Musiques et cinéma : Du nouveau à La Scena

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En ce mois de novembre 2025, La Scena Musicale inaugure une nouvelle page consacrée à la musique et au cinéma. Cette chronique mensuelle couvrira une variété de sujets : chefs-d’œuvre du 7e art, films de répertoire, sorties récentes ou à venir, articles de fond sur le rapport du son à l’image, musiques de film, films qui abordent un thème musical, sans oublier la télévision et la production vidéo.

« Sans la musique, la vie serait une erreur », disait Nietzsche. L’action d’un film, elle aussi, serait impensable sans bande sonore. Les images ne prennent véritablement un sens qu’en présence d’une musique qui donne le ton, prépare le terrain et rythme la scène. L’absence de musique se fait d’autant plus sentir qu’elle laisse un vide cruel à l’écran et suggère, à sa manière, une émotion prête à exploser. Or, la vocation du cinéma consiste précisément à faire vivre une émotion au spectateur. La musique, mise dans ce contexte, devient alors sa plus grande et plus précieuse alliée.

Ennio Morricone, John Williams, Howard Shore, Hans Zimmer… toutes ces figures emblématiques du milieu, associées à des bandes originales cultes, se sont grandement inspirées de leurs aînés pour donner aux images un souffle épique. Et quoi de mieux qu’un orchestre pour donner vie à ces scènes plus grandes que nature ! Le London Symphony Orchestra, par exemple, a collaboré avec John Williams sur La guerre des étoiles, Indiana Jones ou, plus récemment, Harry Potter.

Les ciné-concerts

Au Canada et partout dans le monde, on voit de plus en plus d’organisations s’ouvrir à ce répertoire longtemps considéré comme populaire (comprenez : moins respectable que le classique). Les productions Attila Glatz s’en sont même fait une spécialité. Ils présentent des diffusions de films célèbres en remplaçant la musique enregistrée par de la musique jouée en direct depuis la scène, avec toute la synchronicité qui s’impose. L’expérience n’est pas si différente de celle des films muets que les spectateurs allaient voir pour la première fois dans les années 1920, un pianiste en chair et en os jouant sur son clavier au rythme de l’action. Ce sujet, à lui seul, mériterait certainement une chronique…

Aujourd’hui, c’est plutôt avec un orchestre et dans un grand auditorium que ce genre d’événements a lieu. On appelle cela des ciné-concerts et, d’évidence, la formule a connu le succès! Cette saison, Attila Glatz prévoit une série à la grandeur du Canada, de Toronto à Calgary et de Montréal à Edmonton en passant par Kitchener. Au regard de la programmation dominée par les films Disney et d’animation (Hocus Pocus, The Muppet Christmas Carol, How to Train Your Dragon), on constate que les producteurs ciblent les familles et particulièrement le jeune public. Parallèlement, à Montréal, l’Orchestre FILM-harmonique, sous la direction de Francis Choinière, poursuit sa mission de rendre accessibles à son public les plus belles partitions cinématographiques. Pas moins de quatre ciné-concerts prendront place à la salle Wilfrid-Pelletier, incluant Les choristes (6 et 7 décembre), le deuxième volet du Seigneur des Anneaux (9, 10 et 11 janvier) et le premier volet de la trilogie originale de La guerre des étoiles (10 et 11 avril).

Du côté de l’Orchestre symphonique de Montréal aussi, une série de ciné-concerts dans le cadre de sa saison régulière a vu le jour. Prochain événement, le 19 novembre, avec 2001: L’odyssée de l’espace de Kubrick, un film pionnier dans son utilisation de musiques préexistantes, issues du répertoire tantôt classique, tantôt contemporain. Présenté en association avec Warner Bros. Discovery, Southbank Centre London et le British Film Institute, ce concert illustre clairement l’ambition de l’OSM. Loin des mégaproductions américaines, il s’agit de miser sur la qualité intrinsèque des œuvres cinématographiques et musicales, comme en témoigne encore Le violon rouge de François Girard, projeté la saison dernière, sur la musique de John Corigliano.

En comparaison, le Toronto Symphony Orchestra mise sur le divertissement et préfère s’adresser avant tout aux familles. Au programme, E.T. de Steven Spielberg (7 et 8 novembre), Merry Murdock Mysteries (2 décembre), Maman, j’ai raté l’avion (4 et 7 décembre) et La Princesse Bouton d’Or (13 et 14 février). L’approche du TSO s’inscrit dans la lignée des concerts Glatz, dont le succès a été maintes fois éprouvé. Entre les deux orchestres canadiens, toutefois, c’est à l’OSM que l’on doit l’audace de présenter des films aussi mémorables que les musiques qui leur sont associées.

Compositeurs et personnages à l’écran

Si le son orchestral est particulièrement recherché par les réalisateurs, notamment dans le genre de l’épopée et de la science-fiction, on remarque que les compositeurs classiques ont aussi été pour eux des sources d’inspiration. Si Alain Corneau a grandement contribué à remettre au goût du jour Marais et Sainte-Colombe, grâce à Tous les matins du monde, c’est peut-être Amadeus de Forman, amplifié à l’écran par des extraits d’œuvres poignantes de Mozart, qui vient d’abord à l’esprit de nombreux amateurs. Ce film de 1984, de la pièce éponyme de Peter Shaffer, continue de faire parler aujourd’hui. En effet, la chaîne britannique Sky a annoncé une nouvelle série télé qui sera diffusée à partir du mois de décembre. Elle racontera la vie du compositeur et sa rivalité supposée contre Antonio Salieri. Pour rappel, Beethoven avait eu droit à sa propre série britannique en 2005, récompensé d’une nomination aux prix BAFTA. Sujet à explorer dans une prochaine chronique !

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About Author

Justin Bernard est détenteur d’un doctorat en musique de l’Université de Montréal. Ses recherches portent sur la vulgarisation musicale, notamment par le biais des nouveaux outils numériques, ainsi que sur la relation entre opéra et cinéma. En tant que membre de l’Observatoire interdisciplinaire de création et de recherche en musique (OICRM), il a réalisé une série de capsules vidéo éducatives pour l’Orchestre symphonique de Montréal. Justin Bernard est également l’auteur de notes de programme pour le compte de la salle Bourgie du Musée des Beaux-Arts de Montréal et du Festival de Lanaudière. Récemment, il a écrit les notices discographiques pour l'album "Paris Memories" du pianiste Alain Lefèvre (Warner Classics, 2023) et collaboré à la révision d'une édition critique sur l’œuvre du compositeur Camille Saint-Saëns (Bärenreiter, 2022). Ses autres contrats de recherche et de rédaction ont été signés avec des institutions de premier plan telles que l'Université de Montréal, l'Opéra de Montréal, le Domaine Forget et Orford Musique. Par ailleurs, il anime une émission d’opéra et une chronique musicale à Radio VM (91,3 FM).

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