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La pianiste québécoise Élisabeth Pion, âgée de 29 ans, a remporté le prix convoité de Lauréate d’or au Concours international de piano Honens 2025 qui a eu lieu à Calgary en octobre dernier. Organisé tous les trois ou quatre ans, ce concours d’élite offre un prix de 100 000 $ et un programme de perfectionnement artistique de trois ans d’une valeur de 500 000 $ pour l’heureux vainqueur. Honens occupe une place à part parmi les événements de ce genre. Il recherche « l’artiste complet », un terme qui ne s’applique qu’aux candidats les plus rares et qui divise autant le jury, les critiques que le public sur les notions de goût, de valeurs et d’esthétique.
Dès sa participation à l’édition 2025, Élisabeth Pion a démontré son fort potentiel. Son programme de premier tour a été marqué par une interprétation fluide des Études op. 25 de Chopin, des choix audacieux de répertoire, notamment la Sonate de la compositrice polonaise Grażyna Bacewicz et une composition originale inspirée des célèbres Fleurs du mal de Baudelaire. Une paire d’escarpins rouge flamboyant complétait l’allure, ce qui voulait dire tout haut : elle a une personnalité affirmée.
Première femme à remporter le concours Honens depuis Katherine Chi en 2000, Pion s’inscrit dans la lignée de lauréats tels que Sergei Babayan, Jean-Efflam Bavouzet et, plus récemment, Nicolas Namoradze. Dans sa vidéo de présentation, elle déclarait : « Un artiste accompli se doit d’aimer la solitude et de ménager du temps nécessaire à l’introspection. » Rares sont les pianistes du concours Honens à avoir partagé des réflexions aussi pertinentes. Pratiquant le tai-chi, Pion anime occasionnellement des séances de pleine conscience avec différents orchestres.
Pion est une virtuose intuitive qui synthétise plus qu’elle n’analyse, ne cherche, n’expérimente ou ne proclame à travers son art. Elle fait partie de ces candidats qui savent charmer un jury, endossant discrètement le rôle de la chouchoute du concours. Sa présence scénique douce et agréable, frôlant un ton précieux et commun, alliée à sa créativité vestimentaire, a sans doute contribué à sa victoire au prix du public (5 000 $). Une partie de cartes bien jouée.
Pion a également brillé dans la catégorie qui s’est révélée déterminante lors de cette édition du Honens. Selon Jon Kimura Parker, directeur artistique du concours, « la musique de chambre est au cœur de l’artiste accompli ». Cette phrase a donné une indication sur le processus de décision du jury, à savoir que les prestations en musique de chambre allaient primer sur les solos. Les collaborations de Pion avec la violoncelliste Rachel Mercer dans la Sonate pour violoncelle en sol mineur de Rachmaninov et le Quatuor à cordes Isidore dans le Quintette pour piano en fa mineur, op. 14 de Franck, ont été parmi les plus réussies au concours. Elle a également surmonté une situation quasi catastrophique survenue en raison d’une défaillance de la tourneuse de pages en demi-finales. À elle seule, une telle prouesse mérite au moins une médaille.
Traduction : Justin Bernard
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