Elisabeth St-Gelais : L’étoile du nord

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Les débuts d’une formation stellaire

Forte d’un palmarès pratiquement inégalé pour une artiste lyrique canadienne dans sa vingtaine, la soprano Elisabeth St-Gelais jouit d’une carrière prometteuse sur la scène nationale et internationale. Depuis 2022, St-Gelais a décroché un nombre impressionnant de prix, dont le Wirth Vocal Prize de McGill, le premier prix (19-30 ans) au Concours de musique du Canada, le Prix d’Europe, le premier prix et le prix du public  au Centre Stage Competition de la Canadian Opera Company jusqu’à ses mentions District Winner au Met Lafont Competition en 2024 et 2025, le Prix Mécénat Musical Voix  et le 3e prix de la Fondation Père-Lindsay.

Originaire d’une petite communauté innue longeant la côte nord du St-Laurent, au Québec, St-Gelais a découvert la musique en faisant la route en auto entre Pessamit et Chicoutimi avec sa mère et sa grand-mère. Initiée au chant dès l’âge de six ans comme jeune choriste, elle a ensuite suivi des cours particuliers où elle a abordé le recueil des 24 Soprano Arias, Daphénéo, Les Oiseaux et Je te veux d’Erik Satie ou encore Les chemins de l’amour de Francis Poulenc. « J’ai commencé le répertoire classique très jeune parce que le timbre de ma voix s’y prêtait naturellement. Il n’était pas question si j’arrête ou si je continue : j’étais décidée », dit-elle.

Elisabeth St-Gelais avec l’Orchestre du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Photo : Michel Baron

Les ingrédients formateurs de succès

L’ascension fulgurante de la jeune soprano lyrique fascine d’autant plus qu’elle montre un suivi remarquablement cohérent dans la qualité de ses prestations à travers les différentes étapes de son parcours. Comment expliquer une telle maturité professionnelle à un âge où nombre de ses pairs peinent à trouver leur voix, leur chemin ou leur technique ? Le premier ingrédient – outre la passion – dit St-Gelais, c’est la rigueur au travail. « C’est difficile pour tout le monde et ça prend des années pour s’habituer à aller voir sa coach et son prof de chant chaque semaine et continuer à travailler sur du répertoire difficile pour rester en forme », ajoute-t-elle.

Elisabeth St-Gelais avec l’Orchestre du Centre national des Arts et Alexander Shelley. Photo : Curtis Perry

Depuis son baccalauréat jusqu’à sa maîtrise à l’École de musique Schulich de l’Université McGill, St-Gelais a étudié avec la soprano Aline Kutan. « Elle m’a enseigné avec son cœur et m’a aidée à me découvrir en tant que jeune femme à travers le chant. C’était presque spirituel. » C’est aussi à McGill que St-Gelais a rencontré Louise Pelletier, pianiste collaboratrice de renom. « Louise a été ma coach au bac et à la maîtrise, dit-elle. Mais elle a été beaucoup plus que ça. Elle m’a prise sous son aile, m’a donné énormément de son temps et de son attention. » Leur collaboration a éclos avec le succès de la soprano au concours Wirth en 2022 et mûri jusqu’à leur premier album (Infini) paru chez ATMA Classique en 2024. « C’est une partenaire de travail que je chéris énormément. J’ai été vraiment choyée de la rencontrer sur mon chemin. »

Parmi ses autres mentors, elle cite aussi Ariane Girard, Deborah Birnbaum et le ténor Stefano Algieri avec qui elle travaille depuis un an. « Stefano a fait une carrière extraordinaire et a vu beaucoup de choses que j’aurais envie de voir aussi. C’est quelqu’un qui me ramène sur terre et qui est très connecté avec lui-même. Il prend très bien soin de moi : il protège ma jeunesse à travers ma voix et ma technique », explique-t-elle.

Pour St-Gelais, la protection de soi joue un rôle fondamental. « Quand on a un peu de succès ou un peu de talent, il faut savoir se protéger pour continuer d’avancer dans ce à quoi on a consacré toute son énergie », explique-t-elle. Se protéger contre un milieu parfois rude et compétitif, mais aussi faire preuve de sagesse pour refuser des offres trop grandes, en dépit de l’engouement qu’elles peuvent susciter. « Ça me tenterait de chanter du Wagner l’année prochaine, mais ce serait complètement casse-cou. Il faut que je reste dans la protection de ma voix, de mon corps et de tous les efforts que j’ai mis dans mon cheminement. Cet ingrédient-là, je ne l’ai appris que dans les cinq dernières années – personne ne peut le faire à ma place. »

À l’aube de nouveaux horizons

La saison 2025-2026 lui amène de nouvelles collaborations avec l’Orchestre classique de Montréal, les Violons du Roy, l’Orchestre de l’Agora, et plusieurs dates de récitals au Québec et ailleurs. Ce n’est pas son premier tour comme soliste avec orchestre, remarque-t-elle. « Durant la dernière année, j’ai travaillé avec des chefs tellement intéressants – Dina Gilbert, Rafael Payare, Yannick Nézet-Séguin, Nicolas Ellis, Benoît Gauthier… Chaque œuvre que je travaille avec orchestre fait grandir ma compréhension du blend entre ma voix, l’orchestre et le chef. Il faut vraiment s’y plonger pour que ça devienne de mieux en mieux. J’adore être devant ce gros bateau et je sais qu’à mon âge, ce n’est pas tous les chanteurs qui ont cette chance. »

Cet été, la soprano se produira dans un cadre plus intime, d’abord au Festival de musique de chambre de Montréal avec Louise Pelletier le 21 juin, Journée nationale des autochtones. En juillet, elle sera en tournée avec l’organiste Jean-Willy Kuntz dans diverses cathédrales au Québec et au Domaine Forget de Charlevoix. Elle présentera aussi des récitals à la Cathédrale de Chicoutimi, la Série Orgue avec Céline Fortin, et au Festival Odyssée artistique des Grandes Bergeronnes avec Louise Pelletier. Plus tard durant l’année, elle présentera un récital en collaboration avec Pelletier au Centre culturel de Belœil, entre autres.

En parallèle à ses récitals avec orchestre et avec piano, St-Gelais se lance dans la découverte des rôles d’opéra. À l’horizon s’annoncent une production du Faust de Gounod en 2027 et une création autochtone en collaboration avec deux grandes institutions de la musique classique au Canada. Comme soprano lyrique, elle aimerait aborder les rôles de Fiordiligi de Così fan tutte et Vitellia de La clemenza di Tito, deux opéras de Mozart. Des jeunes Verdi l’intéressent aussi énormément, avoue-t-elle.

Elisabeth St-Gelais

Photo : Ville De Pluie – Andre Rainville

L’engagement autochtone : « tout est possible »

Un volet professionnel particulièrement cher aux ambitions d’Elisabeth St-Gelais concerne son travail de représentation des Premières Nations, des Métis et des Inuits dans le milieu de la musique classique et des arts en général. À l’ère de la vérité et de la réconciliation, les Autochtones du Canada et des États-Unis s’épanouissent dans toutes les sphères de la société, précise-t-elle, phénomène dont elle est la preuve vivante en tant qu’artiste autochtone en chant lyrique.

En novembre 2024, St-Gelais a collaboré avec Nicolas Ellis et l’Orchestre de l’Agora pour l’enregistrement d’un album de chansons composées par Ian Cusson, compositeur travaillant sur des thèmes provenant de cultures métisses, entre autres. L’album paraîtra en octobre prochain. Dans le cadre de sa résidence à Jeunesses musicales Canada en 2023-2024, elle a contribué à la création d’une suite en quatre mouvements, Innushkueu (femme innue), inspirée par des poèmes de Joséphine Bacon, poétesse de renom née à Pessamit.

Elisabeth St-Gelais avec Samian et un danseur

D’artistes autochtones l’ont marquée, tel le rappeur Samian avec lequel St-Gelais a participé à la SuperFrancoFête à Québec, l’été dernier. « Samian est devenu une connaissance vraiment estimée pour moi : c’est quelqu’un d’extrêmement sympathique, de passionné et d’engagé. Je suis fière d’avoir des collègues aussi investis. Je souhaite l’être autant que lui un jour », dit-elle.

Parmi les projets à venir, St-Gelais participera à l’émission Le grand solstice produit par Elisapie Isaac qui sera diffusé sur Télé-Québec le 21 juin prochain pour célébrer le solstice d’été et la journée Nationale des Peuples autochtones. Lors de la fête nationale, St-Gelais se présentera aux côtés de Robert Charlebois, Sara Dufour, Bon Enfant, Yann Perreau et d’autres artistes québécois le 24 juin au parc Maisonneuve, à Montréal.

Enfin, St-Gelais rêve de participer à la production d’un opéra autochtone au Met de New York. Mais elle ne sous-estime pas l’ampleur du projet. « Ça ne se fait pas tout seul. Ça prend une gang qui croit aux talents autochtones : un bon compositeur, un bon opéra, un directeur ou des décideurs qui souhaitent participer à cet épanouissement. Le fardeau de la réconciliation et de la vérité ne repose pas seulement sur les Autochtones, mais aussi sur les gens qui veulent se réconcilier avec nous, précise-t-elle avec sagesse. Il faut que tout monde s’y mette, mais je ne pense pas que ce rêve soit aussi loin que ça. Je pense que tout est possible pour nous maintenant », conclut St-Gelais fièrement.

www.elisabethstgelais.com

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A propos de l'auteur

Viktor Lazarov is an interdisciplinary musicologist and pianist specializing in performance practice analysis and contemporary repertoire by Balkan composers. Laureate of the Opus Prize for the “Article of the Year” awarded by the Conseil québécois de la musique in 2021, Viktor has performed and lectured in Austria, Canada, France, the Netherlands, Serbia, Spain, the United States, and published in CIRCUIT and La Revue musicale de l’OICRM. Viktor holds a Ph.D. in Musicology from the University of Montreal, an M.Mus. and a Graduate Diploma in Performance from McGill University, a B.Mus. from the University of South Carolina, and Graduate Certificate in Business Administration from Concordia University. (Photo: Laurence Grandbois-Bernard)

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