Corona Sérénades : questions et réponses avec Rebecca Louise Dale, soprano (Grande-Bretagne)

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Rencontrez Rebecca Louise Dale, soprano (Grande-Bretagne), chanteuse pour les Corona Sérénades


Rebecca Louise Dale est une chanteuse et directrice d’opéra britannique. Elle est diplômée comme soprano du Trinity College of Music. En 2011, elle a terminé le cours d’opéra à l’Advanced Performers Studio et a travaillé avec des metteurs en scène, chefs d’orchestre et interprètes de premier plan. Ses rôles lyriques incluent Zerlina dans Don Giovanni (Opera Vera), Adina dans L’elisir d’amore et Papagena dans Die Zauberflöte (Opéra de Baugé), Ninetta dans La Finta Semplice (Opera at Home), Lucy dans Le Téléphone, Gretel dans Hänsel und Gretel (Open Door Opera) et Frasquita dans Carmen (Impact Opera, UK Tour). Pendant une période de transition, Rebecca Louise est tombée amoureuse des mélodies écrites par les grands noms du théâtre musical comme Rodgers et Hammerstein, Hart, Porter, Kern et Gershwin. Aujourd’hui, Rebecca Louise Dale tient une série « Golden Age Singer », qui présente de la musique de l’âge d’or du théâtre musical, du jazz et de l’opéra. En tant que directrice d’opéra, Rebecca Louise a été félicitée pour sa sensibilité et son approche nouvelle. Que Rebecca Louise soit sur scène ou hors scène, son intention est de raconter une histoire sous sa forme la plus authentique.

Comment la crise sanitaire vous affecte-t-elle ?

La maison est maintenant un endroit extrêmement calme et immobile… fort différent de ce que c’est de vivre au cœur de Londres en temps normal. On dirait à présent un plateau de tournage vide qui attend l’arrivée des acteurs principaux, patiemment. Le paysage sonore habituel de Londres a été remplacé par ce qu’on entend normalement à la campagne : des oiseaux, des cloches d’église, des chevaux… à mille lieues du bon vieux Soho bourdonnant. Ma semaine typique, comme pour tant d’autres, a radicalement changé. Avant le confinement généralisé, j’étais plus souvent dehors que chez moi, je travaillais comme adjointe à temps partiel, j’avais des occupations en tant qu’administratrice, je répétais, je chantais, je socialisais, je faisais du yoga, je jouais au théâtre et suivais des cours de danse, j’assistais à des spectacles et je magasinais peut-être un peu trop le soir. Quand les mesures de confinement se sont annoncées, je suis devenue très anxieuse, confuse et inquiète, non seulement pour moi, mais aussi pour mes amis et ma famille. Avec le recul, je me rends compte que j’étais dépassée par les événements et que je n’avais aucune idée de la meilleure façon de me protéger et de protéger ceux qui m’entouraient, ni de faire le tri parmi les informations qui étaient rapportées dans les nouvelles et inondaient les médias sociaux. À l’occasion, j’ai été prise d’une frénésie et s’il y avait eu suffisamment de rouleaux de papier toilette pour que je puisse les stocker, je l’aurais probablement fait. Malheureusement, il y avait encore beaucoup de chocolat !

Puisque j’ai dû libérer mon emploi du temps et passer plus de temps à la maison, ma conscience de moi-même s’est manifestement accrue, ce qui a été surtout positif. Le temps passé seule pour réfléchir m’a, curieusement, fait sentir une connexion plus étroite avec les autres et m’a amenée à valoriser beaucoup plus mes relations. Je suppose que le fait de me reconnecter avec moi-même et de m’écouter a permis à des canaux normalement ignorés de s’ouvrir et ça m’a menée à plus de profondeur. J’ai une plus grande conscience et appréciation de la beauté de Mère Nature. Ça me revient quand je sors me promener. Les couleurs vives qui décorent les arbres, le ciel bleu vif, le brillant éventail de chants d’oiseaux… c’est comme si je voyais et entendais tout pour la première fois.

Quels sont vos opéras et chanteurs préférés ?

Puccini a été mon premier amour à l’opéra et chaque fois que j’entends un air de La Bohème, je suis immédiatement plongée dans les bons souvenirs de mon adolescence, quand j’étudiais la voix avec la merveilleuse Cynthia Jolly, maintenant décédée, dans son studio maison plutôt chaotique. De mon appartement de Soho, où tout ce que je vois par la fenêtre, c’est les toits et le début du printemps, je me souviens constamment de Mimi et de son air du premier tableau, Si, mi chiamano Mimi. J’aurais peut-être dû l’ajouter à ma liste de répertoire… J’ai eu la chance de voir de nombreuses productions d’opéra incroyables, mais celle qui m’a vraiment touchée a été la reprise du Met, en 2014, de la production de 1983 de l’Arabella de Strauss par Otto Schenk. La production dans son ensemble était magnifique et tous les interprètes étaient si généreux dans leurs interprétations que c’était de la pure magie ! Ce fut mon introduction à l’art de la soprano suédoise Malin Byström, qui m’a complètement soufflée. Sa voix est tellement pleine de couleurs. Si elle était peintre, sa toile ressemblerait à un Monet. Mais ce n’est pas seulement sa voix, c’est tout son être, quand elle est sur scène, elle a une présence si naturelle que vous ne pouvez vous empêcher d’être attiré par elle. En fait, je l’ai vue par hasard l’année dernière au Royal Opera House, car un ami m’a gentiment offert un billet à la dernière minute pour voir la production par Kasper Holten de Don Giovanni de Mozart, un régal vraiment auquel je ne m’attendais pas. Bien que j’aie joué dans un certain nombre d’opéras de Mozart, j’évite d’ordinaire d’aller les voir, principalement en raison des quantités abondantes de récitatifs à travers lesquels on doit passer avant d’arriver aux bijoux de génie musical. Cela dit, le chant et la mise en scène étaient si brillants que j’ai à peine remarqué le bavardage. Si jamais l’occasion se présentait de travailler avec Es Devlin, je la saisirais. Ses décors sont hors normes. Il y a tellement de chanteurs incroyables passés et présents, mais ceux qui m’ont le plus influencée sont la regrettée Mirella Freni pour son interprétation de Mimi, qui fut la première que j’aie entendue; Anna Netrebko pour sa capacité à incarner le personnage; Joyce di Donato pour sa folle colorature; Renee Fleming pour sa peinture des mots; Diana Damrau pour la plus incroyable interprétation de Rosina; Wallis Giunta pour avoir rendu les mezzos et les rousses cool et Nadine Benjamin pour non seulement les pianissimos les plus incroyables que j’aie jamais entendus, mais l’authenticité qu’elle apporte dans chacune de ses interprétations. J’ai eu la chance d’avoir été entourée d’autant de chanteurs incroyablement talentueux pendant la majeure partie de ma vie d’adulte et j’ai certainement été inspirée par chacun d’entre eux à un moment ou à un autre. Je suis très heureuse d’être avec certains d’entre eux sur cette tribune et de servir la communauté au sens large dans cette merveilleuse initiative.

Pouvez-vous nommer vos comédies musicales et vos interprètes préférés ?

L’âge d’or des comédies musicales fait vraiment chanter mon cœur et j’ai beaucoup de préférées. Ma toute première expérience sur scène a été dans une production à l’école secondaire de The Sound of Music, où j’ai joué le rôle de Gretel. Ce spectacle sera toujours très spécial pour moi. C’était comme si un tout nouveau monde s’ouvrait, comme un trésor magique, à chaque répétition ou représentation, le temps s’arrêtait et je pouvais jouer, chanter, danser et découvrir des personnages dont je tombais amoureuse. À partir de là, j’ai participé à de nombreuses productions musicales scolaires et à des festivals et pour apprendre mon rôle ou ma chanson, je passais d’innombrables heures devant la télévision à regarder des vidéos sur VHS en me plongeant dans certaines des plus belles interprétations musicales de tous les temps, par des artistes comme Judy Garland, Doris Day, Deanna Durbin, Kathryn Grayson, Tommy Steele, Frank Sinatra, Fred Astaire, Julia Foster et Barbara Ruick, pour n’en nommer que quelques-uns. Ils étaient tous si spéciaux et apportaient tant de particularités incroyables à leur jeu. J’ai joué ces vidéos à répétition en priant pour que le ruban ne soit pas bouffé par l’appareil. Cela est arrivé si souvent que, oui, j’ai dû trouver un moyen inventif pour remonter le ruban. Dieu merci, nous avons maintenant le luxe des plateformes comme YouTube, Netflix et Amazon Prime !

Il y a tellement de spectacles incroyables du début du 20e siècle qu’il est difficile de choisir des favoris. Cependant, Showboat de Jerome Kern et Kiss Me Kate de Cole Porter sont sans conteste en tête de mon classement avec Pal Joey de Rodgers et Hart, Carousel et Oklahoma de Rodgers et Hammerstein. Je dois ici rendre hommage à l’Orchestre John Wilson qui a sans aucun doute donné vie à ces incroyables spectacles ces dernières années avec des interprétations semi-scéniques aux Proms, des concerts et des enregistrements. Cet orchestre est une magie absolue. Je me souviens quand je l’ai entendu pour la première fois au Royal Festival Hall : j’ai pleuré de joie tout le long. L’univers sonore créé ne ressemblait à aucun autre que j’avais entendu jusque-là. Un de mes compositeurs préférés de cette période est le phénoménal Ivor Novello, qui à mon avis est très sous-estimé, compte tenu de sa contribution au monde du cinéma et du théâtre de l’époque. Notamment, Novello a écrit pour Mary Ellis et Vanessa Lee, deux artistes à succès de l’époque, chacune offrant une sophistication et une élégance optimales. Bien qu’il soit difficile de trouver des versions complètes en ligne de leurs interprétations, il est possible de voir des extraits sur YouTube, ainsi que certains enregistrements. Donc, si vous avez un moment, jetez-y un œil. Je chanterai un certain nombre de chansons de Novello en mai sur ma page Facebook The Golden Age Singer. N’hésitez pas à vous joindre. C’est incroyable à quel point les chansons de Novello sont pertinentes, surtout en cette période difficile. « Although you’re far away and life is sad and grey I have a scheme, a dream to try. I’m thinking, dear, of you and all I meant to do when we’re together you and I. We’ll soon forget our care and pain and find such lovely things to share again. » C’est l’ouverture de la chanson We’ll Gather Lilacs de l’album Perchance to Dream. J’adore tout ce que j’ai appris jusqu’à présent sur cet homme remarquable, sa vie et son travail. Je voudrais bien voyager dans le temps pour le rencontrer !

Quelles sont vos chansons jazz et vos interprétations préférées ?

Le jazz est un genre auquel je suis arrivée assez tard et j’ai encore tellement de choses à explorer et à apprendre. Depuis mon arrivée à Soho, j’ai eu le privilège d’assister à des spectacles incroyables dans des lieux brillants comme Ronnie Scott’s, Crazy Coqs et Cafe Boheme. J’aime l’intimité de ces lieux et leur ambiance. C’est très spécial et quelque chose qui me manque beaucoup en ce moment. J’adore beaucoup de chansons du répertoire américain. Ma grande préférée est sans doute Bewitched, Bothered and Bewildered. J’adore la voix de Jo Ann Greer sur la bande originale du film Pal Joey, où elle a doublé Rita Hayworth. Cependant, j’adore les interprétations d’Ella Fitzgerald et de Lady Gaga, toutes deux offrant un cours de maître sur la liberté vocale et artistique. J’ai également récemment découvert l’album The Girl I Knew, un enregistrement incroyable des chansons de Novello et de Kern par Lorna Dallas.

Quels films, émissions et livres recommanderiez-vous ?

La musique est sans contredit ma thérapie et moi, en ce moment, j’ai besoin d’une musique qui va me remplir de joie et d’énergie. Je choisis donc la sélection « big bands » dans la liste de lecture de Spotify presque tous les jours et je danse. C’est là que je sens que je peux libérer toute énergie négative et tout inconfort. J’ai également trouvé qu’il était vraiment bénéfique d’aller écouter des spectacles en direct en ligne, c’est incroyable ce qu’on peut trouver et comment cela peut vraiment soulever les esprits et aider à rester et à se sentir connecté avec les autres. Je ne suis pas la meilleure lectrice, j’ai donc tendance à opter pour des livres audio. Cependant, je viens littéralement de repêcher un livre qui est resté sur mon étagère pendant un bon moment intitulé Ultimate Energy de Tricia Woolfrey. Il décrit des stratégies simples que vous pouvez appliquer immédiatement pour aider à vous sortir de la léthargie, ce que j’ai ressenti davantage cette semaine. C’est le petit coup de pouce dont j’avais besoin. Il est étonnant que, souvent, ce dont vous avez besoin se pointe sans que vous ayez à le rechercher. Je ne possède pas de téléviseur, je compte donc sur Netflix, le BBC iPlayer et Amazon Prime. Si vous n’avez pas encore vu Mademoiselle Maisel, femme fabuleuse, c’est une série à voir, vous allez vous régaler… trois saisons simplement brillantes avec Rachel Brosnahan. Cette série ferait un incroyable spectacle sur scène… Bien que ce ne soit pas strictement de la télévision (mais ce pourrait l’être !), il vaut vraiment la peine de mentionner que Nadine Benjamin diffuse un programme en direct de 30 minutes à partir de sa page Facebook tous les matins de 9 h à 9 h 30 en semaine depuis le début de la période de confinement. Cela a été extrêmement utile, également très rassurant, de savoir que chaque matin de la semaine, je peux voir un visage familier et aimant. Le spectacle regorge de conseils utiles sur la façon de rester bien dans sa tête, dans son corps et dans son esprit. Nadine a récemment eu des invités fascinants partageant leurs talents et leurs expertises. Cela vaut la peine d’y jeter un coup d’œil. Vous pouvez retrouver toutes les diffusions précédentes sur sa page Facebook.

Pourquoi vous êtes-vous jointe aux Corona Sérénades ?

Je pense que c’est une initiative brillante et ce serait un plaisir absolu de partager le don de la musique avec autant de personnes que possible en cette période difficile.

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