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Guidée par une idée aussi simple qu’inépuisable, l’art d’imiter, La Nef propose un fascinant voyage musical à travers les siècles. Du Moyen Âge à la création contemporaine, Jeux d’imitation met en lumière la permanence et la richesse de ces procédés qui n’ont jamais cessé d’inspirer les compositeurs.

Vincent Lauzer
Photo : Emmanuel Crombez
À l’origine du projet, un concept ancien et pourtant étonnamment moderne : le gymel (du latin cantus gemellus, « chant jumeau »). Comme l’explique Vincent Lauzer, directeur musical et flûtiste du programme, « pour ce projet, le point de départ a été le gymel médiéval, une forme d’écriture et d’improvisation qui cherche à briser la monotonie de la mélodie en élargissant les textures sonores ». Concrètement, il s’agit de dédoubler une ligne musicale en deux voix proches, créant un jeu d’écho et d’enrichissement harmonique. Cette pratique, souvent improvisée à l’époque, ouvre ici le concert avec des chansons comme Belle qui tiens ma vie, revisitées en tutti vocal et instrumental.
Ce goût du dialogue musical se prolonge dans les duos de violes de gambe de Thomas Morley ou encore dans Ah Robyn, Gentle Robyn de William Cornish. Plus tard, l’imitation se fait descriptive et évocatrice : chants d’oiseaux chez William Williams ou encore chez François Couperin et Louis-Claude Daquin avec leurs célèbres pièces autour du coucou. Le parcours se poursuit jusqu’à des œuvres contemporaines, où l’imitation devient matière à expérimentation sonore. Ole Buck repense le gymel pour flûte à bec et piano jouet, tandis que John Cage explore les timbres singuliers de cet instrument miniature. Matthias Maute ainsi que Steve Reich illustrent enfin une écriture extrêmement précise, presque mathématique, où répétition et décalage produisent une complexité hypnotique.
Cette progression du concert, de l’improvisation vers une écriture très construite, constitue l’un de ses fils conducteurs. « Dans le répertoire plus ancien, qui est moins écrit, nous allons nous laisser de l’espace pour jouer plus librement », précise Lauzer, soulignant l’importance du travail collectif et du temps de répétition pour nourrir cette liberté. Porté par des musiciens polyvalents (Vincent Lauzer, Dorothéa Ventura, Alice Boissinot Guastavino, Marie-Laurence Primeau, Pierre-André Doucet), capables de passer d’un instrument à l’autre, Jeux d’imitation révèle toute la richesse d’un principe universel. « En entendant le concert, j’aimerais que les gens réalisent la polyvalence et la complexité d’un concept qui, de prime abord, paraît simple », conclut-il. Une invitation à découvrir sous un jour nouveau, le 21 avril prochain, l’infinie inventivité de la musique dans un lieu tout aussi nouveau, le Centre Sanaaq de Montréal, qui a ouvert ses portes au printemps 2025.
La Nef, Jeux d’imitation, jeux de miroirs, Centre Sanaaq, 21 avril. www.la-nef.com
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