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Erato4
Schubert, dans la dernière année de sa courte vie, craignait pour sa vie et espérait ne pas mourir. Certains médecins pensaient que ses symptômes étaient névrotiques (nous étions à Vienne, après tout), d’autres soupçonnaient une conséquence de son traitement au mercure contre une syphilis incurable. Schubert, âgé de 31 ans, continuait à composer entre des crises de vomissements, des maux de tête et des douleurs atroces dans les articulations. Parmi les œuvres impressionnantes composées en 1828, on trouve la grande symphonie en ut majeur, le quintette à cordes inégalé, les trois dernières sonates pour piano et le cycle de lieder dit « Le Chant du cygne ».
Quatre œuvres pour duo de piano, destinées à un usage domestique, semblent insignifiantes en comparaison. Elles comprennent une Fantaisie en fa mineur dont la perfection formelle fascine les compositeurs de tous horizons. L’enregistrement le plus célèbre a été réalisé par Benjamin Britten avec le Russe Sviatoslav Richter, deux hommes homosexuels d’âge mûr qui ont chacun trouvé quelque chose d’eux-mêmes dans cette fantaisie domestique délicate et trompeuse.
Ce nouvel enregistrement du Français Bertrand Chamayou et du Norvégien Leif Ove Andsnes rassemble les quatre morceaux à quatre mains composés par Schubert en 1828. Bien que moins révélatrice que l’excursion Britten-Richter, et plus prudente par ailleurs, leur interprétation donne une idée de Schubert dans ses confusions mortelles, avançant de nouvelles mélodies et les faisant passer d’une main à l’autre, un moment de défi suivi d’une sombre réflexion, l’ensemble de l’œuvre englobant un état d’esprit que les mots ne peuvent exprimer. La reprise du thème d’ouverture dans le finale est presque trop poignante, mais Schubert la réunit à son deuxième thème dans un sommet de tranquillité feutrée.
Les trois autres morceaux à quatre mains sont plus optimistes, composés en mai et juin, lorsque le soleil brillait et que les médecins promettaient des guérisons possibles. Musicalement, elles coulent comme un ruisseau printanier, un flot sans fin. La vie de Franz Schubert s’est achevée le 19 novembre 1828.
Traduction : A. Venne
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