Les Vulnérables ou la poésie au théâtre

0

Les Vulnérables est une réflexion poétique – et politique – sur la fragilité du théâtre et celle de ses artisans. Un joli conte théâtral, touchant, sur la rencontre, l’amitié et la transmission. À voir à Fred-Barry jusqu’au 28 mars.

Les conteurs Ju (Julie Vincent) et Vic (Víctor Cuéllar) racontent l’histoire d’Emilio, un jeune artiste argentin qui se décide à placer sa mère en résidence spécialisée, puisque qu’elle perd la mémoire. Avant de le voir partir, elle lui enjoint de retrouver une certaine Estelle Béliveau, à Montréal. Emilio entame alors un voyage initiatique qui le mène de Buenos Aires à la métropole québécoise. Il rencontre l’ancienne étoile de cabaret devenue directrice du Refuge des Vieux Comédiens et découvre enfin la vérité sur son père.

Víctor Cuéllar et Julie Vincent personnifient notamment des conteurs. Crédit photo : Olivier Hardy

Julie Vincent personnifie notamment une ancienne étoile de cabaret. Crédit photo : Olivier Hardy

Le texte, écrit par Julie Vincent et mis en scène par Ximena Ferrer, emprunte au cabaret berlinois, au cirque, au polar et à ce qui pourrait relever du « réalisme poétique ». Sur scène, le quotidien des comédiens désargentés et la poésie cohabitent en effet naturellement (Scénographie et accessoires : Michèle Laliberté, qui co-signe aussi, avec Julie Vincent l’idéation du spectacle).

Les Vulnérables est un projet très ambitieux. La pièce questionne la mémoire collective et la transmission, des thèmes chers à Julie Vincent, qu’elle aborde par l’entremise du personnage d’une comédienne vieillissante en charge du Refuge des Vieux Comédiens mais aussi de l’écriture de Claude Gauvreau, évoquée à plusieurs reprises dans le texte. La vulnérabilité, que ce soit celle des comédiens ou du nouvel arrivant, est, bien entendu, centrale.

Víctor Cuéllar joue un Emilio  très convaincant. Crédit photo : Olivier Hardy

Víctor Cuéllar joue un Emilio  très convaincant. Crédit photo : Olivier Hardy

La violence plane sur ce texte, qu’elle soit politique, économique ou familiale. L’histoire gagnerait cependant certainement à être un peu élaguée. L’abondance de ramifications n’empêche néanmoins pas  le « courageux spectateur » comme l’interpelle Julie Vincent, qui rompt à plusieurs reprises le quatrième mur, de suivre et d’apprécier le récit.

À la fin du spectacleJulie Vincent confie aux spectateurs qu’elle a financièrement beaucoup investi pour mener à bien Les Vulnérables. Singulier Pluriel, la compagnie qu’elle a fondée en 2000 et qu’elle dirige aujourd’hui avec Ximena Ferrer, a en effet appris très tard que la dixième production de la compagnie ne bénéficierait d’aucune subvention. Le propos porté par Les vulnérables devient alors terriblement réel.

Guillaume Champoux endosse plusieurs personnages. Crédit photo : Olivier Hardy

Guillaume Champoux endosse plusieurs personnages. Crédit photo : Olivier Hardy

Les Vulnérables est à voir pour sa poésie, son esthétique, Julie Vincent et Víctor Cuéllar qui sont parfaits sur scène. Il faut aussi souligner la présence de Guillaume Champoux, qui incarne avec conviction de nombreux personnages. À Fred-Barry jusqu’au 28 mars.

Partager:

A propos de l'auteur

Les commentaires sont fermés.