Critique de Disque | Lura Johnson, The Art of Prelude and Fugue

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The Art of Prelude and Fugue

Lura Johnson, piano

Azica Records

Les deux livres du Clavier bien tempéré de Bach sont rarement interprétés dans leur intégralité, mais lorsqu’ils le sont, il arrive que l’ordre des pièces soit adapté en fonction des similitudes de ton et de caractère. Avec The Art of Prelude and Fugue, son plus récent album, Lura Johnson nous amène à un tout autre niveau.

Tout d’abord, la pianiste américaine n’hésite pas à séparer les préludes et les fugues. Et elle en profite pour mettre côte à côte l’œuvre intemporelle de Bach et les 24 Préludes et fugues de Chostakovitch, comme pour mieux illustrer leur lien de parenté. Ce n’est donc pas seulement une interprétation, mais le fruit d’un travail d’analyse qu’elle nous offre. À l’intérieur du livret, l’auditeur aguerri a droit à un guide d’écoute détaillé pour lui permettre de se plonger entièrement dans ces univers parallèles que personne avant elle ne semble avoir fait cohabiter.

Le rapprochement entre le prélude en do mineur de Bach et le prélude en la mineur de Chostakovitch, par exemple, est tout à fait pertinent. Il crée une expérience d’écoute très stimulante et donne envie de découvrir la suite, jusqu’à la 144e et dernière piste. En termes de conception, donc, cet enregistrement est un véritable objet d’appréciation musicale. 

Au chapitre de l’exécution, Mme Johnson surprend aussi l’auditeur, mais pas toujours dans le bon sens. Les notes détachées et l’usage modéré de la pédale forte traduisent sa volonté de rester fidèle à l’idée qu’on se fait d’une interprétation dans le style baroque. En même temps, elle va chercher beaucoup de vibration dans le registre grave du piano et s’avère plutôt flexible dans la gestion du rythme, à la manière d’un rubato romantique. Même si elle n’est pas la première à adopter cette approche, on peut regretter que certains préludes ou fugues ne soient pas interprétés avec une égale fluidité. Il n’empêche, Mme Jonhson présente l’équivalent de 4 programmes de concerts complets, un exploit à la hauteur de ses ambitions.

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A propos de l'auteur

Justin Bernard est détenteur d’un doctorat en musique de l’Université de Montréal. Ses recherches portent sur la vulgarisation musicale, notamment par le biais des nouveaux outils numériques, ainsi que sur la relation entre opéra et cinéma. En tant que membre de l’Observatoire interdisciplinaire de création et de recherche en musique (OICRM), il a réalisé une série de capsules vidéo éducatives pour l’Orchestre symphonique de Montréal. Justin Bernard est également l’auteur de notes de programme pour le compte de la salle Bourgie du Musée des Beaux-Arts de Montréal et du Festival de Lanaudière. Récemment, il a écrit les notices discographiques pour l'album "Paris Memories" du pianiste Alain Lefèvre (Warner Classics, 2023) et collaboré à la révision d'une édition critique sur l’œuvre du compositeur Camille Saint-Saëns (Bärenreiter, 2022). Ses autres contrats de recherche et de rédaction ont été signés avec des institutions de premier plan telles que l'Université de Montréal, l'Opéra de Montréal, le Domaine Forget et Orford Musique. Par ailleurs, il anime une émission d’opéra et une chronique musicale à Radio VM (91,3 FM).

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