Anna – ces trains qui foncent sur moi : du pathos plein la vue

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Portée par une distribution fantastique, la fresque Anna – ces trains qui foncent sur moi, imaginée par Steve Gagnon, évoque à la fois Anton Tchekhov et Wadi Mouawad. La pièce est présentée au TNM, jusqu’au 26 octobre 2025.

Au moment où certains politiciens déçoivent profondément, l’auteur et comédien Steve Gagnon propose un texte ambitieux et actuel qui examine un groupe de parents et amis appartenant tous à un parti au pouvoir. Ils soulignent la fin de la session parlementaire par un rassemblement annuel qui se déroule dans le domaine forestier du premier ministre sortant, Stéphane (Marc Schapira) et son épouse Daria (flamboyante Violette Chauveau).

Le groupe se réunit dans le domaine forestier du premier ministre sortant,Crédit photo : Christophe Pean (Limoges-2023)

Le groupe se réunit dans le domaine forestier du premier ministre sortant. Crédit photo : Christophe Pean (Limoges-2023)

Très librement inspiré d’Anna Karénine, la pièce-fleuve Anna – ces trains qui foncent sur moi, qui durait presque cinq heures à sa création (Limoges -2023), est cette fois proposée dans une version resserrée de trois heures plus entracte. Le texte demeure très touffu et les dialogues serrés de Steve Gagnon révèlent la psychologie des personnages, la complexité et la violence de leurs sentiments. Le style est poétique tout en étant très réaliste et teinté de cynisme quand l’auteur évoque les jeux de pouvoir.

Dans l’excellente première scène, les 14 comédiennes et comédiens sont assis face au public, occupant toute la largeur de la scène, en avant du rideau. Celui-ci s’ouvre par la suite sur une scénographie épurée et réussie. Un gigantesque billot de bois est tranché sur la longueur et les moitiés sont utilisées comme des bancs ou des tables, glissées dans des supports métalliques (décor : Anne Guilleray). Une toile se tend sur la surface du mur du fond et le public y distingue plusieurs troncs d’arbres qui annoncent la forêt entourant le domaine.

Les deux moitiés d'un gigantesque billot de bois sont utilisées comme bancs ou tables. Crédit photo : Christophe Pean (Limoges-2023)

Les deux moitiés d’un gigantesque billot de bois sont utilisées comme bancs ou tables. Crédit photo : Christophe Pean (Limoges-2023)

Femmes sacrifiées

À table, l’alcool coule à flot, les échanges deviennent âpres et au diable la bienséance. Le spectateur devine que cette fin de semaine va tourner au drame. Dans la version présentée en accueil au TNM par la compagnie Théâtre Jésus, Shakespeare et Caroline, Steve Gagnon dénonce à la fois le patriarcat qui perdure, alimenté par l’ensemble du système, et le drame des femmes et de la nature qui lui sont abandonnées.

Tout en se prétendant progressistes, les protagonistes masculins sont peu reluisants, inconséquents, lâches ou misogynes. Malgré certaines bonnes intentions, ils sont pris au piège de l’usure du pouvoir et de celle des amitiés et des amours égoïstes. Un désengagement et une amère désillusion émane de leurs actions et de leurs discours.

De l’autre côté, Steve Gagnon décrit avec une grande empathie et une extrême précision le destin des huit personnages féminins, qui réussissent à se libérer des contraintes imposées par leur entourage. Anna – ces trains qui foncent sur moi est en effet une tragédie féministe qui parle du droit des femmes à contrôler leur propre corps et leur vie, dans l’ensemble des sphères de la société et c’est à souligner.

À table, l’alcool coule à flot et au diable la bienséance. Crédit photo : Christophe Pean (Limoges-2023)

À table, l’alcool coule à flot et au diable la bienséance. Crédit photo : Christophe Pean (Limoges-2023)

L’énigmatique Anna (Véronique Côté), la mère et l’épouse parfaite, étouffe dans un mariage sans amour. Françoise (merveilleuse Annick Bergeron), une politicienne de carrière a sacrifié sa vie personnelle et intime à l’autel politique. Agathe (Lise Castonguay) employée au service de Stéphane, l’a espéré en vain – toutes les femmes de la tribu choisissent de mettre fin aux compromis, d’embrasser la liberté ou la révolte.

Le français Vincent Goethals signe une mise en scène en scène assez efficace. Les déplacements de certains comédiens auraient pu être mieux calculés car, n’étant pas équipés de microphones, leur voix ne porte pas dans la grande salle du TNM quand ils sont dos au public. Mais ne boudez pas pour autant votre plaisir, la distribution est éclatante et elle se donne corps et âme. Il y a des moments divertissants mais il est surtout ici question d’émotions, de passion et de vrai théâtre.

Avec Marie-Josée Bastien, Annick Bergeron, David Boutin, Lise Castonguay, Violette Chauveau, Frédéric Chambœuf, Véronique Côté, Sophie Desmarais, Steve Gagnon (sauf le 23 octobre) , Alex Bergeron (le 23 octobre), Clément Goethals, Édith Patenaude, Marc Schapira, Julie Sommervogel, Salim Talbi,

Anna – ces trains qui foncent sur moi au TNM, jusqu’au 26 octobre 2025.

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