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Alpha Classics4
Haydn 2032 Vol. 19: Trauer
Il Giardino Armonico – Giovanni Antonini, chef
Alpha Classics, 2026
Le 19e volet de Haydn 2032, un projet en cours visant à enregistrer l’intégrale des symphonies de Joseph Haydn en vue du 300e anniversaire de sa naissance en 2032, est consacré à ses œuvres funèbres. Comme le souligne le chef d’orchestre Giovanni Antonini dans ses notes de programme, les symphonies no 44 « Trauer » et no 52 sont « très peu funèbres ». Elles ont néanmoins été associées au Da pacem Domine d’Arvo Pärt, une œuvre écrite en hommage aux victimes de l’attentat terroriste islamiste de Madrid en 2004, ainsi qu’à la poignante Paduana Dolorosa de Samuel Scheidt. Bien que le chef reconnaisse que ces rapprochements « puissent sembler insolites », il soutient que ces œuvres remplissent une « fonction cathartique et contemplative », venant équilibrer les aspects plus animés des symphonies de Haydn.
Si les notes d’Antonini, accompagnées de photographies de tragédies, peuvent sembler une tentative quelque peu opaque de justifier la pertinence moderne de Haydn, l’album a néanmoins le mérite d’avoir généré une réflexion de ma part. Le Haydn que l’on entend sur cet enregistrement ne ressemble à aucun autre que j’aie entendu auparavant. J’ai de plus passé plusieurs jours à comparer l’approche d’Antonini à celle d’autres ensembles.
Ici, Haydn apparaît comme un véritable dramaturge. L’interprétation est incisive, raffinée et pleine de caractère. Les tempos rapides et les forts contrastes dynamiques créent un puissant élan, mais la progression de l’œuvre repose avant tout sur les lignes mélodiques supérieures. Dans cette approche, les différentes sections de l’orchestre sont moins unifiées. Chacune d’elles agit comme une strate de la texture harmonique, plutôt que de contribuer à un flux collectif parfaitement homogène.
Cette intégration plus réduite entre la mélodie et l’accompagnement, conjuguée aux contrastes marqués entre les sections musicales, relève d’une approche résolument baroque. Elle convient particulièrement bien à l’intense théâtralité de la musique de Vivaldi. Les enregistrements d’Antonini qui lui sont consacrés figurent par ailleurs en tête de ma liste de favoris. Or, si son interprétation de Haydn est hautement maîtrisée et offre un contrepoint saisissant aux lectures plus formellement intégrées, je n’ai pas eu l’impression qu’elle saisissait pleinement ce qu’il y a de plus remarquable dans la musique de Haydn, à savoir l’extraordinaire continuité formelle de son discours musical, même au cœur des contrastes soudains et des traits d’humour musicaux.
Traduction : Anne Marie Babkine
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