Critique | Opéra de Montréal : le c(h)œur pas vraiment à la fête

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Le 3 décembre dernier, dans une Église Saint-Jean-Baptiste remplie, mais pas pleine, le chœur de l’Opéra de Montréal se présentait en vedette d’un concert pot-pourri consacré, comme il se doit, à de grands noms de l’art lyrique. Après les représentations de Jenůfa, à la fin du mois de novembre, il était de bon ton de retrouver les choristes dans deux des langues les plus répandues de l’opéra, l’italien et le français. La seule incursion dans un autre univers linguistique – qui, de plus, dépassait largement les frontières du XIXe siècle – était une interprétation du chœur final de Another Brick in the Wall de Julien Bilodeau, créé à l’OdM en 2017. Nous étions donc en terrain connu.

C’était la première fois, en dehors d’un contexte de gala ou d’un cadre privé devant des donateurs, que la compagnie rendait hommage au travail de ces chanteuses et chanteurs de l’ombre, que l’on entend d’habitude à l’arrière-scène de ses productions. Et c’est tant mieux ! Le programme distribué au public mettait de l’avant l’idée d’une célébration pour le temps des fêtes. Le directeur général Jean-Pierre Primiani, décidément très loquace depuis le début de son mandat, en a rajouté une couche au début de la soirée. Il faut bien admettre, cependant, que le choix des œuvres et des solistes invités n’a pas apporté que des réjouissances. 

Du lyrisme à petite dose 

L’OdM a plutôt privilégié des clins d’œil à sa programmation rapprochée passée ou future – comme en témoignent les extraits de Roméo et Juliette, Nabucco, Madame Butterfly, Hamlet, ou encore Carmen (à l’affiche en mai 2026). On a donc eu droit au célèbre « Va, pensiero » de Verdi et au chœur « à bouche fermée » de Puccini, notamment. Dans les deux cas, l’interprétation nous a laissé sur notre faim. 

Le chœur des esclaves, censé nous faire revivre des souvenirs émus de la mère patrie par un généreux effet de balancier, a été peu expressif. Ce numéro, placé en début de programme, a creusé l’impression d’un chant en demi-teinte qui s’est malheureusement confirmée par la suite. Sur ce point, la direction musicale de Claude Webster a été en grande partie responsable. Le tempo a été tenu trop scrupuleusement, à la manière d’un métronome, sans prendre en compte que la musique, c’est aussi du mouvement et une question d’élans. Cette approche a conduit naturellement à certains moments de lassitude, comme dans l’extrait de Hamlet. Un choix de pièces plus emblématiques du grand répertoire lyrique aurait peut-être permis de susciter davantage d’intérêt, mais là encore, rien de garanti. La preuve : dans Casta diva de Bellini, les passages de chœur n’ont pas su capter la sensation de va-et-vient paisible, propre à cet air-là. Cela dit, on a aimé l’engagement dramatique des choristes dans « Patria oppressa » de Macbeth.

Des voix en demi-teinte

Claude Webster, chef. Photo : Tam Can Truong

Le chœur de Madame Butterfly a révélé d’autres carences, notamment du côté des sopranos. Oui, le registre est aigu, oui c’est difficile, mais on ne parle quand même pas de n’importe quel chœur. On se serait attendu à plus d’aisance, plus de caractère aérien, et moins de voix lourdes. Les autres pupitres se sont mieux illustrés, d’abord les mezzo-sopranos et les basses qui ont été d’une qualité constante et fermes pendant tout le concert. 

Quant aux ténors, il leur manquait une couleur plus opératique, un timbre d’un métal plus brillant. Il y avait une trop forte proportion de voix blanches pour ce répertoire d’opéra. On les aurait davantage imaginées chanter de l’oratorio dans une église pareille.  

Pascale Spinney et Chelsea Kolić, qui ont l’Atelier lyrique de l’OdM en commun, étaient invités à interpréter des airs avec chœur. La première s’en est mieux sortie dans Carmen, un rôle qu’elle a assurément dans la peau, mais dans Maometto de Rossini, elle est passée à côté. La voix de la mezzo-soprano est timbrée et riche, mais elle atteint rapidement ses limites dans l’aigu et elle n’est pas assez juste. 

La soprano canadienne d’origine croate avait, elle, la justesse, l’aisance nécessaire, mais un timbre qui laissait passer trop d’air et se privait ainsi de belles couleurs. Son interprétation de « La vergine degli angeli » de Verdi, qu’on a adoré entendre dans cette église, a donc manqué quelque peu d’éclat. Le potentiel de cette jeune artiste reste incontestable. 

Au piano, Martin Dubé a été dans une démarche d’accompagnement, un rôle qu’il connaît bien et qui lui vaut d’être régulièrement invité à l’OdM ou au Concours musical international de Montréal. Il aurait fallu, cependant, qu’il soit un homme-orchestre, capable de parcourir un large spectre d’émotions et de faire chanter son instrument pour bien préparer les entrées du chœur. 

Bref, un concert qui, contre toute attente, a eu la valeur d’une audition en grande pompe, permettant d’apprécier les forces et les faiblesses de ceux qui font les beaux jours de l’Opéra de Montréal.

Photo : Tam Can Truong

Prochaine production de l’Opéra de Montréal : Clown(s), le 31 janvier, ainsi que le 3, 5 et 8 février 2026. Billets sur le site web de la compagnie : https://operademontreal.com/programmes/clowns

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A propos de l'auteur

Justin Bernard est détenteur d’un doctorat en musique de l’Université de Montréal. Ses recherches portent sur la vulgarisation musicale, notamment par le biais des nouveaux outils numériques, ainsi que sur la relation entre opéra et cinéma. En tant que membre de l’Observatoire interdisciplinaire de création et de recherche en musique (OICRM), il a réalisé une série de capsules vidéo éducatives pour l’Orchestre symphonique de Montréal. Justin Bernard est également l’auteur de notes de programme pour le compte de la salle Bourgie du Musée des Beaux-Arts de Montréal et du Festival de Lanaudière. Récemment, il a écrit les notices discographiques pour l'album "Paris Memories" du pianiste Alain Lefèvre (Warner Classics, 2023) et collaboré à la révision d'une édition critique sur l’œuvre du compositeur Camille Saint-Saëns (Bärenreiter, 2022). Ses autres contrats de recherche et de rédaction ont été signés avec des institutions de premier plan telles que l'Université de Montréal, l'Opéra de Montréal, le Domaine Forget et Orford Musique. Par ailleurs, il anime une émission d’opéra et une chronique musicale à Radio VM (91,3 FM).

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