Le Festival Les Saisons Russes, jusqu’au 2 juin

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Les festivals d’été se montrent déjà et les tempêtes tropicales aussi.

Le festival Les Saisons Russes qui, cette année, se déroule du 10 mai au 2 juin avait déjà connu un premier départ dans le but d’amasser des fonds pour cette 6e édition. C’est lors d’un évènement privé spécial et sur invitations, organisé en collaboration avec pianos Bolduc et Service Signature Desjardins le 18 avril dernier, qu’on dévoilait sa programmation.

Quatre concerts : le Gala d’ouverture du festival a été présenté le 10 mai ; le 23 c’était le concert d’Ilya Poletaev, récital de piano ; le 27, Musique de chambre : Sur des thèmes juifs. Il ne restera ensuite que le 2 juin, marqué par une soirée de clôture. Le thème de cette soirée : L’Âme Juive mettant en vedette Stéphane Tétreault au violoncelle, André Moisan à la clarinette klezmer ainsi que l’Ensemble Kleztory et l’Orchestre Nouvelle Génération.

Irina Krasnyanskaya, fondatrice, directrice artistique du festival et excellente pianiste, ainsi que Jean-Fabien Schneider, fondateur-directeur, excellent pianiste aussi, ont donné un ton tout particulier à ce dimanche pluvieux du 27 mai 2018. Schneider, avec une voix de narrateur rigoureux, voire sévère, comme pour ouvrir le plus possible les consciences et les esprits, y allait d’extraits de poésie avant chaque partie du concert. Il nous récitait Victor Hugo avec Lorsque l’enfant paraît, puis un autre poème de Baudelaire. Inspiré par les différents thèmes Juifs, il a terminé par ce touchant passage du poême de Yevgeni Yevtushenko Baby yar :

Je me revois antique fils d’Israël.
Errant sur cent chemins hors de l’Égypte ancienne
Jusqu’à ce lieu, à l’ombre de la croix, massacré, torturé,
Qui m’impute jusqu’aujourd’hui le stigmate des clous sanglants.

Je me sens transformé en l’âme de Dreyfus le proscrit. (1)
Les Philistins m’ont trompé, ils osent encore me juger.
Ils m’ont piégé, encagé. Sans cesse soupçonné, emprisonné,
Ils me persécutent, crachent sur moi, me calomnient, tandis que
Les gracieuses poupées dans leurs atours en dentelles frétillent
En m’injuriant, pointant sur mon visage le poignard de leurs ombrelles
[]

[] Il me semble que je suis moi-même devenu Anna Frank,
Tout aussi transparent, tel le plus fin rameau d’Avril,
En moi revit l’amour, toute autre phrase resterait vaine,
Échangeons seulement nos regards, les yeux dans les yeux.
Il y a si peu à voir, et si peu même à sentir !
Interdits nous sont les feuillages, défendu de regarder le ciel,
Seul nous est-il permis, dans notre cache obscure,
Très tendrement, d’échanger nos baisers.

[lien : https://www.youtube.com/watch?v=rJEGrgdGzPE ]

Ce fut un moment de recueillement peu commun, suivi d’une surenchère émotive avec un vibrant Boris Pigovat : Sonate pour alto et piano.

Tout au long de ce concert intime avec à peine plus d’une centaine de places disponibles, Elvira Misbakhova donnit à son alto une expression telle un besoin urgent de vivre. Le duo Krasnyanskaya – Misbakhova nous avaient offert auparavant, avec tout autant d’expression dans les interprétations, la Sonate pour piano et alto de Mikhail Glinka ainsi que quatre pièces de Roméo et Juliette pour alto et piano de Serge Prokofiev. Le tout s’est terminé sur un air plaçant sûrement certains d’entre-nous – certains témoins de ce passé troublant et autres auditeurs – à cheval entre la joie et le mystère. Comme dans le vrai, comme dans la réalité, la puissance de la lumière du soleil et des astres arrivant toujours à franchir les ténèbres sans qu’on ne sache trop comment. Ce finale donnait tout son sens à la thématique du moment : « Musique de chambre sur des thèmes juifs ».

Sur un fond de souvenirs de guerres et d’après-guerres qu’on voudrait oublier mais qui demeurent et perdurent, L’Ouverture sur des thèmes juifs de Serge Prokofiev a été interprété avec brio par le Quatuor Turovsky, composé de Natalia Kononova et Gregor Monlun, aux violons, Elvira Misbakhova, à l’alto, et Kateryna Bragina, au violoncelle. Au quatuor s’est ajouté Airat Ichmouratov, clarinettiste, et Jean-Fabien Schneider s’était chargé de la partition piano. C’était déjà la fin de cet avant dernier concert du festival. Il ne reste qu’un évènement aux Saisons Russes. Et non des moindres : le festival nous offrira sa soirée de clôture ce samedi 2 juin à la salle Claude-Champagne.

Promesse d’un grand concert.

Connaissant l’ONG, sa direction et celle des Saisons Russes, il n’y a aucun doute sur la qualité et l’excellence que promet ce gala de fermeture de festival. Avant de nous faire atterrir, ils nous feront planer sur une multitude d’envolées de cordes liées à des cerfs-volants invisibles, tout en demeurant dans à une vitesse de vents agréable. Aucune tempête en vue pour le 2 juin. Que des musiciens virtuoses bien amarrés pour le repos des cœurs des spectateurs.

Repos des cœurs, avec autant d’émotions ? … Façon de penser, façon d’écrire.

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A propos de l'auteur

Musicien-Gestionnaire, Gestionnaire-Musicien, selon les besoins.

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