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Que fait ce disque sur ma tablette ? J’ai écouté les enregistrements par Furtwängler de sa trop longue deuxième symphonie tout comme j’ai assisté à l’interprétation de Daniel Barenboim en concert avec l’Orchestre philharmonique de Berlin sans quitter la salle. L’œuvre passe trois quarts d’heure à n’aller nulle part.
Furtwängler l’a composée en Suisse après avoir fui Berlin en janvier 1945, abandonnant ses musiciens à un sort désespéré. L’œuvre reprend les motifs du destin chers aux compositeurs allemands, de Schumann à Strauss, en alternant des « ffff » massifs et des simulations d’orgue d’église, toutes les ficelles du métier d’orchestrateur. Dans le troisième mouvement, on trouve quelques notes tendres aux bois.
Alors pourquoi réécouter la deuxième symphonie ? Parce que Furtwängler exerce une fascination sans limite sur les amateurs de direction d’orchestre. Peu d’entre eux ont égalé sa capacité à modeler un orchestre selon sa vision ou son brio à respecter le texte précis d’une partition tout en lui donnant une sonorité totalement différente des versions précédentes. Comment faisait-il ? Furtwängler était un chef de génie. Il s’imaginait être un compositeur, entre autres défauts.
J’admire la large structure de l’œuvre et la fluidité d’un thème à l’autre. Je suis également intrigué par les lignes décalées ici et là. Mais l’ensemble est un fouillis sans grande signification. L’Orchestre symphonique national estonien est un ensemble impressionnant et le chef Neeme Järvi s’amuse beaucoup en se prenant pour Furtwängler slalomant au podium, filant vers une fin indéterminée. Je doute de pouvoir me résoudre à réécouter cette œuvre.
Traduction : A. Venne
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