Citez un symphoniste italien. Allez, vite, juste un. Il y en avait beaucoup à l’époque de Mozart, mais plus guère depuis. Le marché s’est orienté vers l’opéra et ceux qui composaient de la musique abstraite ont été relégués dans l’obscurité. Cette semaine, mon attention a été retenue par un orchestre allemand interprétant deux compositeurs italiens qui ont persisté à créer de la musique non vocale, à contre-courant de tous les algorithmes commerciaux. Ottorino Respighi (1879-1936) a acquis une renommée touristique grâce à ses poèmes symphoniques sur les monuments romains et à son ode au brutal Mussolini. Respighi est représenté ici…
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Le violoniste serbe Nemanja Radulović est un anticonformiste à l’image de Nigel Kennedy et David Garrett, un animal de scène, avec une touche de différence. Sur son dernier album, Radulović porte une soutane de moine qui lui arrive aux pieds et des cheveux qui lui descendent jusqu’à la taille, comme s’il avait passé les quarante derniers jours dans une grotte, en communion avec l’éternel. La musique qu’il interprète ici est celle de Prokofiev, un compositeur qui avait toujours les yeux rivés sur le terrestre et l’existentiel. La surprise réside dans l’approche du soliste. Radulović joue le concerto avec douceur et…
À l’époque de Chopin et Liszt, Charles-Valentin Morhange (dit Alkan) était le pianiste redouté de tous. Sa technique et son ambition étaient de si haut niveau que seul Alkan était capable d’interpréter les œuvres qu’il composait à la vitesse prescrite. Chopin, dans son testament, lui confia la tâche de compléter ses œuvres inachevées. Vers 1850, Alkan était le pianiste le plus en vue à Paris. Puis tout s’est effondré. Refusé par le Conservatoire comme directeur du département de piano, il s’est retiré dans son appartement où il vécut en ermite. Lorsqu’il est finalement réapparu deux décennies plus tard, tous les…
Leó Weiner était l’âme égarée de la musique hongroise. Professeur à l’Académie Franz Liszt depuis 1908, aux côtés de Bartók et Kodály, il partageait la fascination de ses collègues pour la musique folklorique, mais pas leur modernisme. L’univers de Weiner appartenait à Brahms et Liszt, son orchestration aux années 1890. Son premier concerto pour violon est un délice : Bruch sans la grande mélodie, mais avec un entrelacement entre soliste et orchestre et beaucoup de lâcher-prise dans les danses tsiganes. Il s’agirait ici de la première interprétation complète de l’œuvre, et aucune des 25 minutes ne semble superflue. Júlia Pusker…
Le grand oratorio d’Edward Elgar pourrait à juste titre être qualifié de chef-d’œuvre d’agonie – non pas la sienne, puisqu’il l’a composé alors qu’il était au sommet de son art, mais celle de Gerontius qui passe la première partie de l’œuvre à mourir dans l’agonie de la foi et du doute, et la seconde en compagnie d’un ange gardien qui l’accompagne vers l’éternité. Le mourant est un ténor, l’ange une soprano. Un baryton et un chœur assurent le reste. L’œuvre est catholique romaine et dévotionnelle, sans être moralisatrice ou pompeuse. Elgar ne cherche pas à sauver les âmes immortelles. Il…
Il y a dans cet enregistrement une tension que j’ai eu du mal à résoudre. Le Cuarteto Casals figure actuellement parmi les meilleurs quatuors à cordes au monde, certainement dans le « top 10 ». Leurs deux précédents volumes consacrés aux quatuors de Chostakovitch m’ont inspiré une admiration sans bornes. Le jeu est athlétique, les interprétations sont éclairées, sensibles et intelligentes. On ne peut faire mieux. Ma première écoute de cette dernière série ne m’a pas convaincu. Le 13e quatuor, un mouvement de 20 minutes mené par l’alto, m’a semblé trop dur, dépourvu de toute possibilité de beauté. Le 14e,…
Au terme d’une semaine marquée par les abus de pouvoir américains, la dernière chose que je souhaitais entendre était une musique sentimentale typiquement américaine interprétée par un quatuor à cordes du Delaware. Il y a une raison pour laquelle les entreprises s’implantent dans le Delaware. L’État applique un taux d’imposition de 2 %, dispose de tribunaux favorables aux entreprises et ne pose aucune question. Incroyable. Mais on ne sait jamais ce qu’un enregistrement va révéler. Celui-ci présente quatre styles sans rapport entre eux. Le premier quatuor à cordes de Samuel Barber est connu pour son mouvement central mélancolique, l’Adagio de…
Certaines personnes adorent le fromage, d’autres ne peuvent pas le sentir. Chacun ses penchants. Plusieurs personnes dont j’apprécie le jugement ont réagi avec beaucoup d’enthousiasme aux deux séries d’impromptus de Schubert enregistrées par Eric Lu sous l’étiquette Warner. Lu, 28 ans, est l’Américain qui a remporté le Concours Chopin à Varsovie l’année dernière et celui de Leeds en 2018. Quelle que soit notre opinion de ces résultats, c’est un pianiste compétent, dévoué et expérimenté qui mènera une longue carrière. Cela dit, j’ai failli vomir dès les premières notes des impromptus opus 90, puis à nouveau durant le troisième morceau de…
Igor Stravinsky était trop égocentrique pour être un bon parent. Il était brutal envers sa première femme, Yekaterina, également sa cousine germaine, l’obligeant à verser une pension mensuelle à sa maîtresse Vera Sudeikina. Ses relations avec ses enfants se sont détériorées au cours de ces humiliations. Soulima, son troisième enfant, n’a jamais vraiment eu la chance de mener une existence indépendante. Éduqué par Nadia Boulanger, disciple de son père, il a bonifié ses tentatives de devenir compositeur en jouant les morceaux pour piano assez faciles de son père. En 1939, lorsque Igor et Vera s’installèrent aux États-Unis, Soulima s’engagea dans…
Avez-vous froid ? Enfilez une laine et écoutez le concerto arctique d’un compositeur finlandais dont la musique s’est quelque peu éclipsée depuis sa mort il y a dix ans. Rautavaara appartenait à une génération qui devait se libérer de l’ombre de Sibelius et trouver une autre façon d’exprimer la beauté austère de l’environnement. Pour cette œuvre extraordinaire, le compositeur a intégré des enregistrements de grues sauvages, d’alouettes et de cygnes dans un paysage orchestral irrésistiblement attrayant. Cantus est, en effet, un concerto pour oiseaux et orchestre, et je le préfère largement aux imitations pastorales de Beethoven et aux Oiseaux exotiques…