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Channel Classics5
À l’époque où les disques avaient deux faces et où les billets d’avion étaient des livrets, le concerto pour piano de Grieg était associé à celui de Schumann dans les nouvelles parutions, et celui en sol majeur de Ravel à son propre concerto pour la main gauche. Ces jumeaux côtoyaient sur les vinyles Cavalleria rusticana et Pagliacci à La Scala, gage d’équilibre et de normalité.
De nos jours, deux concertos seraient considérés comme insuffisants. Les albums numériques peuvent en contenir davantage. La pianiste ukrainienne Anna Fedorova a donc associé le concerto de Ravel à la Rhapsody in Blue de George Gershwin et a rempli l’espace entre les deux d’une multitude de surprises sous un titre libertaire. Son répertoire comprend trois miniatures de la compositrice parisienne Germaine Tailleferre, une partita de l’Ukrainien Myroslav Skoryk, une prière pour la paix de l’Américain Andrew Blickernderfer et, à ma grande surprise et pour mon plus grand plaisir, des paraphrases pour piano de chansons françaises de Barbara et de son amant occasionnel Georges Moustaki, cette dernière (Ma liberté) donnant son titre à l’album. L’ordre des morceaux semble presque téméraire. Le reste est une question de goût personnel et de perspective.
Je n’étais pas convaincu par le concerto de Ravel lors de ma première écoute. L’Orchestre symphonique de Castille-et-León, dirigé par Pablo Gonzalez, n’est pas toujours en phase avec la soliste, qui ralentit le tempo jusqu’à la quasi-immobilité pour les provoquer. Dans le morceau de Gershwin, ils finissent par s’accorder sur le rythme après quelques hésitations. À la deuxième écoute, ces conflits ne m’ont plus dérangé. Il s’agit davantage d’interprétations exploratoires que de prestations imposantes.
Fedorova a sa propre opinion et, après tout, c’est sa photo qui figure sur la pochette. Ce qui se passe entre les concertos est beaucoup plus maîtrisé. Les méditations de Tailleferre sont très bien contrebalancées par les Trois Préludes introspectifs de Gershwin. Et les improvisations de Barbara et Moustaki sont fort agréables pour cet amateur de chanson française du milieu du siècle. Ce n’est peut-être pas un disque parfait, mais c’est un disque que j’écouterai encore et encore. Quelqu’un dans votre famille va certainement l’adorer.
Traduction : A. Venne
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