Hockey Noir: Dire à haute voix avec un accent anglais : ’’Plus Montreal then that et t’é mowre’’.

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C’est un trentième anniversaire de toute beauté que s’offre l’ECM+.

Entre ‘’Hilarious – graphic – drama – multimedia – Opera’’ ou ‘’Opéra – graphique –hallucinant – multi – médiatiquement – bi et tridimensionnel’’, à vous de voir.

Cecil Castelluci fait un usage génial de joual et de franglais. Des expressions prenantes qui ne peuvent faire autrement que de nous transporter dans des souvenirs amusants tout autant que déroutants, très voisins de la vie des Montréalais des années cinquante.

L’orgue, pareil à ceux qu’on retrouvait dans les foyers, les groupes et les églises, qui se déplaçait dans les arénas : Farfisa, Hammond et autres avec amplificateurs Leslie; André Ristic utilise à profusion, comme dans le réel, l’instrument en trame de fond. S’ajoutent à l’ambiance des notes stridentes de l’animation musicale deux formations. Elles divisent six musiciens dont deux violons, un alto, un violoncelle, un piano et le percussionniste en deux : coéquipiers et adversaires. C’est Montréal contre Toronto. L’ensemble donne une structure dramatiquement identitaire à la glace, à la bande, aux coins et à l’enclave, sur et autour desquels les joueurs vedettes se passent ou se bataillent la rondelle… euh ‘’la Puck’’.

La composition liée au livret, évolue autour d’un manège de bandes dessinées, figé ou minutieusement animé, projetées sur un écran en forme de H et nous transportent dans les coulisses noires des bandes dessinées inspirées des allégations des conspirations mafieuses de l’époque La coordination, la synchronisation des entrées en scène des personnages articulés qui succèdent aux dessins, comme des marionnettes ficelées et pourtant bien en vie, est remarquable.

Du fait de l’éveil d’une suspicion contrastant avec des nuances de rêveries individuelles plus ou moins légitimes, le jeu de chacun obligera à mettre en place une enquête bizarrement approfondie. Une parodie qui s’apparente presqu’à un trip d’acide hilarant, qui peut très bien s’inspirer du monde réel de ces années.

Pierre-Étienne Bergeron, baryton et mafioso ; Marie-Anick Béliveau, mezzo et femme fatale traitresse ; Pascale Beaudin, soprano et joueur vedette travesti ; Michiel Schrey, ténor et vétéran courbaturé au un cœur encore vigoureux, sans oublier Jean Marchand, détective occulte d’une voix hors champ, tous sont à la hauteur.

Impossible de passer sous silence l’imagination de cette équipe à la scénarisation. Marie-Josée Chartier, mise en scène et scénarimage ; Kimberly Porter, illustration ; Serge Maheu, design de projection ; Cheryl Lalonde, scénographie et costumes ; Martin Sirois, éclairagiste ; si je les nomme c’est qu’ils ont tous un rôle comme gérants, adjoints et coachs.

Et Véronique Lacroix dans tout ça ? Costumée d’un chandail d’arbitre, elle conduit l’ensemble avec une approche juste et éclairée, sans aucune décision préférentielle ou suspecte, à un niveau professionnel exemplaire rarement observé dans des séries éliminatoires. ‘’Montréal a une cinquième saison. C’est le hockey’’.

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A propos de l'auteur

Musicien-Gestionnaire, Gestionnaire-Musicien, selon les besoins.

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