Nadia Labrie : Quand la flûte se met au jazz

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Depuis le 15 août dernier, grâce à un nouvel album numérique de Nadia Labrie, les auditeurs peuvent découvrir une œuvre pour flûte, guitare et trio jazz avec piano de Claude Bolling, Picnic Suite. Il s’agit du 3e volet d’un projet consacré au pianiste de jazz et compositeur français décédé en 2020, un projet qui culminera avec la sortie d’un coffret de trois enregistrements à paraître chez ATMA Classique le 24 novembre prochain et qui réunira ainsi l’intégrale de ses œuvres avec flûte.

Le dernier album en date de l’interprète s’inscrit plus largement dans le cadre de la série Flûte Passion, entamée depuis 2018 et qui avait donné lieu à l’exploration de répertoires chers à son cœur : d’abord Schubert, suivi de Bach et de Mozart. Changement de ton, avec une rencontre étonnante entre musique classique et jazz. « Après l’album Mozart, je me suis demandé ce que j’avais envie de dire avec mon répertoire, confie-t-elle. Bolling est un compositeur que je connaissais avant, mais sur lequel je ne m’étais pas attardé. L’oncle de mon mari me fredonnait certains de ses airs et j’ai fini par m’y pencher. J’ai découvert une musique fabuleuse, qui me ressemble beaucoup, je crois : joyeuse, accessible, mais en même temps avec beaucoup de profondeur, de dynamisme et de virtuosité. Le fait de jouer avec des musiciens jazz était une première pour moi et ce fut une très belle aventure. Quand on a du plaisir à jouer une musique, c’est toujours bon signe. J’approche cette musique avec un grand sourire. Elle me parle et j’imagine qu’elle parle aussi aux gens qui assistent à nos concerts, si l’on en juge la réception. »

Nadia Labrie nous parle de ses nouveaux partenaires à la fois sur disque et sur scène, à commencer par le guitariste d’origine chilienne Hugo Larenas. Celui-ci a contribué aux nombreux duos guitare-flûte à l’intérieur des 7 mouvements de la Picnic Suite, souvent marqués par une grande rapidité d’exécution. « J’ai eu beaucoup de bonheur et de facilité à jouer avec lui. »

Jonathan Turgeon est au piano et Dominic Girard, à la contrebasse. Bernard Riche, quant à lui, est le premier musicien que Nadia Labrie a contacté dès le premier volume consacré à Bolling. Selon la flûtiste, il parvient à faire de la dentelle sur un instrument comme la batterie qui n’est pourtant pas réputé pour sa délicatesse. « Il y ajoute de la finesse. Je trouve fantastique ce qu’il a fait dans cette œuvre-ci et dans les autres Suites nos 1 et 2 que nous avons enregistrées. »

La plupart des morceaux sont structurés autour de dialogues entre la flûte et la guitare, d’une part, et le trio jazz, d’autre part, incluant de l’improvisation à la batterie et plus encore au piano.

Nadia Labrie a très souvent l’occasion de jouer avec des pianistes, compte tenu du répertoire existant. Elle rappelle aussi qu’elle a formé, pendant ses 20 ans de carrière, le Duo Similia avec sa sœur, la guitariste Annie Labrie. De ce point de vue, la flûtiste se sentait dans son élément. « La question était plutôt de savoir comment diriger musicalement tous ces musiciens extraordinaires, qui avaient aussi des visions différentes de l’œuvre. C’est un acte de cocréation, alors tout le monde y met de son propre amour pour cette musique. C’est ce qui fait que quelque chose d’unique en ressort. »

Dans Picnic Suite, Bolling fait souvent entendre, en toile de fond, la musique de plusieurs maîtres qui l’ont précédé. « Ce que j’aime beaucoup, c’est son approche des mélodies. C’est très chantant, très près du cœur. Il y a en effet beaucoup d’influence de Jean-Sébastien Bach, à la fois dans le style et les parties fuguées, mais aussi de Piazzolla, de Dutilleux et de tous les grands compositeurs français qui ont écrit pour la flûte traversière. »

Rococo, Madrigal, Canon, Badine… certains titres sont l’expression de cette influence. Pour l’avant-dernier mouvement, Tendre, la flûtiste joue exceptionnellement sur une flûte alto, séparée d’une quarte en bas de la flûte en do. Résultat : une couleur chaude et un caractère feutré qui font un peu penser à la sonorité d’un saxophone. « On va dans quelque chose d’un peu plus intérieur, de moins aérien, alors le parallèle avec le saxophone est pertinent. En comparaison, la flûte moderne en do est un instrument beaucoup plus brillant. »

Nadia Labrie évoque Jean-Pierre Rampal, grand flûtiste français du XXe siècle, celui qui, en premier lieu, a fait à Bolling la commande d’un morceau pour flûte traversière et trio jazz. « Avec la première suite, Rampal a eu un succès planétaire et a figuré pendant plus de 10 ans (530 semaines consécutives) au palmarès américain des 40 meilleures œuvres classiques. Plus tard, dans les années 1980, le compositeur a écrit une seconde suite pour Rampal et Alexandre Lagoya à la guitare. Le flûtiste lui a même demandé d’écrire une autre œuvre avec trio jazz. Il avait besoin d’un peu plus de défi, de nouvelles partitions. J’ai effectivement écouté ses enregistrements parce que Jean-Pierre Rampal, c’est le Dieu de la flûte traversière, c’est une inspiration pour tous les flûtistes. On y met notre touche personnelle, notre sonorité, notre sensibilité. C’est la même œuvre, et pourtant une œuvre différente avec une approche différente. »

Un concert de lancement est en préparation, autour de la date de sortie du coffret chez ATMA Classique. Une tournée est déjà prévue en France au mois de mars, en plus de concerts au Québec jusqu’en avril 2026. Pour plus de détails, visitez le www.nadialabrie.com   

 

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A propos de l'auteur

Justin Bernard est détenteur d’un doctorat en musique de l’Université de Montréal. Ses recherches portent sur la vulgarisation musicale, notamment par le biais des nouveaux outils numériques, ainsi que sur la relation entre opéra et cinéma. En tant que membre de l’Observatoire interdisciplinaire de création et de recherche en musique (OICRM), il a réalisé une série de capsules vidéo éducatives pour l’Orchestre symphonique de Montréal. Justin Bernard est également l’auteur de notes de programme pour le compte de la salle Bourgie du Musée des Beaux-Arts de Montréal et du Festival de Lanaudière. Récemment, il a écrit les notices discographiques pour l'album "Paris Memories" du pianiste Alain Lefèvre (Warner Classics, 2023) et collaboré à la révision d'une édition critique sur l’œuvre du compositeur Camille Saint-Saëns (Bärenreiter, 2022). Ses autres contrats de recherche et de rédaction ont été signés avec des institutions de premier plan telles que l'Université de Montréal, l'Opéra de Montréal, le Domaine Forget et Orford Musique. Par ailleurs, il anime une émission d’opéra et une chronique musicale à Radio VM (91,3 FM).

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