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Fin novembre, l’ensemble Les Idées heureuses convie à Montréal un invité de marque, le chef d’orchestre et historien du baroque Hervé Niquet. Dans une formule « deux en un » aussi raffinée qu’un plat de haute cuisine, on pourra admirer le chef dans deux rendez-vous autour du thème de la table, véritable festin sonore. Le projet s’articule autour du tricentenaire de Michel Richard de Lalande et de ses célèbres Symphonies pour les soupers du Roy, œuvres instrumentales composées pour agrémenter les dîners royaux à la cour de Louis XIV. Tour à tour, un événement-bénéfice puis un concert ludique et théâtral mettront à l’honneur les talents de chef d’Hervé Niquet : chef d’orchestre, mais aussi chef cuisinier !
Chef d’orchestre, claveciniste, ténor, chercheur et parfois comédien, Hervé Niquet incarne l’esprit baroque dans ce qu’il a de plus vivant : un savant mélange de rigueur, d’audace et d’humour. Fondateur en 1987 du Concert Spirituel, ensemble devenu une référence mondiale pour la redécouverte du répertoire français des XVIIe et XVIIIe siècles, il a fait du « goût français » un art d’interprétation et de liberté. Chez lui, la musique est un théâtre, un festin d’émotions où tout – rythme, texte, couleur – doit chanter avec sincérité et panache. Hervé Niquet s’est très tôt distingué par son tempérament iconoclaste : là où d’autres cultivent la révérence, lui cultive la vitalité. Ses enregistrements, de Lully à Boismortier, de Campra à Purcell, se caractérisent par une énergie jubilatoire et une attention quasi gustative au détail sonore. Il revendique d’ailleurs une approche « culinaire » de la musique : équilibrer, assaisonner, goûter, sans jamais la figer dans le musée du passé. À l’occasion de leur première collaboration avec le chef français, Les Idées heureuses et leur directrice artistique Dorothéa Ventura ont décidé de frapper fort avec un menu en deux temps aussi unique que palpitant.
Le premier temps fort se déroule le 19 novembre, avec le souper-bénéfice des Idées heureuses dans la belle demeure de la maison Louis-Joseph Forget à Montréal – salon, salle à manger, ambiance XVIIIe, un décor propice à mettre le quotidien sous cloche et à savourer l’instant. Les 25 convives auront la chance unique de voir Hervé Niquet troquer la baguette pour la marmite : le chef prépare lui-même le repas tandis que des intermèdes musicaux sont assurés par la soprano Catherine St-Arnaud, le violoniste Olivier Brault et la claveciniste Dorothéa Ventura. Bien loin de l’artifice, c’est l’occasion de revivre l’esprit de la France du Grand Siècle. L’historien Emmanuel Nivon propose un éclairage sur la culture matérielle de la Nouvelle-France, offrant au dîner une dimension patrimoniale. Costumes d’époque, instruments anciens, badineries autour des assiettes, tout concourt à faire vivre un morceau d’histoire dans un décor saisissant.
Le second moment, qui couronne l’expérience, est un concert-spectacle le 25 novembre réunissant 17 musiciens – dont deux hautboïstes du Concert spirituel – en plus de Niquet et du comédien et metteur en scène Jean-Philippe Desrousseaux. Les Symphonies pour les soupers du Roy de Lalande ne sont pas de simples suites instrumentales : elles constituent un véritable menu sonore où les flûtes, hautbois et cordes se succèdent comme entrées, plats et desserts orchestraux. Le public est invité à vivre une répétition chez le compositeur la veille d’un concert à la cour de Louis XIV : conversations feintes, échanges entre le chef Lalande (Niquet) et son cuisinier (Desrousseaux) qui lui apporte le repas, arrivée de la poste qui rapporte nouvelles et ragots… de quoi sentir le murmure d’une époque et le frémissement d’un divertissement de cour qui ne manquera pas d’une bonne dose d’humour.
Outre ces deux événements, Hervé Niquet offrira un cours de maître au Faculté de musique ancienne de l’École Schulich de l’Université McGill, partageant son savoir sur la musique française des XVIIe et XVIIIe siècles et contribuant à transmettre aux jeunes musiciens l’art de « bien goûter » ces répertoires. Cette triple association – concert, repas, enseignement – donne à la venue du chef français un relief exceptionnel.
« La plupart des hommes ont, comme les plantes, des propriétés cachées que le hasard fait découvrir », peut-on lire dans les Maximes de La Rochefoucauld. Le hasard des Idées heureuses fait décidément bien les choses en dressant la table pour accueillir un chef poursuivant sa voie hors des sentiers battus, avec une authenticité, une rigueur et un grain de folie absolument rafraîchissants. Au-dessus de toutes les partitions, de toutes les fourchettes, l’idée est simple : faire rimer musique et gastronomie, tradition et invention, rigueur historique et joie partagée. Vous êtes maintenant conviés à savourer, à écouter, à vivre pleinement cette occasion unique !
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