Les Waitress sont tristes, chanson pour un vagabond

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Catherine Bourgeois et l’artiste neurodivergent Michael Nimbley cosignent la mise en scène du western contemporain décalé Les Waitress sont tristes.

 

Devenue au fil de ses 19 ans un joueur incontournable de la communauté art et handicap, la compagnie de théâtre performatif et inclusif Joe Jack et John (JJJ) a raffiné son processus d’écriture collective en collaborant avec des auteurs et des autrices, à même le processus de création.

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Mais sa directrice artistique et générale Catherine Bourgeois semble encore plus fière d’avoir avancé dans l’accompagnement de ses artistes : « Nous avons progressé autant dans la compréhension de ce que signifie l’accompagnement d’un artiste neurodivergent que dans ce que nous sommes capables de déployer comme complément pour nos artistes. »

 

La création pour tous

Pendant des années, les artistes avec handicap se sont fait diriger dans des créations sans pouvoir intervenir. Mais depuis quelque temps, ils revendiquent le droit d’inverser les rôles : « C’est ce dont JJJ veut s’inspirer; pour que les choses changent, il faut donner aux artistes avec handicap un accès aux postes décisionnels. » L’artiste neurodivergent Edon Descollines a d’ailleurs intégré le conseil d’administration de JJJ et c’est une situation gagnante pour tous les membres de la compagnie.

Michael Nimbley a été le premier artiste neurodivergent en résidence à JJJ. Sous l’aile de Catherine Bourgeois, il a participé à quatre spectacles (Mimi, Just fake it, AVALe, Abîmés). Aussi, dès que la compagnie a été solidement établie, le projet de sa propre ­création a émergé. « Quel que soit le combat, le leadership doit passer au suivant et nous avons pu tendre le relais de la création à Michael, car il y avait déjà beaucoup de travail accompli de part et d’autre. »

Présenter Les waitress sont tristes est l’aboutissement d’un processus de plus de cinq ans. « Nous avons travaillé par improvisations à partir d’un texte écrit par Michael et dont il cosigne la mise en scène avec moi », poursuit la directrice artistique. C’est une étape ­marquante pour la compagnie, mais aussi pour ce comédien atypique. « Michael a mérité ce parcours, il approche 70 ans et ce qu’il a fait à force d’autodétermination est un accomplissement majeur pour une carrière tardive. »

 

Un cowboy solitaire

La carrière de comédien de Michael se porte donc bien et les heures de répétition avec Catherine Bourgeois n’y sont pas étrangères – il a beaucoup travaillé sa diction, son habileté et sa posture. Sans être une bête de scène, il a un charisme indéniable. « Il s’est mis à rayonner davantage en pratiquant son métier, comme tout comédien », dit la femme de théâtre. Une spécialiste en posture et en voix a été engagée pour l’aider à développer son dernier personnage. « Il joue son personnage est un cowboy solitaire, il est libre et doit avoir la prestance et l’assurance de Lucky Luke. »

Car Michael Nimbley arrive sur scène en sous-vêtement et ses cinq waitress sont là pour l’habiller, au service de son imaginaire d’auteur. Il cherchera peu à peu à échapper à son personnage, se rebellant contre sa propre histoire. « L’accompagnement du spectacle a soulevé de nombreuses questions éthiques – par exemple, celle d’absolument respecter la vision de l’idéateur au détriment de notre volonté d’assurer Une bonne ­production. » Ce qui a prolongé le processus. Mais Catherine Bourgeois n’en démord pas : « L’accès à la création devrait être le même pour tous les artistes. »

Comment une féministe comme Catherine Bourgeois a-t-elle accueilli la perspective d’engager cinq comédiennes pour servir Michael ? « Il y a un fossé générationnel entre lui et les membres de la compagnie, ce qui a donné lieu à de nombreuses discussions et pour régler ces questions, nous avons inclus dans une mise en abîme les dissensions que nous traversions à travailler la pièce. »

La ballade du vagabond

Michael Nimbley se concentre maintenant sur son travail d’acteur et Catherine Bourgeois s’occupe pleinement de la mise en scène. Mais c’est tout récent, car l’auteur a été de toutes les réflexions, à toutes les étapes. « Si je suis ­bloquée, je retourne à la source et je vais lui poser des questions, car c’est lui qui a les clefs dramaturgiques du spectacle. »

Les Waitress sont tristes est une incursion dans l’imaginaire d’un artiste qui peut enfin déployer son univers, qui couve depuis si ­longtemps. Michael joue aussi de la guitare et il a composé avec Anna Atkinson, une violoniste classique formée en alto à l’Université de Victoria et qui participe au spectacle, une ballade western qu’il interprète sur scène. « Le morceau La Ballade du drifter commence la pièce et résume l’histoire au complet; c’est une jolie composition musicale et Michael est très fier de son œuvre », commente Catherine Bourgeois.

 

Une question d’accessibilité

« Question d’accessibilité au débat, nous ­parlons de tous les thèmes ou bouleversements sociaux qui sont difficiles à cerner, leur pourquoi, ce qu’ils représentent avec nos acteurs principaux. » Un spectacle est une porte par laquelle JJJ attaque des enjeux. « Nous en ­faisons un petit bout à chaque spectacle, cela nous permet de prendre place dans le débat et c’est par l’artistique que nous y arrivons. »

Côté public, une actrice de la distribution interprète partiellement le texte en langue des signes québécoise (LSQ). Les passages du spectacle ne comprenant pas d’interprétation en LSQ seront surtitrés en français. Deux représentations seront offertes optionnellement en audiodescription, pour faciliter la compréhension du spectacle à l’intention d’un public non voyant et semi-voyant.

Les Waitress sont tristes ouvrira la saison de l’Espace libre, dont Joe Jack et John est maintenant ­compagnie résidente. Du 16 sept. au 1er oct.
www.espacelibre.qc.ca

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