Nouvelle politique culturelle au Québec: les mesures annoncées

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Elle n’avait pas été mise à jour depuis 1992. La nouvelle politique culturelle du Québec, intitulée « Partout la Culture », et son plan d’action ont été dévoilés hier matin, le 12 juin, par le premier ministre, Philippe Couillard, et la ministre de la Culture et des Communications, Marie Montpetit.

Principales orientations

Cette politique culturelle s’articule autour de quatre grandes orientations qui traduisent, selon le document de présentation officiel, la volonté du gouvernement de replacer la culture au cœur de ses engagements pour la société québecoise :

  • Contribuer à l’épanouissement individuel et collectif grâce à la culture. Cette orientation reconnaît le lien indissociable entre la culture et l’éducation
  • Façonner un environnement propice à la création et au rayonnement des arts et de la culture. Le gouvernement renouvelle son soutien aux artistes professionnels et aux créateurs ainsi qu’aux travailleurs, industries et organismes culturels qui sont, selon lui, les porte-étendards de la créativité québécoise au Québec, au Canada et à l’étranger
  • Dynamiser la relation entre la culture et le territoire. Cette orientation réaffirme clairement le rôle majeur des partenaires municipaux, de la capitale nationale, de la métropole et des communautés autochtones qui s’engagent activement en matière de culture
  • Accroître l’apport de la culture et des communications à l’économie et au développement du Québec. À cette fin, le gouvernement entend appuyer la croissance de l’entrepreneuriat culturel, encourager les partenariats et favoriser le développement des compétences

Principales mesures annoncées

Les grandes lignes de la politique culturelle s’accompagnent d’un plan d’action gouvernemental sur cinq ans, de 2018 à 2023. Au cours de ces cinq prochaines années, près de 600,9 M$ seront investis pour la mise en œuvre des 41 mesures qui y sont inscrites. Parmi ces mesures, on trouve la promotion et la valorisation de la langue française et de son lien indissociable avec la culture (11.5 M$), l’accès gratuit aux musées un dimanche par mois pour les Québécois (5 M$), une série d’incitatifs à la philanthropie culturelle par le biais de crédits d’impôts (2,5 M$) et l’augmentation de l’offre d’activités culturelles pour les jeunes tout au long de leur parcours éducatif (35 M$). 60 M$ seront destinés à la création et à la production artistique, 52 M$ à la diffusion culturelle au Québec et 5M$ à l’accompagnement des artistes professionnels dans leur carrière, ce qui inclut une protection sociale. Enfin, le gouvernement du Québec accorde aux industries culturelles une série de crédits d’impôts et d’allègements fiscaux à hauteur de 80,3 M$.

Réactions parmi les acteurs du milieu

Par voie de communiqué, la quarantaine d’organismes membres de la Coalition La culture, le cœur du Québec (CCCQ) accueillent favorablement l’augmentation des budgets du Conseil et des arts et des lettres du Québec (CALQ) et de la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC), ainsi que la volonté affirmée de lutter contre la précarité dans les milieux des arts et de la cultur. « Des éléments majeurs de satisfaction », déclarent ces acteurs. La CCCQ émet toutefois des doutes sur les intentions réelles du gouvernement du Québec et sur la pérennité de sa politique culturelle au-delà de l’échéance du plan d’action, en 2023. La Coalition s’inquiète également du fait que les prochaines élections électorales, à l’automne 2018, aient motivé un tel projet. Le cas échéant, la CCCQ ne voit aucune garantie à la reconduction de la politique culturelle. Néanmoins, elle souhaite que, quels que soient les partis au pouvoir au cours des prochaines années, « nos dirigeants successifs aient la sagesse de soutenir la pleine réalisation de son plan d’action ».

La SODEC se réjouit, pour sa part, des mesures énoncées au plan d’action pour les cinq prochaines années. Dans son communiqué, elle souligne notamment quatre mesures qui lui bénéficieront :

  • L’aide gouvernementale à la création et à la production accordera à la SODEC de nouveaux investissements de 11 M$
  • Le soutien gouvernemental à la diffusion culturelle au Québec lui allouera 21 M$ supplémentaires
  • Le soutien au développement de l’entrepreneuriat culturel à l’ère numérique permettra à la SODEC d’injecter 15 M$ dans le développement des entreprises culturelles
  • L’aide à l’exportation, au rayonnement et à la découvrabilité des œuvres et des productions culturelles québécoises octroiera à la SODEC 3 M$

De plus, la Banque d’affaires de la SODEC disposera de 30 M$ de plus comme marge de manœuvre en vue de servir véritablement d’effet de levier pour les entreprises culturelles, sans oublier une bonification de 15,6 M$ pour les crédits d’impôt.

L’Association québécoise de l’industrie du disque, du spectacle et de la vidéo (ADISQ) constate avec satisfaction qu’à travers cette nouvelle politique culturelle, l’importance de soutenir les entreprises culturelles a été reconnue par le gouvernement. Solange Drouin, vice-présidente aux affaires publiques et directrice générale de l’ADISQ, juge cependant ces annonces insuffisantes : « Aujourd’hui, le gouvernement reconnaît l’importance des entreprises dans notre écosystème : c’est un premier pas encourageant. Maintenant, il faut passer à l’étape suivante et reconnaître que le secteur de la musique doit bénéficier d’une aide d’urgence substantielle ». L’ADISQ, par voie de communiqué, rappelle que depuis 2004, au Québec, les ventes d’albums physiques ont chuté de 72 %, et les ventes d’albums et de pistes de numériques, qui n’ont jamais compensé ces pertes, ont diminué de 42 % au cours des cinq dernières années.

La Guilde des musiciens et musiciennes du Québec (GMMQ) accueille beaucoup plus favorablement la « sensibilité tangible du Ministère de la Culture envers la précarité de la condition socioéconomique des artistes », peut-on lire dans son communiqué. « Cette politique est positive dans son ensemble pour le milieu artistique. Nous nous réjouissons qu’elle apporte une plus grande place aux créateurs et aux artistes interprètes. » constate Luc Fortin, président de la GMMQ. « Nous souhaitons vivement que des actions concrètes suivent, peu importe qui formera le prochain gouvernement », poursuit-il. La Guilde se réjouit que les 600 M $ investis sur 5 ans correspondent à « une injection d’argent et non à un remaniement de budget », toujours selon le communiqué. L’annonce des mesures suivantes particulièrement saluée :

  • L’amplification de la relation entre la culture et l’éducation (30,5 M $), notamment la sensibilisation des familles, des milieux scolaires et de la petite enfance aux bienfaits liés à la pratique d’activités culturelles.
  • L’augmentation de l’aide gouvernementale destinée à la création et à la production (60 M $) en augmentant à la fois le montant des bourses et subventions et le nombres d’artistes et d’œuvres subventionnés.
  • L’offre de formation pour sensibiliser l’ensemble du secteur culturel québécois à la prévention des agressions sexuelles et du harcèlement, ainsi que la création d’un guichet unique pour soutenir les victimes
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