Octuor de Schubert : les Solistes de l’OSM récidivent

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Suite logique au Septuor de Beethoven, les Solistes de l’OSM sous la direction artistique d’Andrew Wan ont gravé sur leur deuxième album paru chez Analekta l’Octuor de Schubert, dont la filiation avec l’œuvre de Beethoven est évidente. L’Octuor est une commande du comte Ferdinand Troyer, lui-même clarinettiste, destinée à être jouée lors des soirées musicales que le comte organisait chez lui. Schubert la compose rapidement en février 1824, alors qu’il vit des moments difficiles, se sachant atteint par la maladie et voyant le cercle de ses amis viennois s’amoindrir à cause de nombreux départs.

L’Octuor en fa majeur ne sera publié sous sa forme complète qu’en 1875, soit 47 ans après la mort du compositeur. Il contient six mouvements aux couleurs et aux univers bien marqués. Si le premier et le dernier sont assez sombres et mouvementés, le reste oscille entre grâce, tendresse, gaieté et mélancolie.

L’écriture marque une opposition entre les cordes et les vents, et la majeure partie des thèmes et passages solistes est confiée aux registres aigus, violons et clarinette. Dans le rang des cordes, on retrouve, du plus aigu au plus grave, Andrew Wan, Olivier Thouin, Victor Fournelle-Blain, Brian Manker et Ali Kian Yazdanfar. Côté vents, Todd Cope, Stéphane Lévesque et John Zirbel.

Individuellement parlant, les Solistes de l’OSM offrent des performances sans accroc, des dialogues animés et l’on ne perd jamais de vue l’un d’entre eux dans les conversations à plusieurs, ce qui donne un rendu très efficace du relief de l’écriture de Schubert. Le jeu collectif est très cohésif, le son est ample, rond, plein, il projette beaucoup. En contrepartie, il perd une partie de cet « esprit de salon » dans lequel l’octuor a été composé. L’amplitude du son donne une certaine lourdeur au discours, appréciable dans le dernier mouvement, pesant et dramatique, moins dans le menuet ou l’allegro, qui révèlent volontiers leurs couleurs dans des interprétations aux dynamiques plus contrastantes, aux fins de phrases plus souples et avec un son d’ensemble plus aéré et élastique. La version parue chez Onyx avec le Mullova Ensemble en est un exemple saisissant.

Quoi qu’il en soit, cet enregistrement de l’Octuor de Schubert est une belle réussite, tout comme le précédent album. Il confirme la grande qualité des Solistes de l’OSM et permet en outre de découvrir un répertoire de chambre assez peu joué dans nos contrées. www.osm.ca

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A propos de l'auteur

Benjamin Goron est écrivain, musicologue et critique musical. Titulaire d’un baccalauréat en littérature et d’une maîtrise en musicologie de l’Université Paris-Sorbonne, il a collaboré à plusieurs périodiques et radios en tant que chercheur et critique musical (L’Éducation musicale, Camuz, Radio Ville-Marie, SortiesJazzNights, L'Opéra, revue québécoise d'art lyrique). Pianiste et trompettiste de formation, il allie musique et littérature dans une double mission de créateur et de passeur de mémoire.

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