Fanny Britt et Mani Soleymanlou revisitent de façon parfois baveuse des Classiques dans un spectacle éclaté mais plein de sens et porté par une formidable distribution. Au TNM, jusqu’au au 10 avril 2025. https://tnm.qc.ca/. À Ottawa 24- 26 avril https://nac-cna.ca/. À Québec, 30 avril – 2 mai https://www.lediamant.ca/
On a souvent accusé le TNM de programmer trop de textes classiques et de ne pas donner suffisamment d’espace aux auteurs contemporains et surtout aux auteurs contemporains québécois. Et voici que Fanny Britt et Mani Soleymanlou, dont les talents sont maintenant reconnus de tous, y présentent une pièce sur les classiques.

Mani Soleymanlou, brigadier en main. Photo:Yves Renaud
Brigadier en main – c’est le bâton avec lequel on frappait le plancher de la scène, juste avant le début d’une représentation, pour attirer l’attention du public – Mani Soleymanlou se poste devant les tentures pourpres du TNM pour offrir aux spectateur une petite histoire sur les origines du théâtre.
Un solo de trompette plus tard, le public découvre l’ensemble de la distribution, toute de costumes vêtue. Une altiste, une violoniste sont à cour centre et un pianiste échevelé au milieu de la scène. Ils interprèteront tout au long du spectacle la musique originale du réputé musicien, arrangeur et compositeur Philippe Brault, dont le travail s’intègre parfaitement à la production.
Mais qu’un classique? Il fédère, il réunit, traverse le temps. Les huit comédiens et comédiennes échangent sur le sujet, évoquant Vivaldi, le Canon de Pachelbel, le smoked-meat… puis entrent dans le vif du sujet. Les extraits de Racine, Shakespeare, Tchekhov, Michel Tremblay, s’enchaînent, admirablement livrés et rapailllés.

Le tableau qui emprunte à la commedia dell’arte est savoureux. Photo:Yves Renaud
Inéluctable destin
Nombre de classiques plongent le spectateur dans un univers de tourments et de désespoir. Albertine, Hamlet, Médée, Antigone… Vivre, c’est avancer inéluctablement vers la souffrance. Et ce, même si un devin ou une nourrice clairvoyante met les protagonistes en garde.
Empruntant à la commedia dell’arte, les personnages font alors le procès de l’Humanité torturée. Les acteurs et actrices se maquillent, se costument à vue et se mettent en place. Les interprètes enfilent des masques et incarnent le peuple devant des procureurs et un juge, juché sur des manières de hautes semelles compensées. Ce moment est savoureux et on aurait aimé entendre plus que deux témoins incarner l’Indignation et le Cynisme.

La musique de Philippe Brault épouse la trame du spectacle. Photo:Yves Renaud
Ruptures de ton
Classiques multiplie avec brio les ruptures de ton et il n’y a aucun temps mort. Mani Soleymanlou, qui a souvent abordé la question d’identité, personnifie Shylock, l’usurier juif du Marchand de Venise, dans sa tirade sur les préjugés antisémites – ce qui est intéressant dans le contexte actuel. Différents pastiches d’émissions de variété amusent aussi le public.
Ce spectacle est une réussite. Les superbes lumières de Martin Labrecque sont vraiment à souligner et le concepteur d’éclairage signe avec Mani Soleymanlou une scénographie habile et imaginative.
En conclusion, Classiques une œuvre de maturité, un spectacle intelligent et divertissant qui s’écoule en clin d’œil. Ne manquez pas cette réflexion sur la culture au TNM, jusqu’au au 10 avril 2025. https://tnm.qc.ca/. À Ottawa 24- 26 avril https://nac-cna.ca/. À Québec, 30 avril – 2 mai https://www.lediamant.ca/
Texte : Fanny Britt et Mani Soleymanlou, Mise en scène : Mani Soleymanlou, Création : Orange Noyée, Avec : Louise Cardinal, Martin Drainville, Kathleen Fortin, Julie Le Breton, Jean-Moïse Martin, Benoit Mc Ginnis, Madeleine Sarr et Mani Soleymanlou
Musiciens : Mélanie Bélair, Nicolas Boulay (en alternance), Rémi Cormier (en alternance), Alexis Elina, Annie Gadbois et Andy King (en alternance)