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Pour plusieurs chanteurs, c’est la période la plus chargée de l’année, rythmée par les concerts de Noël, les spectacles de fin d’année et, pour certains, de nombreuses productions du Messie. Parmi les airs emblématiques de l’oratorio de Haendel pour alto, mezzo-soprano ou contre-ténor figure But who may abide, dans toute sa splendeur et ses difficultés.
Issu de la première partie, cet air alterne entre un larghetto pensif et lyrique et un prestissimo riche en coloratures. Le contraste entre ces deux sections traduit parfaitement deux effets dramatiques très différents. La version originale pour voix de basse, à la création en 1742, différait sensiblement de celle que l’on entend habituellement aujourd’hui. Les enregistrements anciens, réalisés avant l’essor de l’interprétation historiquement informée, y font souvent référence. La version ultérieure fut en réalité écrite pour une représentation à Covent Garden en 1750, pour le brillant castrat alto Gaetano Guadagni. La section rapide fut spécialement composée par Haendel pour mettre en valeur les talents du virtuose, notamment ses notes graves. Ainsi, l’air est généralement confié à une alto, bien qu’un contre-ténor soit souvent préféré de nos jours; le débat persiste cependant si on devrait l’attribuer à une basse.
But who may abide recèle de nombreux défis et pièges potentiels. Les interprètes doivent faire preuve d’une grande clarté dans leur expression, en respectant l’atmosphère propre à chaque section. La tessiture est également assez grave pour la plupart des mezzos et de nombreux contre-ténors, car même au la 440 Hz (diapason standard), il s’agit d’un véritable air de contralto. Si les coloratures exigeantes écrites pour Guadagni sont interprétées trop lentement ou avec lourdeur, elles peuvent nuire au texte et notamment à la représentation des flammes. Cependant, lorsqu’il est interprété avec justesse, l’air est véritablement captivant.
Enregistrements de choix
Contre-ténors
Lawrence Zazzo (2007), sous la direction de René Jacobs, avec le Freiburger Barockorchester et le Chœur du Clare College (Harmonia Mundi). Lorsque Lawrence Zazzo utilise exceptionnellement sa voix de corps, cela fonctionne à merveille dans la seconde partie prestissimo. Il ajoute de magnifiques ornementations qui permettent à l’air d’être la pièce maîtresse qu’elle était censée être.
Andreas Scholl (1994), sous la direction de William Christie avec Les Arts Florissants (Harmonia Mundi). Le phrasé expressif et sensible de Scholl témoigne d’un grand soin apporté à la première section grâce notamment à une ornementation simple et efficace.
Iestyn Davies (2006), sous la direction d’Edward Higginbottom avec l’Academy of Ancient Music et le Chœur du New College Oxford (Naxos). Davies, que l’on a récemment vu dans la production d’Orfeo ed Euridice de la Canadian Opera Company, dans un rôle d’ailleurs écrit à l’origine pour Guadagni, possède un timbre pur et clair particulièrement adapté à cet air.
Contraltos
Elizabeth DeShong (2016), sous la direction de sir Andrew Davis, avec l’Orchestre symphonique de Toronto et le Chœur Mendelssohn de Toronto (Chandos). La voix de DeShong est beaucoup plus chaleureuse que celle de la plupart des contre-ténors qui enregistrent habituellement cet air. Sa puissance dans les graves rend les passages rapides dramatiques et captivants.
Hilary Summers (1994), sous la direction de Stephen Cleobury, avec le Brandenburg Consort et le Chœur du King’s College (Argo). Summers allie la profondeur de timbre de l’interprétation de DeShong à la clarté et à la pureté des interprétations de contre-ténors, dans une interprétation d’une grande finesse.
Patti Austin (1992), dans Handel’s Messiah: A Soulful Celebration (Warner Alliance). Cette version, inspirée du gospel et accompagnée d’un chœur, est portée par la voix puissante et cuivrée d’Austin. Ses mélismes, bien qu’exécutés dans un style non baroque, évoquent néanmoins les ornements improvisés de la musique baroque et apportent une touche unique à ce classique.
Basses
Matthew Brook (2006), sous la direction de John Butt avec les Dunedin Consort & Players (Linn). Cet enregistrement est quelque peu différent, puisqu’il vise à recréer la version originale dublinoise du Messie de 1742. Il est fascinant d’entendre la première section, plus lente, pour basse, chantée avec lyrisme par Brook, mais on regrette l’absence de drame créé pour la version de Guadagni en 1750.
Bryn Terfel (1997), sur son album, Handel: Arias, sous la direction de sir Charles Mackerras avec le Scottish Chamber Orchestra (Deutsche Grammophon). Bien que je préfère toujours la version d’alto dans la première section de l’air, l’interprétation de Terfel exprime de façon saisissante à la fois les passages sensibles, plaintifs et plus dramatiques.
Traduction : Justin Bernard
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