Famille des bois: Un florilège des 10 meilleurs solos

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Dans le répertoire symphonique, force est de constater que les compositeurs aiment faire ressortir la flûte, le hautbois, le cor anglais, la clarinette ou le basson pour un temps plus ou moins long. Leurs mélodies restent le plus souvent dans notre oreille et nous accompagnent encore longtemps après le concert.

Voici donc un classement des 10 solos les plus mémorables de la famille des bois, avec quelques incursions dans l’opéra et la musique concertante, excluant les concertos spécialement écrits pour les instruments à anche ou à biseau, car ceux-là méritaient un classement à part entière. Avertissement, donc : pas de Vivaldi ni de Telemann dans cette liste, mais une brève mention de Jean-Sébastien Bach pour la musique baroque.

  1. SYMPHONIE NO 7 DE BEETHOVEN

On ne parle pas ici du célèbre deuxième mouvement qui a inspiré plusieurs scènes de film, mais de l’ouverture. Le hautbois, la clarinette et la flûte sont les premiers instruments que l’on entend. Ils influent considérablement sur la suite, l’ensemble de l’orchestre semblant toujours réagir à ce qui est d’abord joué par les bois. Le Concerto pour violon de Beethoven accorde, lui aussi, la préséance à toute la section, cette fois dans une ambiance pastorale.

  1. DAPHNIS ET CHLOÉ DE RAVEL

Composé à l’origine pour un ballet, Daphnis et Chloé met en scène des personnages de la mythologie grecque. Parmi eux, le dieu Pan, dont l’attribut principal est la flûte. Ravel évoque en musique l’épisode où la nymphe Syrinx, fuyant ses avances, est transformée en roseau par ses sœurs afin de la cacher. Pan, qui la croit disparue, décide de cueillir une poignée de roseaux de taille différente et d’en faire un instrument de musique en sa mémoire. Il joue alors un air mélancolique qui s’avère être le solo de la flûte dans l’orchestre, et inspire Chloé à faire des pas de danse. On ne saurait minimiser son importance dans ce contexte narratif.

Lily Bryant with the Sydney Symphony Orchestra. Photo: Daniel Boud

  1. CONCERTO POUR PIANO NO 21 DE MOZART

Dans le mouvement lent de ce concerto pour piano, l’un des plus célèbres de Mozart, la famille des bois brille particulièrement en réponse au soliste. Tout d’abord, elle lance le second thème, quelques mesures avant l’entrée du piano. Elle offre ensuite un cadre harmonique au développement mélodique, empreint de douleur. Plus tard, le hautbois exécute une marche harmonique en décalage avec celle du piano et provoque ainsi une friction satisfaisante à entendre. La flûte et le basson contribuent aussi grandement à l’éventail thématique de l’andante. Malgré son absence dans l’instrumentation, on sait que la clarinette était très appréciée du compositeur, comme en témoigne le concerto K. 622 qu’il lui a consacré. Mozart lui attribuait même une dimension ésotérique en lien avec la franc-maçonnerie, plusieurs de ses compositions maçonniques faisant honneur à l’instrument.

  1. CONCERTO POUR PIANO NO 2 DE RACHMANINOV

Parlant de clarinette et de mouvement lent, le Concerto pour piano no 2 nous donne un autre superbe exemple d’intrication mélodique entre l’orchestre et l’instrument du soliste. Après une brève introduction à la flûte, le thème principal est entamé par la clarinette, tandis que le piano l’accompagne par une série d’arpèges. Ce thème, connu notamment grâce à son emprunt dans la musique pop, est repris naturellement par le piano et c’est alors au tour de la clarinette d’exécuter une ligne d’accompagnement arpégée.

  1. SYMPHONIE NO 1 DE MAHLER

Dans le troisième mouvement, « solennel et mesuré », de sa première symphonie, Mahler choisit de représenter une procession aux sons de la chanson Frère Jacques, transposé en mode mineur et joué en canon. Le basson et les flûtes reprennent successivement le sujet des contrebasses tandis que le hautbois joue un contre-sujet énergique qui, déjà, préfigure le caractère déjanté du mouvement. Le prochain thème, porté par deux hautbois, est inspiré par la musique klezmer, comme un clin d’œil aux origines du compositeur. Il est bientôt suivi par l’entrée des clarinettes, qui transforment la procession en une caricature grotesque. Il va sans dire qu’à terme, toute la section des bois est mobilisée. 

Orchestra Oboe Section. Photo: VSO School of Music

  1. SYMPHONIE NO 9 DE DVOŘÁK

On arrive désormais dans le top 5. Les solos deviennent de plus en plus mémorables, comme celui du cor anglais dans le deuxième mouvement de la Symphonie du Nouveau Monde de Dvořák. Sa notoriété dépasse largement la sphère du classique et constitue certainement l’usage de musique folklorique américaine le plus emblématique du répertoire symphonique. Ce solo est secondé par une riche écriture pour les bois. Le compositeur confie d’ailleurs à la flûte et au hautbois l’exposition du deuxième thème, de caractère romantique, tout comme celle d’une brève mélodie très animée.

  1. PRÉLUDE À L’APRÈS-MIDI D’UN FAUNE DE DEBUSSY

En bonne place dans ce classement se trouve une œuvre de Debussy, considérée comme pionnière dans l’élaboration du style impressionniste auquel sera durablement rattaché le compositeur. Le motif d’introduction, joué par la flûte, est fait d’une descente et d’une remontée chromatiques, évoquant d’emblée la sensualité des nymphes qui peuplent la nature sauvage. Outre la harpe et la section de cors, on entend d’autres motifs au hautbois et à la clarinette, en complément de la flûte, qui nous font momentanément quitter le monde aquatique. Les bois semblent ici lancer la plupart des mouvements orchestraux.

Bassoon section. Photo: Colorado State University

  1. LE SACRE ET L’OISEAU DE FEU DE STRAVINSKY

De la même manière, le basson donne d’entrée de jeu le ton du Sacre du printemps de Stravinsky, suggérant avec d’autres instruments de sa famille (clarinettes, cor anglais, hautbois…) une nature saturée par des chants d’oiseaux de toutes sortes.

Parmi les autres musiques de scène de Stravinsky, mentionnons L’Oiseau de feu, une histoire issue du folklore russe qui met en scène le prince Ivan, aidé dans sa quête par un oiseau aux pouvoirs magiques. Dans ce récit mis en musique, la flûte et le piccolo incarnent la créature incandescente, notamment lors d’un des thèmes majeurs de l’œuvre, sous-titré Danse de l’oiseau. Son contour chromatique rappelle le Prélude de Debussy.

  1. TRISTAN ET ISOLDE DE WAGNER

Brève incursion dans le répertoire lyrique avec un opéra de Wagner, dont la partie orchestrale prend certainement des dimensions symphoniques. Le prélude de l’acte III de Tristan et Isolde est marqué par plusieurs longues interventions du cor anglais, placé ici dans un rôle de soliste. L’instrument entonne un chant de berger comme on en entend rarement. Il s’agit en réalité d’une complainte qui préfigure la mort de Tristan, grièvement blessé après un duel à la fin de l’acte II.

Section des bois de l’orchestre. Photo: Philharmonia

Mentions honorables

Avant d’atteindre la place de numéro 1, voici un bref survol d’œuvres pour orchestre qui incorporent de remarquables solos pour les bois. Lorsqu’il est question de représenter une scène pastorale ou un paysage montagneux, comme les Alpes suisses, le cor anglais fait souvent son apparition. On pense, par exemple, à l’élégie de la Symphonie alpestre de R. Strauss ou encore au rang des vaches dans l’ouverture de Guillaume Tell de Rossini. On dit aussi de Sibelius qu’il s’est servi des couleurs de l’orchestre pour suggérer les grands espaces de son pays natal, la Finlande. Quoi qu’il en soit, le compositeur a su amplement exploiter la palette expressive des bois, confiant à la clarinette solo les premières notes de sa Symphonie no 1. Par ailleurs, le hautbois a été utilisé dans toutes sortes de contextes pour exprimer l’Orient en musique, à l’instar de l’instrument de musique des charmeurs de serpents. C’est notamment le cas d’un poème symphonique de Balakirev, Tamara, qui regorge de gammes et de motifs envoûtants.

S’il a composé des sinfonias, Bach a rarement fait ressortir les bois dans un cadre exclusivement orchestral, privilégiant l’équilibre entre chaque section d’instruments et réservant leurs solos pour des œuvres concertantes. Cela dit, le compositeur a fréquemment accompagné des airs chantés d’une ligne de soliste au sein de l’orchestre. Mentionnons Aus Liebe will mein Heiland sterben, dans La Passion selon Saint-Mathieu, formant un duo de circonstance entre la soprano et la flûte. La cantate Ich habe genug, BWV 82, associe, elle aussi, la soprano à la flûte, ou bien la basse au hautbois, selon le registre.

Toujours dans le répertoire baroque, le solo de flûte dans la Danse des esprits, au début de la scène 2 de l’acte II d’Orphée et Eurydice de Gluck, figure parmi les passages les plus remarquables qui n’appartiennent ni à un concerto, ni à un accompagnement, mais bien à un numéro orchestral.

  1. PIERRE ET LE LOUP DE PROKOFIEV

C’est un conte symphonique qui a bercé notre enfance et continue de rejoindre tout type de public. Un incontournable de l’initiation à la musique classique, Pierre et le loup reste célèbre pour ses nombreux solos imagés, capables d’imiter la démarche et le ton de voix de ses personnages. Les bois fournissent l’essentiel de la palette de sonorités, chaque instrument ayant un thème musical qui lui est propre : l’oiseau est interprété par la flûte, le canard, par le hautbois, le chat, par la clarinette, tandis que le basson est attribué au grand-père.

Pierre et le loup a certes délaissé la programmation des orchestres symphoniques, notamment en raison de sa dimension pédagogique, mais si la plupart des auditeurs arrivent encore aujourd’hui à identifier tel ou tel instrument de la famille des bois, c’est en grande partie – consciemment ou inconsciemment – grâce à cette œuvre.

 

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A propos de l'auteur

Justin Bernard est détenteur d’un doctorat en musique de l’Université de Montréal. Ses recherches portent sur la vulgarisation musicale, notamment par le biais des nouveaux outils numériques, ainsi que sur la relation entre opéra et cinéma. En tant que membre de l’Observatoire interdisciplinaire de création et de recherche en musique (OICRM), il a réalisé une série de capsules vidéo éducatives pour l’Orchestre symphonique de Montréal. Justin Bernard est également l’auteur de notes de programme pour le compte de la salle Bourgie du Musée des Beaux-Arts de Montréal et du Festival de Lanaudière. Récemment, il a écrit les notices discographiques pour l'album "Paris Memories" du pianiste Alain Lefèvre (Warner Classics, 2023) et collaboré à la révision d'une édition critique sur l’œuvre du compositeur Camille Saint-Saëns (Bärenreiter, 2022). Ses autres contrats de recherche et de rédaction ont été signés avec des institutions de premier plan telles que l'Université de Montréal, l'Opéra de Montréal, le Domaine Forget et Orford Musique. Par ailleurs, il anime une émission d’opéra et une chronique musicale à Radio VM (91,3 FM).

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