Critique de disque | Mozart: L’enlèvement du sérail, Florie Valiquette

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Mozart : L’Enlèvement du Sérail

Florie Valiquette (Constance), Matthias Vidal (Belmont), Gwendoline Blondeel (Blondine), Enguerrand de Hys (Pédrille), Nicolas Brooymans (Osmin).

Chœur et Orchestre de l’Opéra Royal, Gaétan Jarry, chef.

Château de Versailles Spectacles, 2025

Le public montréalais connaît bien la soprano Florie Valiquette. Diplômée de l’Université de Montréal en 2010, elle a interprété le rôle de Maria dans La mélodie du bonheur pendant une centaine de représentations, puis rejoint l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal de 2013 à 2015. Ayant fait ses preuves dans plusieurs rôles avec la compagnie, elle s’envole pour l’Europe où elle mène depuis une très belle carrière marquée par des œuvres rares. 

C’est le cas ici avec cette version française de Die Entführung aus dem Serail qui fait découvrir le livret français de Pierre Moline, écrit pour des représentations à Paris en 1798. Nous écoutons donc plutôt L’enlèvement du sérail, où Valiquette brille dans le rôle de Constance (Konstanze dans le livret original). 

Valiquette est convaincant

Dans un emploi où l’on entend habituellement des voix plus imposantes, la Québécoise convainc à force d’engagement, de ferveur et de précision dans les airs pleins de vocalises de cette partition très exigeante. Elle affronte ainsi avec vaillance l’air célèbre Marten aller Arten (qui commence ici par les mots « J’ai su te déplaire ») et s’en tire avec honneur. Elle se révèle un peu à court de graves dans les terrifiantes descentes qu’exige la tessiture, mais plusieurs de ses devancières éprouvent les mêmes difficultés. 

On a eu soin de distribuer dans le rôle de Blondine une autre soprano à la voix plus légère et flûtée, qui contraste bien avec celle de sa consœur. Cette différence est moins évidente dans le cas de Belmont (Belmonte), chanté par Mathias Vidal, dont la voix ressemble un peu trop à celle d’Enguerrand de Hys qui interprète Pédrille (Pedrillo). Par ailleurs, le rôle de Belmont comporte trois grands airs hérissés d’embûches, comparables à ceux de Constance. Vidal les affronte avec courage et sincérité, mais manque un peu d’ampleur et de noblesse. 

En fait, c’est toute la production qui se signale par sa légèreté, incluant l’Osmin joyeusement méchant de la basse Nicolas Brooymans, et surtout l’orchestre qui donne dans une musique de chambre très agréable. Le texte français ne manque pas de charmes, même s’il adoucit plusieurs des chocs de consonnes savoureux, propres à la langue allemande. 

En somme, un enregistrement qui permet de redécouvrir un chef-d’œuvre sous un autre jour, et aussi de suivre l’évolution de la voix de notre compatriote vers des rôles plus lyriques. En effet, Florie Valiquette, qui a été Micaëla dans Carmen en janvier de cette année, abordera Musetta de La bohème en décembre… cette fois-ci dans la langue originale ! 

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A propos de l'auteur

Passionné d’art lyrique depuis son adolescence, Pascal Blanchet est détenteur d'un doctorat en musicologie de l'Université de Montréal. Une version abrégée de sa thèse a été publiée en France chez Acte Sud (Hervé par lui-même. Écrits du père de l’opérette). Outre son activité de choriste professionnel, il est scénariste pour des émissions jeunesse à la télévision québécoise et pour des spectacles musicaux joués partout au Québec : Opéra-bonbon ou L’aventure gourmande d’Hansel et Gretel et Les origines du bing-bang avec Jeunesses musicales Canada, ainsi que Lionel et Mary avec les Productions Rigoletta.

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