L’Orchestre Philharmonique du Québec (OPQ) présentait, le 4 décembre dernier à 19 h 30, son concert de Noël au Théâtre de la ville, à Longueuil. La soirée proposait un programme à la fois classique et populaire, articulé autour d’extraits de Roméo et Juliette, du Lac des cygnes et de Casse-Noisette de Tchaïkovski, ainsi que d’une sélection de chants traditionnels tels que L’Ave Maria, Minuit chrétien et Petit papa Noël.
Le type d’architecture de la Salle Pratt & Whitney Canada, une salle polyvalente, impose des contraintes acoustiques qui ne favorisent pas naturellement la diffusion d’un orchestre complet. La sonorisation intégrale du concert répondait à cette réalité structurelle. Dans ce contexte, l’amplification n’était pas un choix esthétique mais une solution technique qui assurait clarté et lisibilité. Elle a permis une bonne définition des lignes orchestrales et une présence sonore équilibrée.

Orchestre Philharmonique du Québec dirigé par Alexandre Da Costa
Photo : Patrick Boucher
Je n’étais pas retourné à un concert de l’OPQ depuis plusieurs saisons. Entre temps, le directeur artistique Alexandre Da Costa a consolidé une identité sonore qui lui est propre. La cohésion entre les pupitres et la qualité du geste collectif témoignent d’un ensemble qui a mûri et qui s’inscrit aujourd’hui de manière stable dans son paysage régional. Le concert de Noël, par nature plus convivial que solennel, offrait une fenêtre éclairante sur cette évolution.
La présence de Jeannick Fournier, gagnante de Canada’s Got Talent en 2022, apportait une dimension vocale marquante à la soirée. Après la représentation, elle exprimait encore l’intensité du moment : « Je suis encore un peu flabbergastée… pleine d’émotions, remplie d’une émotion de satisfaction. Jouer avec tant de musiciens, c’est un cadeau du ciel. »
Sa collaboration avec Alexandre Da Costa remonte à un hommage à Céline Dion présenté à la Maison symphonique, suivi de projets à Québec et à Montréal. Elle en parle aujourd’hui avec simplicité : « Alexandre est un ami maintenant… Il touche le public dans sa façon d’animer. »
Un moment particulièrement significatif fut l’interprétation de Petit papa Noël avec ses deux enfants, tous deux porteurs de trisomie 21. Ce passage, devant une salle comble, traduisait parfaitement l’esprit d’un concert conçu pour une communauté élargie, où les notions de famille, d’inclusion et de partage trouvent naturellement leur place.

Jeanick Fournier et ses invités avec l’OPQ
Photo : Patrick Boucher
En fin de soirée, Mme Fournier a interprété I Surrender, chanson de Louis Biancaniello et Sam Watters rendue célèbre par Céline Dion et devenue l’un de ses emblèmes depuis Canada’s Got Talent. Cette pièce, qui « lui a valu le Golden Buzzer en 2022 », demeure profondément liée à son identité artistique. Ce soir-là, elle y a livré son moment vocal le plus affirmé, laissant entendre à la fois l’influence assumée de Céline.
À propos de cette version orchestrale, elle confiait : « J’étais transportée… concentrée sur l’opportunité d’être avec ces 52 musiciens. » Dans l’échange qui a suivi, la conversation a bifurqué sur celle qui est une figure marquante de son parcours et une référence en termes d’esthétique vocale.
Avec franchise, elle évoquait la situation actuelle de la chanteuse : « Je pense que son corps lui a parlé… c’est le temps qu’elle profite pour se reposer, qu’elle profite de sa vie et de ses enfants. » Elle ajoutait aussi combien l’idée de perdre sa propre voix la bouleverserait : « Si demain matin je ne suis plus capable d’utiliser mes cordes vocales, je capote. »

Jeanick Fournier avec l’OPQ
Photo : Patrick Boucher
Au-delà de l’évènement immédiat, cette soirée permettait aussi de situer l’OPQ dans son développement institutionnel. L’orchestre avait amorcé, il y a environ deux ans, un réalignement stratégique visant à renforcer sa présence régionale plutôt qu’à multiplier ses initiatives nationales.
Cette décision, déjà en place avant ce concert, trouve une confirmation tangible dans la réponse du public. La Montérégie démontre un réel intérêt pour une offre symphonique stable, régulière et accessible. Dans un écosystème culturel où Montréal concentre une part importante des institutions, ce concert rappelle la pertinence, et la nécessité, d’un soutien accru aux ensembles implantés en région.
Le programme distribuait enfin de l’information sur les activités à venir. Le 15 février 2026, l’OPQ présentera De Debussy à Piaf à l’Église Sainte-Famille de Boucherville, réunissant un quatuor à cordes et une harpe. Le 15 mars 2026, l’orchestre offrira La 9e de Beethoven : De Ludwig à Charlebois sous la direction d’Alexandre Da Costa au Centre multifonctionnel Francine-Gadbois. Ces projets confirment la volonté de conjuguer répertoire classique, musique populaire et identité culturelle québécoise pour rejoindre un large public.
