Thierry Escaich, vampirique à souhait

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La Maison symphonique s’est mise aux couleurs de l’Halloween pour accueillir hier soir l’organiste Thierry Escaich, qui signait la trame sonore improvisée du film Nosferatu de Murnau. Le terrifiant vampire s’est fait voler la vedette par l’organiste, qui s’est livré à un véritable marathon de virtuosité. Présence, puissance et intensité ont peuplé ces 90 minutes sans interruption, pendant lesquelles Escaich a pu nous montrer l’étendue de son art et de son imagination.

Le film a failli disparaître après qu’une cour a ordonné la destruction des bobines pour vol de propriété intellectuelle. Nosferatu est en effet une adaptation sans autorisation du roman Dracula de Bram Stoker.

Sorti en mars 1922, Nosferatu, une symphonie de l’horreur est un film expressionniste allemand. Sortant du cadre habituel des décors de studio aux traits obliques et acérés, que l’on retrouve notamment dans L’étudiant de Prague (Stellan Rye, Paul Wegener) ou Le cabinet du docteur Caligari (Robert Wiene), Murnau peint sa vampirique tragédie dans des décors extérieurs, château-fort, paysages montagneux, rues et quais, un des traits qui marquera longuement l’imaginaire du genre. Le film repose sur un contraste constant entre lumière et obscurité : l’aura divine et salvatrice s’oppose aux enchantements diaboliques, les décors naturels aux ambiances claustrophobiques, la médecine naturelle inspirée de Paracelse à l’épidémie morbide associant rats et vampires etc.

Cette opposition est marquée dans le jeu à l’orgue de Thierry Escaich, qui crée tantôt des ambiances dramatiques, inquiétantes et lourdes, tantôt des atmosphères légères, aériennes, venteuses. À travers un jeu très fourni du début à la fin, il se promène avec une habileté déconcertante entre les claviers et les registres, jouant par moments une mélodie dans chaque main, soutenu par un jeu au pédalier, tandis que le pied restant prépare la prochaine combinaison de registrations.

Grand Orgue Pierre-Béique

Variant les ambiances, du caractère dansant populaire aux ostinatos hypnotiques, des passages à la Jerry Goldsmith dans Alien aux rugissements sépulcraux, ponctués de silences rares mais très efficaces, Escaich tire profit des multiples possibilités du Grand Orgue Pierre-Béique en donnant à entendre une démonstration qui nous fait presque oublier le film de Murnau.

Thierry Escaich a confirmé sa réputation d’organiste hors pair lors de cette soirée qui tenait plus du récital virtuose que d’un accompagnement de film muet. À l’avenir, on aimerait découvrir l’œuvre du compositeur, qui connaît une carrière prolifique partout en Europe. Les réjouissances d’Halloween se poursuivent ce soir et demain avec l’OSM, le chef François-Xavier Roth et le pianiste français Bertrand Chamayou. www.osm.ca

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A propos de l'auteur

Benjamin Goron est écrivain, musicologue et critique musical. Titulaire d’un baccalauréat en littérature et d’une maîtrise en musicologie de l’Université Paris-Sorbonne, il a collaboré à plusieurs périodiques et radios en tant que chercheur et critique musical (L’Éducation musicale, Camuz, Radio Ville-Marie, SortiesJazzNights, L'Opéra, revue québécoise d'art lyrique). Pianiste et trompettiste de formation, il allie musique et littérature dans une double mission de créateur et de passeur de mémoire.

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