Élections générales provinciales 2018: Que proposent les partis pour les artistes?

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Par ces temps particulièrement difficiles, les artistes et les travailleurs culturels ont de grandes attentes à l’approche du prochain scrutin électoral provincial. De leur côté, les partis en lice rivalisent de propositions et d’engagements à coups de millions de dollars pour séduire les gens des arts et de la culture dont la plupart ont le sentiment d’être plus que jamais des laissés-pour-compte. Voici un aperçu des principaux engagements des quatre grands partis.

Parti Libéral du Québec: plus de 600 millions pour les arts et la culture

Dans le cadre de la politique culturelle (2018-2023) dévoilée à quelques mois des élections générales du premier octobre prochain, le parti libéral (PLQ) s’engage notamment à investir plus de 600 millions $ pour « faire rayonner la culture québécoise et protéger davantage les artistes ». Lors de l’annonce de cette politique, l’actuelle ministre de la Culture et des Communications, Marie Montpetit, s’est engagée à verser plusieurs millions de dollars à des organismes culturels et à investir 168,2 millions $ pour aider le milieu culturel dans son virage numérique. Ce montant comprend une enveloppe de 13,7 millions $ qui servira à augmenter la part de contenu francophone dans les plateformes numériques culturelles. Le PLQ s’engage également à investir 50,2 millions $ dans la Société de développement des entreprises culturelles du Québec (SODEC) et 65,5 millions $ dans le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ). L’équipe de Philippe Couillard annonce également son intention de réviser les lois sur le statut de l’artiste et la loi sur la SODEC, d’élaborer une stratégie gouvernementale en architecture et d’améliorer l’accès aux œuvres culturelles dans le milieu éducatif, de la petite enfance à l’éducation postsecondaire.

Parti Québécois: taxer les transactions en ligne au profit des créateurs
Le Parti québécois veut introduire « dans une constitution québécoise le statut du français

comme langue officielle et commune » et « dans la Charte des droits et libertés de la personne du Québec un droit de vivre et de travailler en français au Québec, de même qu’un droit à la francisation ». Le PQ propose de créer le Conseil des médias et des communications du Québec (CMCQ) qui aura pour mission de défendre la langue française dans les contenus des médias audiovisuels et électroniques et de garantir la liberté de communication en exerçant unpouvoir de régulation. Le PQ verra à assurer « que les sites de vente en ligne, comme ceux qui permettent la diffusion en continu, offrent à leurs clients au Québec des pages d’accueil spécifiques, mettant en avant au moins 70 % de créations québécoises, dont 65 % seraient francophones ». Le PQ veut soumettre les transactions en ligne à la taxe de vente du Québec au profit des créateurs. L’équipe de Jean-François Lisée s’engage, en outre, à mettre en place un régime spécifique d’indemnisation de chômage inspiré des intermittents en France et d’instaurer un filet social pour les artistes pigistes. Le parti veut procéder à l’intégration des activités de la Société de radiotélévision du Québec (ou Télé-Québec) et de la Société Radio-Canada. Et concernant la politique du livre, le PQ propose de limiter à 10 % le rabais offert sur les nouveaux livres.

Coalition Avenir Québec: défendre la culture québécoise au sein du Canada

Coalition Avenir Québec veut agir pour  « la prospérité de la nation québécoise à l’intérieur Canada, en défendant fièrement sa langue, ses valeurs et sa culture ». Parmi ses engagements, la CAQ veut renforcer le mandat de l’Office de la langue française pour coordonner un « vigoureux effort de francisation au Québec ».  Pour ce faire, cette formation propose la création d’un poste de commissaire à la langue française pour recevoir les plaintes du public et présenter des recommandations visant à assurer le statut du français comme langue commune au Québec. La CAQ affirme que pour assurer une intégration réussie des immigrants, il faut rendre la francisation obligatoire pour tout nouvel arrivant et s’assurer de l’adhésion aux valeurs communes de la société québécoise. Aussi, l’équipe de François Legault annonce sa volonté d’améliorer la reconnaissance des diplômes étrangers. « Un gouvernement de la CAQ éliminera les obstacles inutiles afin de rendre l’évaluation des compétences plus rapide et flexible », lit-on dans son programme électoral. Concernant la question du port des signes religieux, cette formation veut interdire le port de signes religieux au personnel en position d’autorité, incluant les enseignants. Aussi, elle annonce la mise en place d’une politique nationale de l’architecture et de l’aménagement. À signaler que la CAQ a choisi Manon Gauthier, l’ancienne responsable de la culture au comité exécutif de la Ville de Montréal, comme candidate à la circonscription de Maurice-Richard où elle affrontera Marie Montpetit, l’actuelle ministre de la Culture. Ce sera une lutte des plus passionnantes à suivre, étant donné l’information rapportée par les médias selon laquelle Mme Montpetit avait écarté la nomination de Mme Gauthier à titre de présidente-directrice générale de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ).

Québec Solidaire: revoir les critères du soutien financier des artistes
De son côté, Québec Solidaire s’engage notamment à revoir le système et les critères d’attribution du soutien financier aux artistes, aux collectifs d’artistes, aux organismes culturels et aux entreprises culturelles. L’équipe de Manon Massé affirme qu’elle soutiendra les arts et la culture (création et recherche) par des moyens financiers divers, comme des subventions, des bourses, des prêts, des mesures fiscales, des fonds de dotation, et exigera une reddition de comptes transparente de la part de leurs bénéficiaires, particulièrement de la part des entreprises culturelles. La formation propose la création d’une commission permanente du patrimoine bâti, naturel, mobilier, archéologique et immatériel, indépendante du gouvernement. Cette commission relèvera directement de l’Assemblée nationale et des instances désignées par les peuples autochtones pour ce qui concerne leur patrimoine. « Un gouvernement solidaire mettra sur pied un programme de financement destiné exclusivement aux artistes hors de Montréal. Ce programme, financé en récupérant une partie des montants perçus en taxe par Québec sur le commerce en ligne débutant dès 2018, serait accessible exclusivement aux manifestations culturelles hors de Montréal », lit-on dans la plateforme électorale du parti. Aussi, QS propose une politique du livre incluant une politique du prix unique pour la vente de tous les livres sur le territoire québécois. Cette mesure répond aux doléances exprimées par le monde du livre, comme le souligne l’artiste Marie-Josée Forget, candidate de Québec Solidaire dans la circonscription Anjou-Louis-Riel, en entrevue avec La Scena Musicale.

Des vertus de la participation des artistes aux élections
Cette comédienne pointe les conséquences négatives des coupes budgétaires des dernières années et dont ont beaucoup souffert des institutions et organismes culturels et artistiques. À ce propos, elle se désole de voir de nombreux travailleurs dans ces domaines essentiels à la vie sociale abandonner leur vocation et changer de métier. Cette diplômée du Conservatoire d’art dramatique de Montréal met l’accent sur la nécessité vitale de donner plus d’importance à l’art dans les programmes éducatifs et de permettre aux écoliers dès leur jeune âge d’être en contact direct avec différentes formes d’expression artistique. « C’est capital dans l’éducation à la citoyenneté positive et créative », affirme Mme Forget, soulignant l’importance d’encourager et de développer la pratique des arts amateurs, lesquels sont souvent les premières victimes des politiques d’austérité. Abordant l’évolution de la représentation des gens des arts et de la culture sur la scène politique, elle croit qu’en dépit de la grande différence entre les deux mondes, celui de la politique marqué par la partisanerie et celui des artistes, ces derniers étant habitués à travailler en collégialité et selon un esprit de concertation et de compromis, « il est indispensable d’avoir des gens du monde de la culture et des arts en politique pour porter la voix des artistes et des travailleurs culturels, connaissant parfaitement la réalité du terrain et les enjeux concrets dans ces secteurs ». Marie-Josée Forget est convaincue du fait que la présence d’artistes parmi les candidats aux élections permet aux organismes représentatifs d’avoir une voix et un poids politique. Elle espère surtout que cette présence des artistes permettra de convaincre les jeunes d’aller voter. « Ils se sentiraient ainsi mieux représentés », croit-elle.
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