Tafelmusik : L’art de la danse selon Rameau

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Tafelmusik se met sur son trente-et-un pour présenter le programme Rameau and the Art of Dance en ce mois de février. Le violoniste baroque de renommée internationale Robert Mealy, directeur artistique du programme de musique ancienne de l’École Juilliard, dirige un programme de suites baroques françaises tirées d’opéras de Rameau.

Né à Berkeley en Californie, cet interprète et professeur est directeur du Boston Early Music Festival Orchestra, violon solo de l’orchestre baroque Trinity Wall Street et codirecteur du groupe de musique de chambre Quicksilver.

Pour le programme Rameau, les musiciens et musiciennes de Tafelmusik seront accompagnés par 15 instrumentistes à cordes et à vent de Juilliard415, le principal ensemble d’instruments d’époque de l’école fondé en 2009. Le « 415 » renvoie à la fréquence du la à laquelle on joue habituellement de la musique baroque. Les danseurs baroques Caroline Copeland et Julian Donahue feront également une prestation sur scène. Tous se mettront au diapason, sous la direction de Mealy au violon.

Ce projet interdisciplinaire a vu le jour il y a un an. Dominic Theresi, codirecteur et bassoniste solo de Tafelmusik, qui enseigne le basson d’époque et la musique de chambre à Juilliard, a approché Mealy, car il souhaitait célébrer les liens de longue date entre l’école et l’ensemble torontois.

Robert Mealy
Photo : Rosalie O’Connor Photography

« Dominic pensait que ce serait formidable pour nos étudiants de jouer aux côtés des musiciens de Tafelmusik, ce qui est brillant, car bon nombre d’entre eux ont déjà travaillé avec ces artistes de renom dans le cadre de programmes estivaux, explique Mealy. C’est très inspirant pour eux de pouvoir jouer cette musique avec un orchestre de ce calibre; c’est merveilleux et ça n’arrive pas assez souvent. »

Le lien qui unit Mealy à Tafelmusik est encore plus personnel : il a joué à l’occasion avec la formation pendant huit ans alors qu’il était étudiant à Harvard.

« Je suis très ému de me produire à nouveau sur scène avec cet ensemble après tant d’années, confie Mealy. À mon premier concert avec Tafelmusik, j’ai rencontré un violoniste belge très réputé, Sigiswald Kuijken, l’un des premiers à avoir découvert comment jouer dans le style baroque, qui exige une technique vraiment différente de celle du violon moderne. Il a créé un programme qui comprenait une suite de Rameau, ce que je n’avais jamais fait auparavant. Ces années ont été extrêmement importantes pour moi. »

Mealy a été tellement séduit par le compositeur français à la suite de ce concert fondateur qu’il a programmé plusieurs de ses œuvres pour le plus récent programme de Tafelmusik.

« Rameau a composé certaines des musiques qui me tiennent le plus à cœur et qui m’ont vraiment beaucoup inspiré. Elles sont très mélodieuses et riches en textures musicales, explique Mealy. Je pense également qu’il est le compositeur ayant démontré la plus grande énergie cinétique, à l’instar de Stravinsky au XXe siècle. Les chorégraphes de l’époque disaient “Rameau nous a appris à danser”, car sa musique avait sa propre chorégraphie. »

Les danseurs Donahue, membre du New York Theatre Ballet depuis 2018, et Copeland, directrice associée de la New York Baroque Dance Co., s’uniront pour donner vie à la chorégraphie de cette dernière dans deux des quatre suites orchestrales du programme : Naïs (1749) et Dardanus (1739) de Rameau. Elles renferment des formes de danse baroque typiques comme les menuets, les gavottes et les passe-pieds, alternant avec des danses de caractère et des solos. Ce programme accrocheur comprend deux suites supplémentaires : Les Indes galantes (1735) et Castor et Pollux (1737).

Mealy attire l’attention sur les majestueuses chaconnes qui concluent chaque suite. « C’est la forme de danse la plus expansive, car elle représente toujours le rétablissement de l’ordre à la fin d’un opéra, et c’est une forme que Rameau utilise de manière particulièrement théâtrale. Il sera donc très intéressant de voir ce qu’ils en feront », déclare-t-il à propos des danseurs et danseuses avec lesquels il a beaucoup travaillé au Boston Early Music Festival.

Même les spectateurs les plus ouverts d’esprit pourraient être surpris de voir les danseurs revêtir à la fois des costumes contemporains et des costumes d’époque plus traditionnels du XVIIIe siècle.

Mealy assure que l’usage de costumes modernes correspond aux tendances actuelles en matière de pratiques historiquement informées, qui s’adaptent à notre époque. Ce mouvement tente de contextualiser l’art baroque pour le public du XXIe siècle en réinventant les conventions musicales, notamment en célébrant la diversité du répertoire.  Le programme de Tafelmusik, soigneusement élaboré, vise d’abord à créer un point de référence accessible pour le public avant de le transporter au XVIIIe siècle.

Après les concerts à Toronto, la production prendra la direction du Lincoln Center, à New York, le 27 février. La dernière représentation aura lieu le 1er mars à la First Church de Cambridge, au Massachusetts, dans le cadre du Boston Early Music Festival.

« Nous sommes trop habitués à entendre ces suites baroques interprétées uniquement comme des œuvres instrumentales, explique Mealy. Cependant, la danse est essentielle pour donner vie à ces pièces. Nous ramenons la musique à même le corps. »

Tafelmusik présente Rameau and the Art of Dance au Trinity St.-Paul’s Centre à Toronto du 19 au 22 février. Retrouvez Tafelmusik sur www.tafelmusik.org.

Traduction : Nathalie Généreux

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