Autobiographie du rouge – et du vulnérable

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Avec Autobiographie du rouge, le metteur en scène Gabriel Charlebois Plante conçoit une représentation étonnante et raffinée du mythe grec de Géryon, revu par la poète Anne Carson. À voir à l’Espace Go, jusqu’au 19 octobre

Le roman en vers libres Autobiographie du Rouge (1998) de l’autrice ontarienne Anne Carson revisite le mythe grec de Géryon, tué d’une flèche empoisonnée par Héraclès – ou Hercules, pour les Romains. Le demi-dieu s’empare alors du magnifique troupeau de bœufs rouges de Géryon et accomplit ainsi le dixième des douze travaux qui lui ont été ordonnés.

Le mythe de Géryon a aussi été revisité par Dante. Le Gerione de la Divine Comédie n’est plus un monstre à trois têtes et trois corps mais une bête ailée, avec le visage d’un homme honnête – même s’il a cette fois un corps de dragon, des griffes de lion et un dard empoisonné au bout de sa queue.

Amélie Dallaire sous le magnifique éclairage de Julie Basse.Photo Maxim Paré Fortin.

Amélie Dallaire sous le magnifique éclairage de Julie Basse.Photo Maxim Paré Fortin.

Dans l’adaptation théâtrale du roman d’Anne Carson, Géryon est un monstre terriblement humain, malheureux, solitaire et intimidé par son entourage. Il cache d’immenses ailes rouges sous ses vêtements et n’a pour confident que son journal intime. Mais le jour où il aperçoit Héraclès, c’est le coup de foudre. Cependant, ce dernier l’abandonne et Géryon s’enfonce dans le désespoir. Ils se retrouveront, bien plus tard. Si Héraclès est en compagnie d’un autre garçon, Géryon est toujours rongé par cet amour dévorant qui lui sera fatal.

Géryon se perd dans un corps et un univers qui ne sont pas à la mesure de sa fragilité. Pour souligner son mal-être, le metteur en scène inverse les genres: les comédiennes jouent les personnages masculins et réciproquement (dramaturgie Émilie Martel). Les visages et les mains maquillés de rouges, deux actrices incarnent le personnage de Géryon. Amélie Dallaire personnifie le jeune Géryon, Céline Bonnier arrive plus tard dans le rôle du héros queer devenu adulte.

La scène bi-frontale est placée sous une voute en berceau Photo Maxim Paré Fortin.

La scène bi-frontale est placée sous une voute en berceau Photo Maxim Paré Fortin.

Gabriel Charlebois Plante a judicieusement placé la scène bi-frontale sous une voute en berceau. Deux chaises placées aux extrémités d’une longue table sont posées sur une plate-forme rectangulaire encadrée par trois marches, l’ensemble séparant des spectateurs de ceux qui leur font face (scénographie Odile Gamache). Les magnifiques éclairages de Julie Basse, initiatrice de la conception du spectacle, accentuent le jeu précis des comédiens. Félix-Antoine Boutin agit à titre de conseil artistique.

La musique de Navet Confit oscille entre gravité et légèreté et cadence cette fable mystérieuse et poétique. Ce spectacle de la compagnie de création Dans la chambre (en collaboration avec Production Espace Go) ouvre grand la porte du passionnel, du romantique, de l’insurmontable. Et convoquer des émotions plus grandes que nature est souhaitable en cette époque minérale.

Autobiographie du rouge, à voir à l’Espace Go, jusqu’au 19 octobre

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