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Sankofa fait référence à un oiseau mythique omniprésent dans la culture ouest-africaine, généralement représenté avec les pattes pointées vers l’avant et la tête penchée vers l’arrière. En twi, langue du Ghana, le mot lui-même se traduit le mieux par « retourner chercher ce qui a été oublié » – un symbole qui résonne particulièrement auprès des communautés noires qui se réapproprient leur héritage et le savoir d’une époque où elles étaient considérées comme inférieures.
Sankofa, The Soldier’s Tale Retold, le nouvel album d’Andrew Burashko et de l’Art of Time Ensemble, sorti chez Leaf Music, raconte l’histoire d’un homme noir qui s’est enrôlé dans l’armée canadienne pendant la Première Guerre mondiale. Comme beaucoup de soldats noirs, il a été affecté dans le 2e Bataillon de construction, où il a été contraint d’effectuer des travaux exténuants, tout en étant subissant une discrimination et un racisme importants, malgré son rôle essentiel et non combattant.
Le texte est signé Titilope Sonuga, poète d’origine nigériane installée à Edmonton, qui revisite avec un regard neuf L’histoire du soldat de Stravinsky. Burashko confie que l’œuvre originale l’a marqué pendant de nombreuses années. « Depuis que je l’ai entendue pour la première fois lorsque j’étais étudiant, elle est devenue une véritable obsession, car c’est l’une des plus grandes – si ce n’est la plus grande – fantaisies musicales que je connaisse. C’est une œuvre à la fois exubérante et d’une grande complexité. »
Il y a treize ans, Burashko, fondateur de l’ensemble The Art of Time en 1998, découvrit l’existence d’une autre version écrite par l’écrivain américain Kurt Vonnegut, alors prisonnier de guerre et rescapé du bombardement de Dresde pendant la Seconde Guerre mondiale. Cette découverte l’inspira à repenser l’œuvre.
« Franchement, confie-t-il, je n’ai jamais aimé l’histoire originale. Je l’ai toujours trouvée faible, décousue et alambiquée. Rares sont les œuvres classiques qui abordent des questions sociales ou politiques. Je ne crois pas que la politique ait sa place en musique, mais c’était pour moi une façon de me réapproprier cette œuvre centenaire et de lui insuffler une nouvelle vie, un nouveau sens. Il m’a fallu du temps pour trouver le bon écrivain. Les seules conditions que j’ai posées étaient que le texte rime comme l’original, qu’il mette en scène les trois mêmes personnages (le diable, le soldat, le narrateur) et qu’il respecte la structure originale. »
Conformément à ces exigences, Sonuga imagina que le soldat ne vendrait pas son violon au diable en échange de richesses, mais que celui-ci le lui offrirait plutôt pour permettre au soldat de servir dans l’armée des Blancs, contre toute attente.
Bien que la musique originale reste inchangée, la succession Stravinsky n’a pas approuvé cette adaptation, limitant ainsi sa distribution aux deux seuls pays où L’histoire du soldat est dans le domaine public, à savoir le Canada et le Japon, ce qui en fait un véritable trésor rare.
Sankofa, The Soldier’s Tale Retold est disponible chez Leaf Music. www.leaf.music
Traduction : Mick Guttman
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