Et si je ne suis pas sage?, mis en scène par Catherine Vidal, fait souffler un vent absurde et émancipateur sur les contraintes sociales qui pèsent sur les femmes. 4’Sous, jusqu’au 26 oct. Théâtre de Quat’Sous
Après avoir ouvert avec la mirobolante reprise de Tout se pète la gueule, chérie du chorégraphe, danseur et musicien Frédérick Gravel, le Quat’Sous poursuit sa saison avec Et si je ne suis pas sage – un texte de l’autrice serbe Iva Brdar, dont les pièces ont pu être lues en anglais, allemand, français, italien et tchèque.
Et si je ne suis pas sage? dresse, en une quinzaine de tableaux, le portrait d’une femme qui s’efforce sans succès, tout au long de sa vie, de suivre les conseils que sa mère lui a prodigués et qu’elle a complètement intégrés. Ne t’assois jamais sur du béton, ni sur des toilettes. Tiens-toi loin des sources de radiation. Ne nage jamais dans une piscine. Ne bois pas de Coke. Ne fais pas confiances aux hommes qui ont des fossettes …. La liste est longue et parfois surprenante.

Tiffany Montambault et Macha Limonchik s’échangent tour à tour les rôles de la mère et de la fille. Photo: Frédérique Ménard-Aubin
Malgré ces avertissements bien sentis, l’héroïne succombe dès qu’elle désobéit aux injonctions maternelles – ou dès qu’elle se voit forcée de le faire. L’autrice décrit avec innocence et fatalisme chacune des morts du personnage, dénonçant au passage l’obligation d’être toujours gentille dont les femmes se voient accablées dès l’enfance.
Les tableaux se succèdent au rythme des moments clefs de la vie de la protagoniste et un tableau sur pied indique chaque fois son âge. Coiffées de perruques noires, vêtues de costumes roses toujours identiques, Macha Limonchik et Tiffany Montambault s’échangent tour à tour les rôles de la mère et de la fille. Ces dernières font penser, d’une certaine façon, aux jumelles du film Shining de Stanley Kubrick. L’ambiance est étrange, inquiétante et souligne l’humour noir d’Iva Brdar, merveilleusement servi par la mise en scène inventive de Catherine Vidal.
L’autrice fait aussi allusion au passé communiste de la Tchécoslovaquie, ancien état satellite de l’ex-URSS – les costumes d’Oleksandra Lykova en évoquant le folklore et les traditions. Les comédiennes évoluent sur une scène blanche tapissée d’ouate, illustration réussie du cocon maternel surprotecteur (scénographie Geneviève Lizotte).

La scénographe Geneviève Lizotte a imaginé un univers ouaté, où l’enfant ne peut se blesser. Photo: Frédérique Ménard-Aubin.
L’intention du jeu des comédiennes est limpide, Macha Limonchik et Tiffany Montambault sont parfaitement convaincantes. L’atmosphère est empreinte d’un fort sentiment de sororité. Le texte, sans être un brûlot féministe, dégage un irrépressible esprit d’indocilité, de transgression et le spectacle explose dans un merveilleux crescendo libérateur.
Il ne reste que très peu de billets avant la dernière représentation du 26 octobre de Et si je ne suis pas sage? Pour attraper ce spectacle ludique et décalé, consultez le Théâtre de Quat’Sous
Avec:Macha Limonchik et Tiffany Montambault