la capitale autrichienne où une nouvelle commande de Kurtág est créée.
« Depuis, sa musique est toujours apparue dans ma vie », dit-elle. Alors que les frontières s’ouvrent progressivement, Poulin voyage à Budapest pour entendre les œuvres de Kurtág. Quelques années plus tard, elle joue sa musique de chambre en Italie.
Cet automne, Poulin lance un album sous l’étiquette Leaf Music consacré à une collection de miniatures pour piano solo appelées Játékok. Signifiant « jeux » en hongrois, ces courts morceaux de Kurtág répartis dans une dizaine de volumes ont été composés durant toute sa vie. « L’aspect “jeu” est très présent dans les quatre premiers volumes, datant des années 1970, où Kurtág se sert de l’écriture graphique. À l’époque, on expérimentait avec les dessins et ce que cela suggérait en matière de sonorité et d’approche au piano », dit Poulin.
Bien que la notation ouvre la porte à plusieurs interprétations possibles, un sens de l’écoute, de la réponse et de la répartie est nécessaire, souligne-t-elle. « Au départ, il n’avait écrit aucune valeur de mesure ni de durée. L’interprète utilise le temps à sa façon. » Dans d’autres cas, la notation est détaillée au point de déterminer la durée à la seconde près, la grandeur relative d’un point d’orgue et des nuances allant de cinq piano jusqu’à quatre ou cinq forte, explique-t-elle.
Au fil des ans, l’écriture de Kurtág se rapproche d’un journal intime, parsemé de « cartes d’anniversaires » et d’hommages à son épouse Márta, à ses amis ou aux compositeurs qu’il admirait. « L’interprète doit établir dans son imaginaire des dialogues, des conversations, des arguments, parce qu’il y a toutes sortes de suggestions, de propositions et de personnages dans ces œuvres ».
Pour son album, Poulin choisit une cinquantaine de Játékok qu’elle divise en cinq actes. « Dans le premier, il y a l’effronterie, le jeu espiègle de l’enfant et un côté combatif. Dans le deuxième, j’ai mis des hommages au [compositeur Ferenc Farkas], qui était un ami proche. » Le troisième acte est dédié à Márta, alors que le quatrième est composé d’hommages à ses amis; le cinquième contient les pièces les plus anciennes, datant de 1946-1947.
Fidèle à la conception de Kurtág, Poulin compte introduire ces Játékok dans ses programmes de musique de chambre. « Il y a une sensation d’espace, de légèreté dans l’expérience d’écoute lorsque vous entendez Játékok parsemé parmi d’autres morceaux », dit-elle.
www.brigittepoulin.ca
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