La BD Paul à la maison est une incursion dans la vie intime de son auteur Michel Rabagliati et sa transposition à la scène est tout simplement charmante. À voir absolument au Théâtre Jean Duceppe jusqu’au 22 juin.
Michel Rabagliati a conquis les lecteur·ices du monde entier. Paul à la maison est le neuvième album de la série quasi autobiographique Paul, débutée en 1999. Paul à la maison raconte de façon intime la vie du bédéiste, quinquagénaire depuis peu. Paul traverse une phase pénible: tous ses repères semblent s’effondrer. Sa femme l’a quitté, sa mère se meurt d’un cancer, sa fille adorée grandit et veut partir au loin… Il est seul dans sa maison d’Ahuntsic, avec son chien. Son travail est l’unique bouée à laquelle il s’accroche.

Paul en séance de signature au Salon du Livre.Crédit photo: Stéphane Bourgeois.
D’abord présentée au Trident à l’automne 2024, l’adaptation théâtrale de Anne-Marie Olivier est fidèle à l’esprit de l’album. Elle gomme certains détails de la bande dessinée pour en exagérer ou en ajouter d’autres, qui conviennent parfaitement aux nécessités du récit dramatisé. La mise en scène de Lorraine Côté fait une belle place aux dessins de Michel Rabagliati, qui sont mêlés aux photographies des édifices qui ont inspiré les croquis et qui sont projetés sur trois grands écrans, placés presque au fond de la scène.
Cette disposition permet à Hugues Frenette, qui incarne de façon convaincante un Paul à la dérive, de disparaitre derrière les panneaux. Son ombre dessinée apparait alors. Ce théâtre d’ombres, qui s’enchaîne parfaitement au corps de l’œuvre, relève du cinéma d’animation. La marionnette manipulée par Étienne d’Anjou, qui donne vie au corps et aux poils du fidèle Biscuit, le chien de Paul, est a l’évidence très appréciée du public.

Le théâtre d’ombres évoque une bande dessinée.Crédit photo: Stéphane Bourgeois.
La scénographie de Christian Fontaine est subtile et soignée. Ce dernier joue avec des décors en deux dimensions, et utilise, par exemple, des surfaces en forme de voiture derrière lesquelles se glissent Paul et sa fille. Les personnages sont interprétés et croqués avec soin – l’audience a l’impression de voir évoluer les personnages de la BD. Le public retrouve sur scène l’équivalent des phylactères dans lesquels Rabagliati place ses textes, qu’ils soient pensés ou énoncés. Paul s’exprime toujours en phrases courtes, sans mots inutiles – avec pudeur.
Paul à la maison parle de notre société, de notre façon d’être en relation, alors que le nombre de personnes vivant seules est plus élevé que jamais. Paul n’est pas très heureux, il décide donc de s’inscrire sur un site de rencontre, pour tenter de briser sa solitude. Ses contacts avec son vieux voisin anglophone, féru de jardinage et d’origine italienne, sont suspicieux. Ceux qu’il entretient (ou pas) avec son ex- épouse, qu’il préfère saluer en passant par sa fille, sont minimalistes. Les visites qu”il rend à sa mère, d’un caractère difficile et qu’il voit s’enfoncer dans la maladie, sont pleines de gestes d’affection qui ne seront jamais posés.

La production Paul à la maison est émaillée de références montréalaises.Crédit photo: Stéphane Bourgeois.
Tous se souviennent de l’adaptation cinématographique de Paul à Québec (2015) qui avait connu un beau succès en salle. Le film de François Bouvier, co scénarisé par Michel Rabagliati, portait un regard doux et nostalgique sur un drame familial teinté de tendresse et d’humour, dans un Québec de l’avant l’an 2000. Paul à la maison se déroule en 2012 mais appartient au même univers. Un être cher trépasse, la vie poursuit son cours et apporte néanmoins de l’espoir. Paul à la maison est un spectacle doux-amer dont on ressort avec le sourire.
Paul à la maison, à ne pas manquer au Théâtre Jean Duceppe jusqu’au 22 juin.
