COVID-19: L’inquiétude concernant les dangers reliés au chant est exagérée selon les spécialistes

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Les dangers possibles reliés chant choral font l’actualité depuis le début de la pandémie. L’article d’Arthur Kaptainis Le chant choral: pas près de revenir comme avant est devenu viral, en Amérique du Nord comme en Europe. Aujourd’hui, les spécialistes en la matière au Canada répondent aux dangers du chant dans une lettre ouverte.


Le 23 juin 2020

Nous vous écrivons en réponse aux articles publiés par la CBC le 16 juin dernier, No singing or dancing allowed even as Ontario patios, places of worship reopen, et le 20 juin, Choirs reimagine themselves as singing proves an effective way to spread COVID-19. En tant que consortium national de chefs et de directeurs de toutes les chorales professionnelles du Canada, nous représentons des ensembles de l’Île- du-Prince-Édouard à la Colombie-Britannique.

Le Canada est un pays de traditions chorales vivantes, qui reposent non seulement sur des ensembles choraux professionnels de renommée mondiale, mais aussi sur des chœurs communautaires et de jeunes, des chœurs de chambre, des chœurs d’opéra et des chœurs d’églises. Ces articles récents, basés sur des informations périmées, insuffisamment documentées, anecdotiques et sensationnalistes, sont inquiétants pour nous tous. Chaque jour, on s’appuie sur de nouveaux faits pour décider de la manière et du moment où divers services essentiels de l’économie peuvent commencer à revenir à la normale. Aussi, nous espérons que le riche secteur de la musique chorale du Canada – y compris les répétitions et les spectacles – sera défendu aussi ardemment que le sont les centres de remise en forme, les gymnases, les restaurants, les bars, les salons de coiffure, les transporteurs aériens et les écoles dans tout le Canada.

Récemment, plusieurs ensembles européens ont repris les répétitions et les représentations, et des festivals d’été, tels que le Festival de Salzbourg en Autriche, le Festival Rossini de Pesaro et le Festival Puccini de Torre del Lago, en Italie, ainsi qu’un Bachfest réinventé à Leipzig en Allemagne, ont déjà eu lieu ou auront lieu cet été, avec des opéras et des concerts de chorales et d’orchestres, entre autres.

La publication de nouvelles études provenant de diverses sources mondiales remet en question les affirmations antérieures sur le risque du chant et la transmission de la COVID-19. Nous pensons qu’un nouveau dialogue doit s’ensuivre, pour assurer un retour sûr et prudent au chant choral dans nos communautés, sur un pied d’égalité avec les autres secteurs. Non seulement le chant et la musique chorale constituent le gagne-pain d’un grand nombre de personnes dans ce pays, mais ils entraînent des retombées positives sur l’économie du pays, ainsi que sur la santé mentale et le bien-être social et personnel des gens.

Dr Christian Kähler et Dr Rainer Hain, de l’Institut de mécanique des fluides et d’aérodynamique de l’Université militaire de Munich, ont récemment mené une étude sur le risque de contracter le coronavirus en chantant et en jouant des instruments à vent. L’étude conclut que « l’air n’est mis en mouvement qu’à proximité immédiate de la bouche lorsque l’on chante… les expériences ont montré qu’à une distance d’environ 0,5 m, presque aucun mouvement d’air ne peut être détecté, quels que soient le niveau sonore ou la hauteur du son. Il est donc peu probable que le virus puisse se propager au-delà de cette limite par le flux d’air créé pendant le chant ». Ils ont déterminé que, pour les chanteurs qui maintiennent une distance de 2 m entre eux (d’une bouche à l’autre), la propagation du virus par aérosols ou gouttelettes est extrêmement improbable. Les dimensions de la pièce et la ventilation sont, bien sûr, également importantes pour la sécurité, tout comme le port de masques.

Le Dr Kähler, à qui le gouvernement allemand a demandé de créer un ensemble de mesures et de directives pour réglementer officiellement la reprise de la pratique musicale en Allemagne, écrit : « J’ai conseillé de nombreux chœurs et ensembles ces dernières semaines sur la manière de faire de la musique en toute sécurité…de nombreux chœurs et musiciens chantent déjà et jouent à nouveau dans les pays germanophones. Nos mesures protègent également contre l’infection par les aérosols et les gouttelettes. Je ne sais pas pourquoi les gens ouvrent des salles de sport et des restaurants, mais pas le secteur de la musique. Les restaurants sont beaucoup plus dangereux… si vous parlez face à face à faible distance, le risque d’infection est beaucoup plus élevé que si vous chantez à quelqu’un de dos ».

Dans l’étude de l’Institut de médecine des musiciens de Fribourg intitulée Risk Assessment of a Coronavirus Infection in the Field of Music, on conclut que « grâce à la distanciation de deux mètres, il n’y a pas d’augmentation du risque d’infection par des gouttelettes…il n’y a pas plus de risque d’être infecté en chantant qu’en parlant. » On y affirme également que « chanter dans de très grands espaces clos comme des salles de concert ou des églises semble être très peu risqué ».

L’une des principales responsables de la santé en Colombie-Britannique, la Dre Reka Gustafson, a déclaré début juin sur les ondes de CTV News Vancouver que « l’écrasante majorité des cas de transmission (COVID-19) résultent d’un contact étroit et prolongé ».

Les rapports précédents contenaient des anecdotes sur les flambées de « super-contagions » qui se sont produites au sein de chorales à Washington, Amsterdam et Berlin pendant les premiers jours de la pandémie, avant que des mesures de confinement ou de distanciation sociale ne soient mises en place. Depuis lors, de nouvelles informations ont été publiées, qui ont permis de relier les foyers d’infection à des circonstances autres que le chant. Pourtant, ces incidents malheureux et isolés sont toujours mis de l’avant pour démontrer à quel point le chant serait « mortel » en cette crise de la COVID-19.

Nous ne prétendons pas nous substituer aux autorités sanitaires. Nous sommes certainement d’accord avec le maintien des recommandations de la communauté médicale et de la santé publique sur la distanciation sociale, le lavage des mains, la ventilation adéquate et le port de masque. Toutefois, nous demandons un dialogue plus collaboratif pour établir des lignes directrices qui encadreront la réouverture de cet important secteur de la société, comme cela s’est produit dans des industries marquées par des préoccupations similaires en matière de santé. Le chant choral apporte des bienfaits multiples pour la culture, l’histoire, l’économie, le tourisme, l’éducation et la santé mentale au Canada. Le négliger est gênant pour nous tous. Ce n’est certes pas une manière équilibrée, positive et sûre d’aborder l’avenir.

Le chant choral est un service essentiel. Il s’agit d’un outil d’expression puissant et nécessaire de notre humanité collective. Sa reprise doit aller de pair avec celle de tous les autres services essentiels dans notre société.

  • Lydia Adams, chef d’orchestre et directrice artistique, Elmer Iseler Singers (Toronto) 
  • Kathleen Allan, directrice artistique et exécutive, Canzona (Winnipeg)
  • Russell Braun, OC, chanteur international, éducateur à l’Université de Toronto (Toronto) 
  • Karen Burke, co-fondatrice et directrice artistique, Toronto Mass Choir (Toronto)
  • Dre Lisette Canton, fondatrice et directrice artistique, Ottawa Bach Choir (Ottawa)
  • Dre Julia Davids, directrice artistique, Canadian Chamber Choir (Canada)
  • Andy Rice, directeur général, Canadian Chamber Choir (Canada)
  • Beth Peterkin, présidente du conseil d’administration, Canadian Chamber Choir (Canada)
  • Howard Dyck, CM, directeur artistique, Nota Bene Baroque Players & Singers (Kitchener-Waterloo) 
  • Andrew McAnerney, directeur artistique, Studio de musique ancienne de Montréal (Montréal) 
  • Diane Leboeuf, directrice générale, Studio de musique ancienne de Montréal (Montréal)
  • Ensemble vocal Musica Intima (Vancouver)
  • Adrianne Pieczonka, soprano et présidente de la Faculté de chant, Glenn Gould School (Toronto)
  • Brett Polegato, baryton, Faculté de chant, École de musique Schulich, Université McGill (Montréal)
  • Dre Margot Rejskind, directrice artistique, Luminos Ensemble (Charlottetown)
  • Dr Timothy Shantz, fondateur et directeur artistique, Luminous Voices (Calgary)
  • Krisztina Szabó, mezzo-soprano, Faculté de chant à l’Université de Toronto (Toronto)
  • Ivars Taurins, directeur, Tafelmusik Chamber Choir (Toronto)
  • Carol Kehoe, directrice générale de l’orchestre baroque et du chœur de chambre Tafelmusik (Toronto) 
  • Daniel Taylor, fondateur et directeur artistique, Theatre of Early Music (Toronto)
  • Dr Kari Turunen, directeur artistique, Vancouver Chamber Choir (Vancouver)
  • Steven Bélanger, directeur général, Vancouver Chamber Choir (Vancouver)
  • Dr Mark Vuorinen, directeur artistique, The Elora Singers (Elora) ; président, Choirs Ontario
  • Laura Adlers, directrice exécutive, The Elora Singers (Elora)
  • John Wiens, directeur artistique et chef d’orchestre, Polycoro Chamber Choir (Winnipeg)
  • Michael Zaugg, directeur général et artistique / chef d’orchestre principal, Pro Coro Canada (Edmonton) 
  • Graeme Climie, directeur commercial, Pro Coro Canada (Edmonton)

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