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Bru Zane4
Ambroise Thomas: Psyché
Hélène Guilmette (Psyché), Antoinette Dennefeld (Éros), Tassis Christoyannis (Mercure), Mercedes Arcuri (Dafné), Anna Dowsley (Bérénice), Artavazd Sargsyan (Antinoüs), Philippe Estèphe (Gorgias)
Hungarian National Philharmonic Orchestra, Hungarian National Choir, György Vashegyi, chef.
Bru Zane, BZ1062
À l’automne 2024, le public de Montréal a eu l’occasion de découvrir le Hamlet d’Ambroise Thomas, compositeur français un peu oublié dont la musique a soulevé l’enthousiasme. Il y a fort longtemps par contre qu’on a entendu ici la soprano québécoise Hélène Guilmette, qui mène une brillante carrière, en Europe surtout, depuis plus de vingt ans. Cette intégrale de l’opéra Psyché, tout en étant une première mondiale, nous permet de renouer avec un compositeur très sous-estimé et une chanteuse trop rare.
Le livret raconte l’histoire de la déesse Psyché, si belle qu’elle soulève la jalousie de Vénus, qui jure sa perte. Éros, amoureux d’elle, la sauvera et l’épousera, malgré les manœuvres de Mercure, envoyé par Vénus désireuse de se venger. Sur ce livret de Jules Barbier et Michel Carré (auteurs des paroles de Faust et des Contes d’Hoffmann, entre autres grands succès), Ambroise Thomas a brossé une grande fresque musicale qui conquit le public et suscita même l’admiration du sévère Berlioz. Un peu déconcertant, ce chassé-croisé amoureux entre des dieux et des déesses, qui s’entredéchirent et se taquinent, peut rappeler à la fois les cantates françaises du XVIIIe siècle et les opérettes dont la vogue commençait à Paris à l’époque de la création (1857).
On entend donc des airs pleins de vocalises délirantes dans le style de Rossini, des fins d’acte spectaculaires dont la fougue évoque Verdi, mais aussi des élans lyriques passionnés dignes de Gounod voisinant des moments de comédie que n’aurait pas reniés Offenbach ! À l’aise dans tous les styles, le compositeur laisse aller son imagination débordante, ses mélodies inépuisables et son sens raffiné de l’orchestration.
Le rôle de Psyché devait revenir à Jodie Devos, brillante soprano colorature disparue trop tôt l’an dernier. Hélène Guilmette, sans avoir la même aisance dans l’aigu, a tout de même beaucoup à offrir, à commencer par un timbre fruité, au médium riche, en plus d’une diction impeccable au service d’une interprétation digne d’une grande comédienne.
Les deux autres personnages principaux, Éros et Mercure, sont chantés par la mezzo Antoinette Dennefeld et le baryton Tassis Christoyannis, qui se montrent à la hauteur et viennent à bout de leurs airs très exigeants.
Encore une fois, le Palazzetto Bru Zane a déniché une pépite scintillante dans la caverne des opéras oubliés. Les textes d’accompagnement sont comme toujours copieux et éclairants. Difficile d’imaginer dans quelle mise en scène une partition aussi singulière et foisonnante pourrait revivre, mais on peut toujours rêver en écoutant ce magnifique enregistrement.
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